Université de Montpellier

28 000 pages d’Alexandre Grothendieck

Il a changé le paysage des mathématiques. Alexandre Grothendieck a laissé derrière lui quelques 28 000 pages inédites. Ce trésor où se cachent peut-être les ultimes fulgurances du maître est enfin dévoilé. Le site consacré aux archives Grothendieck fait son apparition sur la Toile.

Alexandre Grothendieck s’est éteint le 13 novembre 2014, à l’âge de 86 ans. Depuis longtemps déjà, l’enfant terrible des mathématiques s’était mis en marge de la communauté scientifique. Réfugié à Lasserre, petit village des Pyrénées, il y menait une vie d’ermite, ayant refusé les honneurs et la notoriété. Le refondateur de la géométrie algébrique, le plus grand mathématicien du XXe siècle – ainsi que le nommaient nombre de ses pairs – avait choisi le silence.

Militant de la paix et de l’écologie

Devons-nous continuer la recherche ? se demande très tôt ce militant de la paix qui prône une écologie radicale. En 1970, sa réponse est trouvée. Ayant appris que l’Institut des Hautes Etudes Scientifiques où il travaille alors reçoit des subventions du ministère de la défense, Grothendieck démissionne.

Depuis lors cependant, le maitre n’a jamais cessé d’écrire, de correspondre, de travailler. En 1990 il confie la totalité de ses archives mathématiques à Jean Malgoire. Cet ancien élève, enseignant-chercheur à l’Université de Montpellier, conserve à son domicile les archives Grothendieck jusqu’en 2010, date à laquelle il les dépose à l’Université de Montpellier.

Manuscrits inédits

Le fonds Grothendieck regroupe des manuscrits inédits de théories mathématiques majeures du XXe siècle, particulièrement de géométrie algébrique. Il représente la majorité des travaux de Grothendieck de 1949 à 1991, et dévoile les échanges scientifiques d’un mathématicien au sommet de la recherche internationale. Il fournit également des éléments pour l’étude de l’élaboration de son œuvre.

Après inventaire et mesures de conservation, ces documents ont été numérisés à partir de 2016. Depuis le 10 mai, ils sont pour une partie importante (environ 18 000 pages) en libre accès sur la Toile. Qu’y découvre-t-on ? De nouveaux traits de génie sans aucun doute, émaillant des écrits nombreux et disparates. « Des graines, qu’il nous incombera de faire germer » suggère Jean Malgoire. En terres de mathématiques, Alexandre Grothendieck n’a peut-être pas fini d’éclairer des contrées ignorées.