Les maux pour le dire

Comment annoncer à un patient qu’il est atteint d’une maladie grave ? Pour aider les futurs médecins à trouver les mots justes, la Faculté de médecine de Montpellier a choisi le théâtre.

« Vous êtes atteint d’un cancer ». Les mots sont durs. Ils ressemblent à un verdict… Cette expérience, chaque médecin l’a un jour vécue : pas facile d’annoncer un diagnostic grave à un patient. « En matière de relation humaine et de communication, il existe un réel déficit de formation des médecins« , déplore Marc Ychou. Ces écueils pourraient pourtant être évités « en ne se contentant pas d’apporter aux futurs médecins un savoir et un savoir-faire, mais en cultivant aussi leur savoir-être » poursuit le cancérologue. Lui a trouvé une voie originale : il a choisi de faire appel au théâtre.

Dimension humaine

Pour la troisième année consécutive, les étudiants de quatrième année de médecine participent à des ateliers organisés avec l’école nationale supérieure d’arts dramatiques. Le principe de ces jeux très sérieux : les mettre en scène dans le rôle du médecin, face à des acteurs professionnels qui jouent le rôle du patient, sous le regard attentif de Marc Ychou et du metteur en scène Serge Ouaknine. « Les étudiants sont dans un désir impérieux de dire la vérité médicale. Il faut les ramener à la dimension humaine », explique l’homme de théâtre. Leur apprendre à simplifier leurs propos aussi, en évitant un jargon médical parfois incompréhensible pour le patient. « Les méthodes théâtrales permettent d’aider le médecin à développer son empathie sans se focaliser sur l’annonce du diagnostic », souligne Serge Ouaknine. Les futurs médecins manqueraient d’empathie ? « Au contraire, proteste Marc Ychou. Ils ressentent une très grande empathie pour le patient. Ils ont simplement du mal à la gérer ».

Trouver les mots justes

Face à des comédiens professionnels palpitants de vérité, les étudiants se trouvent bien vite confrontés à des situations difficiles. Comment annoncer aux parents de la petite Camille, 9 ans, que leur fille souffre d’une leucémie ? C’est ici que les conseils du cancérologue et du metteur en scène prennent tout leur sens. « Ça nous apprend l’importance du relationnel et du dialogue. On essaye de choisir les bons mots, les bonnes intonations, les bons gestes. C’est très enrichissant » se réjouit Jean-Baptiste à la sortie de cette expérience. Un engouement partagé par la grande majorité des futurs médecins. « Quand on sera confronté à ces situations dans la réalité on ne mettra plus les deux pieds dans le plat, on ne fera pas tout de travers », conclut Bastien.