Entre ciel et abysses

Prendre la mer pour tenter de comprendre les secrets de la terre : c’est l’aventure scientifique vécue par Carlotta Ferrando. Récit d’une doctorante qui vient de vivre deux mois de recherche intensive au beau milieu de l’Océan indien.

Bienvenue à bord du Joides Resolution. Avec ses 140 m de long, c’est l’un des navires de forage scientifiques du Programme de forage scientifique IODP (International Ocean Discovery Program). Doctorante à Géosciences Montpellier dans la cadre du projet Européen ABYSS, Carlotta a fait partie de l’expédition 360 Southwest Indian Ridge, du 30 novembre au 30 janvier. Objectif de cette campagne en mer : forer dans les roches de la croûte océanique au sud de l’Ile de la Réunion.

Comprendre la formation de la croûte océanique

Quels sont les enjeux de la mission ?
Le principal : étudier les processus de formation de la croûte terrestre océanique. Au cœur des océans, les plaques tectoniques s’écartent à la dorsale, mettant le magma – provenant de la fusion partielle du manteau terrestre, à quelques dizaines de kilomètres de profondeur– en contact avec le milieu marin. C’est en se refroidissant que ce magma forme la croûte océanique.

En quoi consiste ton travail ?
Il s’agit d’analyser des échantillons sous forme de « carottes » prélevées par forage. La dorsale océanique est un endroit unique, le point de rencontre entre l’océan et les profondeurs de la terre. L’un des seuls endroits où notre planète fait dialoguer l’intérieur et l’extérieur de son enveloppe ! Magma, roches et eau y forment un étonnant ballet, bouillonnant de réactions chimiques. Mon rôle est d’identifier les minéraux présents et d’analyser leur composition chimique afin d’étudier les interactions entre magma et roche.

Messages du cœur de la terre

A quelle profondeur s’effectuent les forages ?
Sur cette expédition, nous avons foré à 800 m de profondeur dans la croûte océanique. 700 m d’eau séparent la coque du bateau du fond de l’océan… C’est un record : le forage le plus profond réalisé à ce jour en une seule expédition dans les roches de la croûte océanique magmatique ! Le puits de forage scientifique le plus profond jamais foré par le JOIDES Resolution est de 2.1 km.

Ce que tu observes au microscope, c’est donc le cœur de la terre ?
Loin de là ; la partie externe du noyau terrestre se trouve à près de 2 900 km sous nos pieds. C’est plutôt les messages venus des profondeurs que je cherche dans les minéraux. Des messages riches en enseignements : la composition minéralogique et chimique des échantillons de roches peut nous apprendre beaucoup de choses, et changer notre vision sur la dynamique de la formation de la croûte terrestre.

Prochaine étape ?
Les échantillons viennent d’arriver au labo, et le travail reprend, à terre cette fois. Il faudra du temps pour traiter et analyser tous les échantillons. Donc pas de publication prévue avant quelques années. Rendez-vous courant 2018 !

Laboratoire flottant

A bord du Joides Resolution, 120 personnes de toutes nationalités, dont 30 chercheurs, toutes disciplines confondues. Mais aussi ingénieurs, marins, foreurs, cuisiniers…
Dans cette usine flottante entièrement consacrée à la recherche, le travail est intense, 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7 : « rien n’arrête le forage, à part le très gros temps où les ennuis techniques. Les échantillons arrivent en permanence. Analyses physiques, chimiques : les labos tournent à plein régime, jour et nuit. Les équipes se relaient sur des quarts de 12h… Qui débordent vite : il n’est pas rare de travailler 18h d’affilée ! »
Une expérience parfois difficile, mais qui s’avère particulièrement précieuse pour une doctorante. « Les échanges sont permanents, entre des chercheurs de tous âges et aux domaines d’expertise très différents : on regarde tous le même objet, mais avec des angles différents. Il y a énormément à apprendre de cette confrontation d’idées, de points de vue, de cette émulation permanente« .
Carlotta a été pendant deux mois prisonnière volontaire de cette « bulle de science » où l’on oublie facilement les contingences de la vie « normale ». Impressions au retour ? « C’est une extraordinaire formation accélérée ! Un idéal d’apprentissage de la pratique scientifique« . Et aussi une aventure merveilleuse dont il reste d’incroyables images, « des soirées guitare sur le pont avec le soleil couchant pour horizon, au large de… nulle part ! »

Photos DR : Carlotta Ferrando, Benoit Ildefonse, Gustavo Viegas et courtesy of Bill Crawford, IODP Imaging Specialist

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