Poissons tropicaux et coraux insuffisamment protégés

Le réseau mondial des aires marines protégées serait insuffisant pour préserver la biodiversité des coraux et des poissons tropicaux : c’est ce que démontre une étude récente.

La vie marine est menacée par l’activité humaine : on le savait déjà. Heureusement, des « aires marines protégées » sont mises en place un peu partout dans le monde. On en compte aujourd’hui 3 625 sur les récifs coralliens, couvrant une surface totale de 942 568 km2 (soit 5,9% de la surface corallienne mondiale). Ces espaces où les activités humaines sont régulées répondent à des objectifs de protection de la nature et constituent des refuges pour les écosystèmes et leur biodiversité.

Des « arbres de la vie » très partiellement préservés

Mais est-ce bien le cas pour l’ensemble de la biodiversité ? En ce qui concerne les poissons et coraux, le verdict vient de tomber : à l’échelle globale, de nombreuses espèces seraient insuffisamment protégées par ces refuges. Dans un article publié dans Nature Communications le 12 janvier, des chercheurs de l’Université de Montpellier, de l’IRD, de l’EPHE et du CNRS démontrent en effet que le réseau global des aires marines protégées est insuffisant pour conserver la diversité du patrimoine génétique des coraux et des poissons tropicaux. Une diversité qui est fondamentale pour maintenir le fonctionnement des écosystèmes coralliens sur le long terme.

L’équipe internationale de chercheurs menée par David Mouillot, professeur à l’Université de Montpellier et dans l’UMR MARBEC, a étudié les aires de distribution géographique de 805 espèces de coraux et 452 espèces de poissons et s’est intéressée à leur recouvrement par le réseau global d’aires marines protégées. Elle s’est penchée sur le niveau de protection de « l’arbre de vie » – c’est-à-dire à la diversité génétique – de ces espèces. Résultat : seulement 1,7% de l’arbre de la vie des coraux et 17,6% de celui des poissons disposent des seuils minimums de recouvrement par les espaces protégés pour assurer leur préservation.

Des aires mal réparties

« Les aires marines ne protègent que des espèces très proches, c’est-à-dire issues des mêmes familles. D’autres familles d’espèces sont peu ou pas protégées » résume David Mouillot. La raison en est simple : en l’absence d’une stratégie de conservation globale, les aires marines protégées sont très inégalement réparties sur la planète. Très présentes autour de l’Europe, ou entre l’Australie et la Nouvelle Calédonie par exemple, elles présentent un fort déficit au Sud, dans les Caraïbes ou en Afrique notamment.

Des disparités qui correspondent souvent à des inégalités de développement économique, mais aussi à des volontés politiques : dans l’hémisphère nord, et pour des pays développés présentant un fort engagement environnemental, l’effort de protection est conséquent alors qu’au Sud certains pays accusent un retard dans les actions mises en œuvre. « Il faut recentrer la création d’aires sur des zones prioritaires : les régions concentrant des lignées anciennes et mal protégées, très exposées aux activités humaines, notamment dans l’Atlantique, le Pacifique Sud-Est et l’océan Indien » affirme David Mouillot. « Pour préserver le patrimoine génétique et le fonctionnement des écosystèmes, les aires doivent désormais intégrer dans leurs objectifs l’histoire évolutive des espèces ».

Photo de l’écosystème corallien. Crédit : DR Bellwood

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