Véronique Lecointe, directrice du département de maïeutique de l’Université de Montpellier, a été récompensée pour sa carrière par le grade de Chevalier de la légion d’honneur. Une distinction qui vient couronner un parcours riche et met en lumière un métier essentiel : sage-femme. Portrait.

Sage-femme, une vocation ? « Plutôt un choix par défaut à l’origine », confesse Véronique Lecointe qui se destinait à la carrière de médecin généraliste. « Collée » au concours de médecine après son baccalauréat, la jeune femme se tourne alors vers les concours de kinésithérapie, infirmier et sage-femme, qu’elle réussit tous les trois. Face à ce deuxième choix, Véronique Lecointe opte pour sage-femme. Une révélation. « Ce n’est certes pas le métier auquel je me destinais, mais je m’y suis tout de suite découverte à ma place ». Sa place, c’est alors et pour trois ans à l’école de sage-femme de Reims où elle passera son diplôme d’état. « Trois bonnes années » où elle découvre tout ce qui fait l’essence de ce métier qu’elle trouve d’emblée du plaisir à exercer. « Le contact avec les « mamans » et leurs nouveau-nés, c’est énormément d’émotions. Je me suis aperçue de l’étendue de tout ce qu’on pouvait leur apporter dans ces moments si particuliers où les sentiments sont exacerbés et les affects à fleur de peau ». Une révélation qui la propulsera major de sa promo à la remise des diplômes, en 1980.

Bienveillance

Véronique Lecointe enchaîne alors un parcours professionnel riche et varié qui la mènera de Reims à Montpellier, en passant par Tours et Paris, alternant l’exercice de sage-femme à l’hôpital et la pratique du métier en libéral. Un métier qui encore aujourd’hui n’est parfois pas considéré à sa juste valeur. « Les sages-femmes exercent une profession médicale inscrite au Titre V du Livre Ier du Code de la Santé Publique, et sont les professionnels de premier recours pour les naissances physiologiques. Déclaration et suivi médical de la grossesse, préparation à l’accouchement, échographie, accouchement, suivi de couches, mais aussi suivi gynécologique de prévention, contraception, interruption médicamenteuse de grossesse… La sage-femme peut tout à fait accompagner une femme tout au long de son parcours de santé génésique ». Avec toujours la même intention chevillée au corps : « la bienveillance. L’idée de naissance sans violence est complètement enracinée dans la formation et le métier de sage-femme, c’est central ». Encourager la future mère, la respecter, la rassurer, la féliciter tout au long du travail, l’accompagner. « Tous les instants d’une séquence d’accouchement ne doivent être que du bonheur », énonce la sage-femme qui décrit un métier où il faut faire « abstraction de soi, ne pas se mettre en avant ». Travailler dans l’ombre, avec bienveillance.

Une bienveillance qui exige des qualités multiples. « Il faut savoir gagner la confiance des patientes, ce qui demande une grande capacité d’écoute », explique la maïeuticienne qui souligne que son métier nécessite des mains très agiles mais aussi de « grandes oreilles pour bien entendre ». Et la capacité ensuite à trouver les mots pour s’adresser aux mères et aux futurs parents. Un métier protéiforme qui requiert une formation initiale où les sciences humaines, la psychologie et l’éthique ont une large place parmi les unités d’enseignement permettant ainsi une meilleure approche des situations complexes. « La prise en charge interdisciplinaire de très jeunes filles enceintes sans que leurs parents ne le sachent par exemple. C’est une situation que toute sage-femme a connue une fois au moins dans sa carrière », confie Véronique Lecointe.

Confiance dans leurs compétences

Pour transmettre ce savoir et ce savoir-faire, pour pérenniser ce savoir-être, elle fait le choix en 2006 de faire de l’enseignement. « J’ai plaisir à encadrer les étudiant.e.s tout au long de leur parcours de formation de la licence au master », explique la directrice adjointe du site d’enseignement de Montpellier du département de maïeutique de l’UM, également présidente de la Conférence nationale des enseignants en maïeutique. « J’enseigne aux étudiants que la sage-femme ne peut aliéner son indépendance professionnelle sous quelque forme que ce soit et s’engage au secret de tout ce qui est venu à sa connaissance dans l’exercice de sa profession, c’est-à-dire non seulement ce qui lui a été confié, mais aussi ce qu’elle a vu, entendu ou compris. Sans oublier d’assurer personnellement avec conscience et dévouement les soins conformes aux données scientifiques du moment que requièrent la patiente et le nouveau-né. Pour cela il faut qu’ils aient pleinement confiance dans leurs compétences ». Une confiance qui se gagne aussi avec le temps et l’expérience. « Une sage-femme, c’est comme « un bon vin », elle se bonifie en vieillissant », plaisante la champenoise. Jusqu’à devenir un grand cru, récompensé cette année par le grade de chevalier de la légion d’honneur pour ses 39 ans de service en tant que sage-femme. Un millésime primé.