Rouages : “J’ai l’impression de débloquer des situations”

Yvan Duhamel est ingénieur en fabrication mécanique à la plateforme Pro 3D de l’unité d’appui à la recherche Ingénierie, caractérisation et services (ICS). Il accompagne étudiants, chercheurs et industriels dans l’utilisation des imprimantes 3D et l’approche de ce qu’on appelle la fabrication additive. Il nous raconte ce métier qui le stimule dans Rouages, la série vidéo produite par l’Université de Montpellier. Moteur !

C’est une moto pas comme les autres qui trône au milieu de la salle principale de la plateforme Pro3D. Pas comme les autres, car si l’on regarde de plus près, certaines pièces sont fabriquées… en impression 3D. Ou plus exactement, en fabrication additive, comme nous l’explique Yvan Duhamel, le responsable de la plateforme, qui a supervisé la fabrication de ces éléments par les étudiantes et étudiants en mécanique.

Pionnier dans toute sa dimension

Et c’est un pionnier que nous venons interviewer ce matin-là dans le bâtiment 1 du campus Triolet. A l’époque où l’idée de voir un objet sortir d’une imprimante passait encore pour un petit prodige, Yvan Duhamel avait déjà les mains dedans. « J’ai commencé à utiliser des imprimantes 3D en 2010, à l’Université de technologie de Compiègne où j’étais responsable du FabLab. » Ingénieur en conception mécanique, il se spécialise rapidement dans la fabrication additive et quand en 2016, l’Université de Montpellier crée la plateforme Pro3D c’est tout naturellement qu’il y trouve sa place.

Aujourd’hui Pro3D est rattachée avec cinq autres plateformes de l’UM à l’unité d’appui à la recherche Ingénierie, caractérisation et services (ICS) et accueille un total de 28 imprimantes dont la plupart impriment des matériaux polymères, ces bobines de fil de toutes les couleurs que l’on retrouve sur les étagères.

Isolée dans une pièce on trouve une machine d’une autre envergure : une imprimante métal, beaucoup plus rare, à laquelle peu d’utilisateurs ont accès, et pour cause : « il faut prendre un certain nombre de précautions pour s’en servir. Je suis le seul à y avoir accès », précise l’ingénieur en revêtant une combinaison digne d’un film d’anticipation, surmontée d’un tube relié à un masque filtrant « pour éviter de respirer les particules de métal ».

Des parfums aux avions…

Sur la plateforme, l’activité ne manque pas, à commencer par la formation des étudiantes et étudiants qu’Yvan Duhamel initie à l’utilisation des imprimantes 3D et à la conception de pièces. La plupart sont inscrits en mécanique, mais peuvent aussi venir d’autres filières. « Il existe notamment une unité d’enseignement Culture générale en fabrication additive en première année de licence à la Faculté des sciences, explique le responsable de Pro3D. D’autres arrivent parfois avec des projets très spécifiques, par exemple cette année trois étudiantes du master Ingénierie des cosmétiques, arômes et parfums sont venues réaliser un prototype pour présenter leur projet au concours U’Cosmetics 2026 et ont remporté la finale. »

Des pièces uniques et sur mesure qui peuvent aussi répondre aux besoins des chercheurs et chercheuses dans le cadre de leurs projets scientifiques. « Parfois je les aide simplement à imprimer des pièces qu’ils ont déjà conçues eux-mêmes, mais souvent je dessine la pièce avec un logiciel de conception assistée par ordinateur », précise l’ingénieur. Parmi les pièces improbables sorties de Pro 3D : un injecteur d’avion pour un laboratoire de mécanique des fluides, un boitier électronique destiné à étudier le sommeil d’un éléphant de mer en pleine migration ou une ventouse pour enregistrer le rythme cardiaque de baleine pendant plusieurs heures. « Après je reçois des vidéos de quelqu’un en maillot de bain sur un zodiac en train de harponner des baleines avec des ventouses », sourit Yvan Duhamel. Au-delà de l’anecdote c’est ce sentiment de contribuer à faire avancer la recherche qui prime, « quand je reçois des chercheurs qui n’ont aucune notion de mécanique et qui sont bloqués sur une problématique, j’ai l’impression de débloquer des situations. Et pour des tarifs qu’ils n’imaginaient même pas. »

Jusqu’aux fusées !

« J’accompagne aussi des industriels, et les plus grosses pièces que j’ai imprimées sont des tuyères en inconel, un alliage métallique, pour des réacteurs de fusées », détaille Yvan Duhamel qui savoure particulièrement la diversité de ses collaborations. « Je travaille avec des scientifiques issus d’horizons différents et pour pouvoir comprendre leurs besoins je dois comprendre leur sujet et j’ai vraiment l’impression d’apprendre des choses tous les jours ! »

Mais une des missions qui lui prend le plus de temps, c’est l’entretien et la réparation de toutes les imprimantes qui tombent en panne. « Une quinzaine de machines sont en libre-service pour les étudiants, il y a toujours quelques pannes et les réparer prend beaucoup de temps. » Et beaucoup de kilomètres pour Yvan qui, s’il n’est pas aux pièces, passe ses journées à faire des allers et venues entre son bureau et ses imprimantes sans se plaindre des distances parcourues. « Depuis que je travaille à l’Université j’ai trouvé un environnement qui me plait et me stimule ». De quoi faire bonne impression.