Cure CMT : une nouvelle molécule entre en guerre contre la maladie de Charcot-Marie-Tooth
Dans le laboratoire de l’Institut Charles Gerhardt de Montpellier (CNRS/UM/ENSCM) et celui des Mécanismes moléculaires dans les démences neurodégénératives (UM/Inserm/EPHE), une équipe de scientifiques développe une molécule destinée à cibler un récepteur impliqué dans plusieurs maladies rares. En ligne de mire : ouvrir une voie thérapeutique inédite contre la maladie de Charcot-Marie-Tooth. Un projet soutenu et accompagné par le Pôle universitaire d’innovation de Montpellier.

A terme, le projet Cure CMT pourrait transformer la vie de milliers de patients en impasse thérapeutique… Depuis plusieurs années, avec ses collègues Benjamin Delprat, Tangui Maurice, Tahar Ayad et Jean-Luc Pirat, le chercheur de l’Institut Charles Gerhardt de Montpellier (ICGM), David Virieux développe des molécules ciblant le récepteur Sigma-1, une protéine clé impliquée dans de nombreuses maladies rares et neurodégénératives. Il espère ainsi enrayer les symptômes les plus invalidants de plusieurs pathologies neurodégénératives, dont la maladie de Charcot-Marie-Tooth de type 2 (CMT2A) sur laquelle il planche activement.
Mais pour mieux comprendre la portée de cette approche, il faut s’attarder quelques instants sur leurs précédentes recherches visant le syndrome de Wolfram, qui impacte une centaine de personnes en France. En 2022, en étroite collaboration avec le laboratoire Mécanismes moléculaires dans les démences neurodégénératives (MMDN), les chercheurs de l’ICGM ont développé la toute première molécule visant cette maladie incurable pour laquelle les patients ne bénéficiaient jusqu’ici d’aucune solution thérapeutique.
“Nous avons démontré les bénéfices de ce candidat in vivo sur les symptômes les plus marquants … A ce stade de nos recherches, serons-nous capables d’enrayer l’évolution de la maladie ? Il nous faut continuer ces travaux mais on espère a minima la ralentir suffisamment et améliorer significativement la qualité de vie des patients”
David Virieux
En parallèle, après un premier brevet, les deux équipes ont aussi réussi à prouver que cette même molécule pouvait avoir un effet bénéfique dans la maladie d’Alzheimer. “Nous avons démontré qu’il était possible d’affecter positivement la mémoire à court terme et à long terme sur un modèle animal avancé”, précise le chercheur, qui a cofondé avec ses partenaires la société Sitera Pharmaceuticals en 2025, avec l’ambition de lancer les essais cliniques d’ici 2028.
Forts de ces premiers succès, David Virieux et ses collaborateurs se sont ensuite tournés vers la maladie de Charcot Marie-Tooth, pathologie génétique impliquant un dysfonctionnement du nerf périphérique, une diminution de la force musculaire, et une perte de sensibilité, qui concerne entre 30 000 et 50 000 personnes en France.Et à peine lancé, le projet baptisé Cure CMT a fait mouche. En octobre 2024, il compte parmi les lauréats du Booster d’innovation Montpellier (BIM), dispositif phare du Pôle universitaire d’innovation, et remporte une enveloppe de 30 000 euros. A cette occasion, David Virieux a bénéficié de l’accompagnement de BIM au travers de séances de coaching pour l’aider à défendre et vulgariser un projet scientifique complexe. “Nous avons travaillé avec des étudiants du master de Montpellier management (MOMA), spécialisés dans la gestion de projets innovants. Ils nous ont aidé à clarifier notre propos. Comme scientifique, nous avons tendance à nous enfermer dans des concepts compliqués… Là, j’ai appris à vulgariser et à communiquer par le geste. Imaginez les différentes maladies neurodégénératives comme étant les cinq doigts de ma main, on peut cibler un récepteur spécifique et toucher ainsi une maladie. On peut aussi choisir un récepteur commun à toutes ces pathologies qui pourrait être représenté par mon poignet, de sorte qu’un seul médicament puisse avoir la capacité d’influer sur plusieurs maladies, confie le chercheur. Notre objectif, c’est de pousser l’idée qu’il est possible de toucher plusieurs pathologies à la fois, et ainsi convaincre les entreprises pharma de nous accompagner sur ces projets”.
Après l’enveloppe du BIM, qui a servi à renforcer leur effectif dédié au projet Cure CMT, la société Sitera a été lauréate nationale du concours d’innovation I-Lab. Une reconnaissance et un appui solide pour leur permettre de faire un pas de plus vers les phases cliniques. “Pour la maladie de Charcot-Marie-Tooth, notre modèle n’est pas assez avancé, mais le but reste le même, apporter une solution aux patients et améliorer leur qualité de vie”, explique David Virieux. Cette année les chercheurs tenteront donc de confirmer leur preuve de concept sur un modèle animal plus avancé – le poisson zèbre – “plus pertinent pour mimer le comportement d’un médicament sur l’humain”. La route est longue mais si tout se déroule sans encombre, l’équipe espère démarrer les essais cliniques à l’horizon 2030.