C’est sur les recommandations du vice-président en charge des relations internationales, Patrick Caron, que l’Université de Montpellier a décerné, en octobre dernier, le titre de doctor honoris causa au professeur Tawana Kupe. Zimbabwéen, c’est en Afrique du Sud que ce spécialiste des médias a réalisé une brillante carrière, jusqu’au poste qu’il occupe actuellement : vice-chancelier de l’Université de Pretoria.

« Avec ce discours et ô combien d’émotion, j’aimerais partager avec vous l’honneur et la fierté que j’ai à célébrer les valeurs exceptionnelles du professeur Kupe ».  C’est un Patrick Caron à la voix légèrement tremblante, qui achève ce jour-là son discours dans l’amphithéâtre d’anatomie. A ses côtés, Tawana Kupe, dont le masque cache à peine le sourire, écoute cet éloge dont il est le sujet. Il faut dire que le CV est long et que chaque ligne renforce un peu plus le charisme d’un personnage que le vice-président en charge des relations internationales connait bien. « J’ai vécu deux ans au Bostwana, à la frontière de l’Afrique du Sud et je travaille avec l’Université de Prétoria depuis plus de vingt ans ».

C’est au Zimbabwe que Tawana Kupe voit le jour au milieu des années 60. Fils d’un couple d’enseignants, il se lance dans des études supérieures d’anglais à l’Université du Zimbabwe, avant de gagner Oslo en Norvège pour y effectuer un doctorat en études des médias. Une discipline qui restera le leitmotiv d’une carrière multiple qu’il mène principalement en Afrique du Sud. A l’Université de Rhodes tout d’abord puis, après un bref retour au Zimbabwe, à Witwatersrand,  une grande université située dans la province de Gauteng en Afrique du Sud.

Visionnaire et engagé

C’est au sein de cette université que, celui qui n’est pas encore professeur, développe une vision précise de la structuration de l’enseignement supérieur en Afrique. Initialement recruté comme directeur des écoles de littérature et d’études linguistiques, il fonde le département d’étude des médias qui deviendra un des plus important au sein de la faculté des sciences humaines dont il est le doyen. C’est encore à Witwatersrand qu’il fonde le Centre africain d’études critiques sur les États-Unis comme nation et société. Un projet qui lui permet de construire un premier pont entre les universités africaines et américaines.

En parallèle de sa carrière universitaire, Tawana Kupe multiplie les engagements. En 2005, il devient ainsi président du conseil d’administration de la surveillance des médias, dont l’objectif est de promouvoir les médias en tant qu’institutions essentielles au maintien de la démocratie. Il s’engage également dans le centre de journalisme d’investigation Amma Bungay, chef de file dans la dénonciation de la corruption en Afrique du Sud. « Tawana Kupe est une personne très populaire, engagée dans la vie médiatique, extrêmement charismatique, avec un grand talent d’orateur. Ses mots comptent non seulement en Afrique du Sud mais dans le monde démocratique en général » souligne le vice-président.

Transition post-apartheid

Une reconnaissance scientifique et médiatique qui lui ouvrira tout droit les portes de l’Université de Pretoria dont il devient en 2019, le vice-chancelier. « En Afrique du Sud ce poste équivaut à celui d’un président d’université chez nous. En l’obtenant, le professeur Kupe est devenu le premier vice-chancelier « noir » d’une université « blanche ». En cela, il est un des visages de la transition post-apartheid » poursuit Patrick Caron. Le maitre-mot de la politique qu’il met alors en place est « partenariat ». Et c’est effectivement un impressionnant système de réseaux, d’alliances et de partenariat que Tawana Kupe va réussir à mettre en place très rapidement.

Il entre d’abord au conseil d’administration de l’association des universités africaines qui rassemble 17 établissements dans le but d’améliorer la qualité de la recherche et d’atteindre les objectifs de développement durable fixés par l’ONU. Il fonde ensuite un consortium de neuf universités africaines réunies autour de la Michigan State University. En 2019, il co-fonde le réseau des universités australiennes et africaines connectant ainsi les chercheurs et les étudiants des deux pays. Autant de modèles que le vice-chancelier aimerait pouvoir reproduire avec l’Europe.

Ambassadeur de MUSE

Résolument engagé pour une transformation de la recherche et de l’enseignement africains en phase avec les grands enjeux sociétaux de l’Afrique et du monde, Tawana Kupe a suivi avec grand intérêt la structuration de MUSE. Un projet qu’il n’a pas hésité à louer devant Emmanuel Macron, en visite officielle à Pretoria en mai dernier. « L’Université de Pretoria est un partenaire stratégique de l’Université de Montpellier depuis le début des années 90, rappelle le vice-président. Nous souhaitons maintenant aller plus loin dans nos relations et nos échanges ». Tawana Kupe a ainsi été invité à siéger et à présider le MIAB, le MUSE International Advisory Board. « Vous pouvez maintenant observer l’étendue des activités et l’empreinte de l’influence du professeur Tawana Kupe, conclut Patrick Caron à l’issue de son éloge. C’est un symbole pour nous de l’honorer aujourd’hui en lui décernant le titre de doctor honoris causa ».