Nadine Laguette : inspirante et bien inspirée

Avec sa jeune équipe spécialisée sur les mécanismes immunitaires inflammatoires au sein de l’Institut de génétique moléculaire de Montpellier (IGMM), Nadine Laguette multiplie les succès. En dix ans, elle a fait plusieurs découvertes clés et décroché pas moins de trois prestigieuses bourses européennes ERC. Fin 2022 elle a reçu le prix de cancérologie de la fondation Simone et Cino Del Duca de l’Institut de France.

 

Du virus du sida aux réactions inflammatoires, Nadine Laguette sait trouver ses sujets de recherche au cœur des préoccupations médicales de l’époque. Son post-doctorat à l’Institut de génétique humaine (IGH) à Montpellier est déjà l’occasion d’une découverte clé sur l’interaction entre le VIH et le système immunitaire. Plus précisément, la biologiste a identifié la protéine SAMHD1 impliquée dans le blocage de l’infection, qui est ciblée par des protéines virales pour empêcher la cellule de se défendre. Ce résultat publié dans Nature en 2011, « un travail très cité, ma première grande découverte » reconnaît l’intéressée, marque le début de sa carrière de chercheuse. Pour preuve, la jeune virologue est recrutée au CNRS l’année suivante au sein de l’IGH.

Trois ans plus tard, une autre découverte ouvre sa recherche aux mécanismes immunitaires inflammatoires, un domaine de recherche en plein essor (DNA damage repair machinery and HIV escape from innate immune sensing). « Toujours en observant les modes d’action des protéines virales, on s’est aperçu que certaines protéines ciblées par le virus – celles qui réparent les dommages sur les brins d’ADN – sont aussi impliquées dans la réaction inflammatoire suite à l’infection virale », raconte Nadine Laguette. Forte de ces résultats, elle obtient un premier financement du Conseil européen de la recherche (ERC – European Research Council) qui lui permet de monter en 2015 sa propre équipe de recherche au sein de l’IGH. Outre les infections virales, l’équipe regarde aussi les mécanismes inflammatoires associés à des maladies auto-immunes et des cancers.

Poissons zèbres

La scientifique développe alors une approche originale combinant des travaux sur des cellules uniques et de l’observation sur des animaux vivants. « Nous avons travaillé par exemple sur des poissons zèbres qui ont l’intérêt d’être transparents, afin d’observer directement le recrutement de cellules immunitaires au niveau d’une tumeur. » Résultat : l’équipe montre qu’une inflammation forte contribue à une meilleure action contre la tumeur, car les cellules immunitaires s’accumulent dans la zone inflammée (2016). L’inflammation aiguë devient une piste sérieuse d’application en immunothérapie. Nadine Laguette se lance alors avec succès dans une nouvelle ERC Proof of concept et deux programmes de prématuration « pour amener des résultats fondamentaux jusqu’au patient ».

« Une autre découverte importante de mon équipe a été de montrer que des protéines impliquées dans les mécanismes inflammatoires sont aussi impliquées dans la régulation des lipides », explique la chercheuse. Ces résultats ouvrent là-encore des pistes thérapeutiques intéressantes, « en prenant en compte le métabolisme lipidique dans le traitement de l’inflammation. » Et là encore, l’infatigable demande et obtient une nouvelle ERC Consolidator en 2022, avec laquelle elle étoffera son équipe de recherche au sein de l’Institut de génétique moléculaire de Montpellier (IGMM).

L’île Maurice

Face à l’ampleur du travail accompli, Nadine Laguette semble peu impressionnée. Elle qui admet avoir fini de rédiger son ERC un mois avant, en plusieurs versions ! Et de confier en pointant le sommet de son crâne : « ces cheveux blancs, c’est le délai d’attente de la réponse. » Pour la direction de son équipe, elle ne se ménage pas non plus : « je m’adapte aux différents rythmes. » Et tant pis si l’un attend des retours quasi-quotidien sur son travail, l’autre préfère des rendez-vous hebdomadaires et un troisième très autonome ne la sollicitera pas pendant un mois. « Cette disponibilité est lourde à porter mais elle permet un bon fonctionnement de l’équipe », reconnaît l’intéressée.

En cherchant sur Internet, on découvre que Nadine Laguette a reçu différents prix. Mais elle n’en a rien dit. Cette réussite, la chercheuse originaire de l’île Maurice est aussi invitée à la partager avec d’autres, pour créer des vocations au sud. « Je suis pas mal sollicitée par des journalistes qui veulent montrer un exemple de réussite aux jeunes mauriciens », raconte celle qui n’est pas fâchée d’aller cette année sur l’île pendant les vacances scolaires où les sollicitations seront moindres. Elle a quitté l’île Maurice après son bac pour aller étudier à Londres. Un choix bien pesé à l’entendre aujourd’hui : « L’université anglaise m’intéressait car elle propose des études très spécialisées dès la première année, en l’occurrence la bio moléculaire. » La ville offre aussi « une ambiance multiculturelle et inclusive » où elle trouve facilement sa place. Puis elle débarque en métropole pour son master à l’Institut Cochin. Récemment, l’inspiratrice a été invitée par l’Union africaine à promouvoir la collaboration Afrique-Europe afin d’inciter des chercheurs africains à candidater à des projets européens.