CLAM-EU à mi-parcours : créations artistiques collectives et expérimentation scientifique en cours dans la lagune de Thau

Trois ateliers artistiques participatifs réalisés, plus de 45 personnes mobilisées et une expérimentation scientifique actuellement immergée dans la lagune de Thau : trois mois après son lancement, le projet européen CLAM-EU entre dans une nouvelle phase. Porté par l’Université de Montpellier, en partenariat avec l’Ifremer et les artistes Stéphanie Elbaz et Françoise Dagorn, ce projet associe recherche scientifique, création artistique et participation citoyenne pour sensibiliser au déclin de la palourde européenne (Ruditapes decussatus) et explorer des pistes pour sa restauration.

Soutenu par le programme européen Horizon Europe – Mission Ocean, dans le cadre de PartArt4OW, CLAM-EU rassemble artistes, scientifiques, pêcheurs, lycéens, citoyens, et gestionnaires autour d’une démarche commune. Les premières réalisations artistiques prennent forme, tandis que l’expérimentation scientifique livrera ses résultats après la récupération des dispositifs prévue en novembre.

Des ateliers participatifs où l’art et les connaissances scientifiques deviennent matière à création

Depuis septembre, trois ateliers ont permis d’engager un processus de création collective autour des transformations écologiques de la lagune de Thau. La mobilisation réunit notamment des élèves du Lycée de la mer de Sète, des citoyens de différentes générations, des pêcheurs, des enseignants du lycée, des gestionnaires du Syndicat mixte du bassin de Thau et des scientifiques.

Les ateliers ont débuté par des échanges autour des connaissances scientifiques, de l’histoire de la pêche à la palourde et des évolutions de l’écosystème. Les participants ont ensuite été invités à s’approprier ces informations et à mobiliser leurs expériences et liens avec cet environnement pour les traduire à travers la musique et la peinture.

Dans les ateliers musicaux dirigés par la pianiste Stéphanie Elbaz, les coquilles de palourdes se transforment en objets sonores, jusque dans les cordes du piano, tandis que l’eau devient elle-même un instrument de musique : jouée dans de grands saladiers sonorisés, des verres en cristal ou un whalophone, elle ouvre une palette de timbres singuliers. Au piano, à la voix et aux percussions, musiciens et débutants se réunissent pour interpréter une composition originale nourrie de ces explorations, qui évoque le destin de la palourde dans la lagune de Thau. Le voyage commence par un lever du jour sur l’étang, suivi d’un chant sur des vers de Rimbaud, extraits de Larme et du Bateau ivre. À cette poésie de l’eau répond bientôt un univers sonore plus sombre : le langage de la musique contemporaine fait surgir tension et inquiétude face au déclin du coquillage. Porté par des rythmes cubains, le final rassemble les voix dans un refrain multilingue : de Thau aux lagunes européennes, un même appel résonne pour préserver le vivant.

En parallèle, les ateliers picturaux animés par l’artiste plasticienne Françoise Dagorn invitent les participants à questionner les transformations de la lagune de Thau. En s’appuyant sur des cartes marines, des publications scientifiques et des documents réglementaires liés à la pêche de la palourde européenne, ils nourrissent leur réflexion et explorent différentes formes d’expression artistique. Guidés dans une démarche de création collective, les participants croisent leurs regards et leurs connaissances. Peinture, marouflage et intégration de coquilles et de matériaux issus du milieu lagunaire donnent naissance à des compositions où textures, couleurs et matières traduisent leurs réflexions sur la biodiversité et la préservation de cet écosystème. À partir de la réalisation des œuvres, ces ateliers cherchent à faire émerger une prise de conscience collective, en donnant à l’art pictural une place de dialogue et de sensibilisation. Cette démarche aboutira à huit œuvres présentées lors de l’exposition finale.

Au-delà des productions artistiques, ces ateliers favorisent les échanges entre des participants qui partagent un même territoire, mais entretiennent des rapports différents à son environnement.

Careshell : une expérimentation de terrain dont les résultats sont attendus en novembre

En parallèle de cette dynamique artistique, l’expérimentation scientifique Careshell, inspirée d’une méthode développée au Japon, est en cours dans la lagune de Thau.

Mis en place dès le printemps dans le cadre de la phase préparatoire scientifique, le protocole comprend des dispositifs expérimentaux déployés sur trois sites de la lagune, ainsi qu’une installation dans la colonne d’eau. Des filets contenant un substrat à base de coquilles d’huîtres broyées sont comparés à des dispositifs témoins afin d’évaluer leur potentiel pour favoriser le recrutement et le développement de la palourde européenne.

Cette expérimentation, associant l’Ifremer, le Lycée de la mer de Sète et l’Université de Montpellier, s’inscrit dans une démarche participative impliquant également les acteurs locaux dans les échanges et l’interprétation des observations.

La récupération des dispositifs est programmée début novembre, avant une phase de mesures et d’analyses scientifiques. Ces travaux, coordonnés par Franck Lagarde (Ifremer), avec la contribution de Bastien Mérigot (Université de Montpellier), permettront d’obtenir de premiers éléments sur le fonctionnement du dispositif dans les conditions environnementales de la lagune de Thau.

Mesurer les effets de l’approche participative et préparer la restitution collective

En complément des réalisations artistiques et scientifiques, CLAM-EU met en place un dispositif d’évaluation participative destiné à documenter l’expérience des participants. Questionnaires initiaux, retours après les ateliers et évaluations finales permettront notamment d’examiner l’évolution de leurs perceptions, des connaissances acquises et de leur engagement autour des enjeux de préservation des milieux lagunaires.

Ce suivi contribuera à documenter les enseignements de l’approche art-science participative et à les partager au-delà du territoire de Thau.

Rendez-vous le 3 décembre à Sète, avant les Demo Days européens à Barcelone

Les réalisations du projet seront présentées au public le jeudi 3 décembre 2026, de 18 h à 20 h, au Pôle universitaire Michèle Weil à Sète, lors d’un événement gratuit, accessible sur inscription via ce lien.

La soirée associera une conférence scientifique présentant les enjeux de préservation de la palourde et les résultats de l’expérimentation Careshell, un concert réunissant les participants, ainsi qu’une exposition des œuvres picturales collectives. Cette exposition restera accessible jusqu’au 11 décembre 2026, permettant au public de découvrir les créations et les réflexions développées durant les ateliers.

CLAM-EU sera également présenté lors des PartArt4OW Demo Days à Barcelone, en Espagne, les 17 et 18 décembre 2026, afin de partager l’expérience menée dans la lagune de Thau avec d’autres initiatives européennes associant art, science et mobilisation citoyenne.

Ces rendez-vous constitueront l’aboutissement de plusieurs mois de travail collectif et l’occasion d’ouvrir le dialogue sur les actions à poursuivre en faveur de la préservation des ressources et des écosystèmes lagunaires.

À propos de PartArt4OW

Le projet PartArt4OW bénéficie d’un financement de l’Union européenne dans le cadre du programme Horizon Europe – Mission Océan (HORIZON-MISS-2023-OCEAN-01), au titre de la convention de subvention n° 101058677. PartArt4OW (Participatory Art for Society Engagement with Ocean and Water) est un projet financé par Horizon Europe qui explore la manière dont les pratiques artistiques participatives peuvent renforcer la collaboration entre artistes, scientifiques, acteurs de la société civile et citoyens afin de répondre aux défis liés aux océans et aux bassins hydrographiques en Europe. Le projet soutient 19 initiatives interdisciplinaires, inclusives et fondées sur des principes éthiques, associant création artistique, connaissances scientifiques et engagement citoyen.