Vote écolo, sciences participatives ou adhésion à des associations de lutte pour la protection de la nature… Ces indices d’une plus grande sensibilité environnementale sont plus répandus chez les personnes vivant à proximité d’un parc naturel. Vous vous en doutiez ? C’est désormais prouvé grâce à une étude originale co-publiée par Victor Cazalis, doctorant au Centre d’écologie fonctionnelle et évolutive de Montpellier.

Et si les humains bénéficiaient, comme les espèces animales et végétales, des effets positifs des espaces naturels protégés ? C’est la question originale posée par Victor Cazalis, doctorant au CEFE de Montpellier. Alors qu’il effectue sa thèse sur l’efficacité des aires protégées pour les oiseaux, ce jeune écologue est parti picorer du côté des sciences sociales en proposant « d’appliquer aux humains la même méthodologie que pour les oiseaux. Autrement dit, comparer les comportements à l’intérieur et à l’extérieur des aires protégées pour voir l’impact qu’elles peuvent avoir. »

La même méthode que pour les oiseaux

L’étude menée avec Anne-Caroline Prévot, chercheuse en psychologie au Centre d’Ecologie et des Sciences de la Conservation (CESCO), a porté sur 16 000 communes françaises de plus de 500 habitants. « Pour chacune d’elles, nous avons mesuré la distance jusqu’au parc naturel le plus proche en considérant les parcs nationaux et régionaux. Ensuite nous avons analysé les comportements en fonction de cette distance », explique Victor Cazalis.

Les deux chercheurs se sont penchés sur trois types de comportements pouvant témoigner d’une sensibilité écologique : le vote en faveur d’un parti écologiste, l’adhésion à des associations de lutte pour la protection de la nature, en l’occurrence la Ligue de protection des oiseaux (LPO) et le WWF, et l’inscription au programme de science participative Oiseaux des jardins qui propose à des personnes non-scientifiques de contribuer au recensement des oiseaux en les observant dans leur propre jardin.

Deux fois plus d’adhésions à la LPO

« Il ne s’agit pas de dire que ces comportements sont plus écologiques que d’autres mais juste de constituer un éventail large et complémentaire de la sensibilité des habitants, précise le chercheur. La science participative va témoigner d’un intérêt pour la biodiversité très locale, comme l’adhésion à la LPO. Le WWF se situe sur une échelle plus internationale, quant au vote il est beaucoup plus transversal, avec une implication sociétale » précise l’étudiant.

Et le modèle fonctionne. Les résultats sont sans appel et concordants : « On observe pour tous ces comportements une diminution très nette au fur et à mesure que l’on s’éloigne de l’aire protégée » constate Victor Cazalis. Il y a ainsi deux fois plus d’adhérents à la LPO dans un village situé dans une aire protégée que dans une commune éloignée de 100 km. Les proportions sont quasi identiques pour le WWF et les programmes de sciences participatives. Quant au vote écologiste, il est 31 fois plus élevé en zone protégée qu’à l’extérieur.

Un effet direct de la protection

Au cours de cette étude, les deux chercheurs ont également pu isoler certaines variables intéressantes. Ils se sont par exemple demandés si ces résultats étaient le fait des aires protégées elles-mêmes ou plus simplement d’une proximité avec la nature. « Nous avons retiré cet effet « nature » en comparant des villages situés dans une aire protégée avec des villages éloignés d’un parc mais jouissant d’une naturalité à peu près similaire » détaille l’écologue. Une comparaison qui confirme l’impact des parcs naturels, et pas seulement de la nature, sur nos comportements.

Autre variable intéressante : l’âge et notamment la proportion de retraités. « Il y a plus d’adhésions aux associations et aux programmes de sciences participatives dans les villes où résident beaucoup de retraités, par contre il y a moins de votes écologistes. » Idem avec la taille des villes puisque les chercheurs ont constaté que « plus les villes sont grandes, plus on a de votes écologistes et d’adhésion au WWF », alors que la science participative et les associations comme la LPO concernent davantage les villages. Le niveau socio-économique des communes doit également être pris en compte puisqu’«on sait que, plus le salaire moyen est élevé, plus on trouve de comportements pro-environnementaux » note le chercheur.

Diminuer la distance psychologique

Comment interpréter cette vaste étude ? Pour Victor Cazalis, les aires protégées « procurent à ceux qui y vivent plus d’opportunités de vivre des expériences de nature qui diminuent ce qu’on appelle la distance psychologique, ce sentiment de déconnexion par rapport à la nature qui influence notre sensibilité écologique et nos comportements ».

Il y voit également les effets positifs de la communication et des actions pédagogiques mises en place par les parcs. « Il y a beaucoup de sorties organisées, des conférences, des panneaux explicatifs… Le simple fait d’entrer dans un parc et de lire : « Vous entrez dans le parc naturel des Cévennes », déjà ça vous fait prendre conscience que vous êtes dans un endroit particulier. » Alors vous faites quoi pour les prochaines vacances ?