Epidémie d’infox

Réseaux sociaux, blogs, sites internet… S’informer sur la pandémie de Covid-19 n’a jamais été aussi simple – ni aussi complexe. Une équipe de chercheurs s’est penchée sur les différentes informations qui circulent en Afrique depuis le début de l’épidémie et met en garde contre leurs risques pour la santé.

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Ni tout à fait info, ni tout à fait intox, voilà l’infox. « Habituellement définie comme une information dont l’origine n’est pas explicite et qui n’est pas validée par une institution, diffusée le plus souvent par les réseaux et médias sociaux sous forme de courtes vidéos, textes ou simples images parfois assorties de commentaires », définit Alice Desclaux, anthropologue de la santé au laboratoire TransVIHMI*. Rarement tout à fait justes ou tout à fait fausses, « il peut aussi s’agir d’informations qui prennent un sens erroné quand elles sont sorties de leur contexte, de généralisations hâtives ou d’interprétations subjectives présentées comme des faits », précise la chercheuse.

Ces infox ont circulé par milliers dès le début de l’épidémie de Covid-19, notamment en Afrique où il y a parfois autant de téléphones que d’habitants et où « les réseaux sociaux sont très importants. Whatsapp est d’ailleurs l’application de communication la plus utilisée en Afrique francophone », précise l’anthropologue. Pourquoi tant d’infox ? « En situation de crise, leur transmission peut être motivée par la volonté de partager le sens que l’on donne à un évènement dans une atmosphère d’angoisse, de diffuser ses idées sur l’épidémie, ou de faire connaître un moyen de prévention ou « le » traitement que tout le monde espère ».

Infodémie

Face à cette épidémie d’information – ou « infodémie », comme la qualifie l’OMS – les dispositifs de réponse à la pandémie ont tenté d’identifier les fake news pour les réfuter et apporter aux populations une information juste. « Pour cela il fallait d’abord comprendre le contexte, le sens et la portée de ces infox, c’est un des objectifs du projet de recherche CORAF (coronavirus-Afrique), composante du programme ARIACOV », précise Alice Desclaux.

Les chercheurs ont d’abord décrit l’impact des infox relatives à la chloroquine qui illustrent les effets potentiels de la mondialisation des informations diffusées par les médias sociaux en Afrique. Au Cameroun et dans tous les pays enquêtés, la demande en chloroquine a augmenté dans les pharmacies à l’annonce du premier cas de Covid-19. « Par ailleurs, les gens se sont vite approvisionnés en chloroquine sur le marché informel, achetant des dérivés aux compositions variées, très différents de l’hydroxychloroquine promue par certains médecins pour traiter le Covid-19 », raconte Alice Desclaux.

Un commerce non dénué de risque, où circulent des produits périmés ou falsifiés. « Nous avons alerté les autorités sanitaires sur le risque d’auto-médication avec des dérivés de la chloroquine, perçue comme un médicament miracle ». L’anthropologue pointe une situation où le risque médicamenteux peut s’ajouter au risque infectieux, et passer « sous les radars » en période de crise sanitaire.

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Pour les chercheurs, le « cas d’école » de la chloroquine montre que les infox peuvent avoir des effets délétères concrets sur la santé des populations dans les pays africains. « La circulation rapide des informations médicales qui, en plus de traverser des continents, passent d’un espace académique où le savoir est étroitement codifié au vaste espace incontrôlé des médias et réseaux numériques, pose un réel défi aux autorités de santé publique, et pas seulement en Afrique », conclut Alice Desclaux. C’est d’ailleurs une de ses préconisations : qu’une information médicale scientifiquement juste et éthiquement acceptable soit davantage promue sur les médias globalisés et les réseaux sociaux.