Virus du Nil occidental (West Nile Virus) : le point sur ce virus en pleine expansion en France
En ce début d’automne 2026, la France enregistre un nombre record de cas d’infection par le virus du Nil occidental (West Nile Virus, en anglais), aussi bien chez l’être humain que chez les chevaux, tous deux hôtes « accidentels » de ce virus qui infecte principalement les oiseaux.
Yannick Simonin, Université de Montpellier

L’ESSENTIEL
- Après une année 2025 déjà record en France, le nombre de cas d’infections par le virus du Nil occidental a atteint un nouveau palier exceptionnel en 2026.
- S’il est très souvent asymptomatique, ce virus peut provoquer de graves complications neurologiques, parfois mortelles.
- La circulation de ce virus transmis par les moustiques risque d’augmenter encore, en raison du changement climatique qui allonge la durée d’activité de ces insectes, accroît leur durée de vie et modifie leur métabolisme.
Le 21 septembre 2026, plus de 250 cas équins et 117 cas humains avaient déjà été signalés, dépassant très largement les 62 cas recensés sur l’ensemble de l’année dernière, qui constituait déjà une année record ! Nos voisins européens ne sont pas épargnés, puisque plus de 1 500 cas ont déjà été identifiés sur le continent, où près de 80 décès ont malheureusement été recensés.
Le nombre d’infections de ce virus transmis par le moustique commun devrait encore augmenter dans les semaines à venir. Quelles régions sont touchées, quels facteurs expliquent cette situation exceptionnelle, et doit-on s’en alarmer ? Point de situation sur ce virus considéré comme émergent en Europe.
De l’Afrique à l’Europe
Le virus du Nil occidental tire son nom du lieu où il a été isolé pour la première fois, en 1937 : dans le district du Nil occidental, au nord de l’Ouganda.
On ne connaît pas encore très bien tous les rouages de l’introduction de ce virus en Europe, mais on sait qu’il est probablement arrivé sur le continent initialement avec des oiseaux migrateurs originaires d’Afrique, avant de se propager aux oiseaux résidents.
Le premier foyer européen a été identifié en France, en 1962-1963, en Camargue. Cependant, les enquêtes sérologiques (qui consistent à rechercher dans le sang des anticorps spécifiques du virus, témoignant d’une exposition passée) ont révélé que le virus du Nil occidental circulait sur le continent dès les années 1950. Il est ensuite resté discret jusqu’en 1996, où une épidémie majeure est survenue en Roumanie : environ 400 cas avaient été recensés. D’autres suivront, dans le sud, l’est, puis l’ouest de l’Europe.
En 1999, le virus fait son entrée aux États-Unis. Il y tue massivement les oiseaux sauvages ainsi que les pensionnaires du zoo du Bronx et infecte 62 personnes à New York, dont 7 décèdent. En quelques années, il gagne la quasi-totalité du territoire américain, touchant oiseaux, chevaux et humains.
Mais l’année de rupture, pour l’Europe, est en 2018. Le virus s’étend alors largement vers l’ouest du continent et provoque la plus grande épidémie jamais enregistrée, selon le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (European Centre for Disease Prevention and Control – ECDC) : 2 083 cas et 181 décès dans une douzaine de pays, dont la France, soit davantage de malades en une seule année que les dix années précédentes réunies.
Depuis, l’aire de répartition du virus ne cesse de s’étendre chaque année. L’Allemagne, les Pays-Bas puis la Belgique ont enregistré leurs premiers cas. Ce virus est devenu endémique dans certaines régions du sud de l’Europe, notamment dans le sud de la France.
L’Île-de-France, nouveau terrain de jeu du virus
Les pays les plus touchés cette année sont l’Italie et la Grèce, qui regroupaient à eux deux plus de la moitié des cas identifiés au début du mois de septembre 2026.
Autrefois cantonné aux régions méditerranéennes, le virus du Nil occidental ne cesse de poursuivre son expansion géographique en Europe.
Dans notre pays, le bulletin de Santé publique France en date du 21 septembre 2026 est sans appel : 117 cas autochtones (autrement dit contractés sur le territoire) d’infections par le virus du Nil occidental ont été détectés. Le record de 2025 (62 cas et les 5 premiers décès jamais répertoriés sur notre territoire) est donc d’ores et déjà largement dépassé.
Par ailleurs, plus de 250 cas équins ont été rapportés, soit plus du double du précédent record. Pas moins de 16 départements sont touchés, dont pour la première fois l’Aude, la Seine-et-Marne, la Drôme, le Rhône, l’Isère, la Loire-Atlantique, le Maine-et-Loire et le Loiret, qui ont ainsi enregistré leur tout premier cas… La région PACA est la plus concernée, avec 39 cas humains répertoriés.
Plus inquiétant encore, la Nouvelle-Aquitaine, touchée pour la première fois en 2023, enregistre de nouveaux cas cette année. Et l’Île-de-France, qui, à la surprise des spécialistes, a enregistré des premiers cas l’an passé, se retrouve confrontée à nouveau à la circulation du virus. Essonne, Seine-Saint-Denis, Val-d’Oise, Val-de-Marne, Seine-et-Marne : la liste des départements touchés s’allonge…
Cette récurrence de cas montre que ce virus est probablement en phase d’installation dans de nouvelles régions. Et ce n’est pas fini : la situation devrait continuer à se dégrader dans les prochaines semaines. En effet, le virus est connu pour provoquer des infections jusqu’au mois de novembre, et les conditions climatiques actuelles sont favorables à l’activité des moustiques.
Un cycle de transmission complexe
Le virus du Nil occidental est un arbovirus (de l’anglais arthropod-borne virus, autrement dit un virus transmis par des arthropodes, sous-entendu « hématophages », c’est-à-dire se nourrissant de sang). Il appartient au genre Orthoflavivirus, composé de plus de 70 membres, parmi lesquels le virus de la dengue, le virus Zika ou encore le virus de la fièvre jaune. On en connaît au moins sept lignées, mais seules les lignées 1 et 2 ont, pour l’heure, été associées à des épidémies chez l’être humain.
Une des particularités de ce virus par rapport à d’autres (comme ceux de la dengue, le chikungunya ou le Zika) est qu’il n’est pas transmis par le moustique-tigre, mais par le moustique commun, appelé Culex pipiens. Or, celui-ci est présent sur l’ensemble du territoire hexagonal et il est le moustique le plus répandu en Europe.
Les oiseaux – notamment les passereaux (comme les moineaux, les mésanges, les hirondelles…), les strigiformes (chouettes) – sont considérés comme le réservoir principal du virus du Nil occidental. Les moustiques s’infectent après un repas de sang pris sur des oiseaux porteurs du virus.
Lorsqu’un moustique pique un oiseau infecté, le virus peut se multiplier dans son organisme avant d’infecter, lors du repas sanguin suivant, un nouvel hôte, tel que l’être humain ou le cheval.

Ainsi, contrairement à la plupart des autres arbovirus connus pour circuler en France, le virus du Nil occidental se transmet de l’animal à l’être humain, ce qui en fait un cas typique de zoonose (une zoonose est une maladie se transmettant d’une espèce animale à l’être humain).
Cependant, contrairement à la plupart des autres arbovirus qui circulent en France, tel que la dengue ou le chikungunya, par exemple, le virus du Nil occidental ne peut pas se transmettre d’un être humain à un autre par l’intermédiaire des moustiques. Et ce, même lorsqu’une personne développe des symptômes. L’hypothèse est que la charge virale sanguine (la quantité de particules virales en circulation dans le sang) est trop faible pour permettre une infection.
De nombreuses études ont également démontré que plusieurs espèces de mammifères sauvages peuvent être naturellement exposées au virus. C’est par exemple le cas des chauves-souris, des rongeurs ou des sangliers.
Toutefois, leur capacité à amplifier le virus reste bien moindre que celle des oiseaux. Ces mammifères pourraient néanmoins jouer un rôle dans le maintien du virus dans certains écosystèmes et contribuer indirectement à l’exposition des populations humaines.
Pas de transmission d’humain à humain
Si le virus ne se transmet pas d’humain à humain par piqûres de moustiques, d’autres voies de contamination peuvent exister. Le virus peut en particulier se transmettre par transfusion sanguine ou par transplantation d’organes.
En 2025, en France, deux personnes ont ainsi été contaminées à la suite d’une transplantation de reins. Le donneur, un homme dans la cinquantaine décédé d’une hémorragie cérébrale, s’est avéré avoir été infecté par le virus avant sa mort, mais sans avoir développé de signes cliniques (à l’exception de quelques petites lésions diffuses sur la peau de son abdomen et de ses jambes).
L’existence de telles voies de transmission alternatives nécessite donc de revoir nos stratégies de don du sang et de transplantation d’organes en période de circulation du virus.
En France, un dispositif de sécurisation des dons se déclenche dès que le virus est détecté chez l’être humain. Quand un premier cas est confirmé dans un département, les dons de sang y sont systématiquement dépistés.
Par ailleurs, les voyageurs revenant d’une zone à risque (comme les États-Unis) sont soit testés, soit écartés du don pendant vingt-huit jours en période de saison de circulation vectorielle. Pour les greffons, la même logique s’applique, avec une exception pour les organes vitaux transplantés sans attendre les résultats lorsque l’urgence l’impose. La France va même plus loin dans les départements les plus exposés, en dépistant les dons avant l’apparition du premier cas humain.
Reste que ce dispositif a ses limites : les deux greffés de 2025 avaient reçu les reins d’un donneur vivant dans un département qui ne figurait pas encore sur la liste des zones à risque. D’où l’intérêt de surveiller en amont les oiseaux, les moustiques et les chevaux, qui signalent la présence du virus souvent bien avant les premiers cas humains.
Un virus très souvent asymptomatique, mais parfois mortel
À l’origine, le virus du Nil occidental était considéré comme un virus bénin. En effet, dans la grande majorité des cas, il ne provoque pas de symptômes, et l’on a longtemps considéré qu’il n’était, au pire, responsable que d’une fièvre passagère.
Cette image s’est brutalement fissurée à la fin des années 1990 : les épidémies qui se succèdent alors, en Roumanie, en Russie, puis aux États-Unis, révèlent l’existence de formes neurologiques sévères, parfois mortelles.
On estime aujourd’hui que, après une infection, environ 20 % des personnes infectées développent des symptômes. Le plus souvent, il s’agit d’un syndrome pseudo-grippal peu spécifique : fièvre, maux de tête, faiblesse généralisée, douleurs musculaires et articulaires, auxquels s’ajoutent parfois des éruptions cutanées ou des atteintes oculaires.
Chez moins de 1 % des personnes infectées, le virus franchit la barrière physiologique qui protège le système nerveux central (la barrière hématoencéphalique, qui isole le cerveau et la moelle épinière) et provoque une forme dite « neuro-invasive », pouvant s’avérer fatale.
Cette dernière se traduit par une encéphalite (inflammation du cerveau), une méningite (inflammation des enveloppes qui l’entourent) ou une paralysie flasque aiguë, proche de celle de la poliomyélite. Ces formes sévères de la maladie touchent principalement les personnes âgées, ainsi que les patients porteurs de maladies chroniques : maladies cardiovasculaires, diabète, cancer…
Par ailleurs, plusieurs études ont montré que 40 à 50 % de ces patients conservent des séquelles durables, cognitives, fonctionnelles ou physiques : faiblesse musculaire, fatigue persistante, douleurs, troubles de la mémoire, atteinte rénale, épisodes dépressifs.
Il s’agit là d’une dimension souvent oubliée du fardeau de cette infection, qui ne se résume pas au simple décompte des décès.
Le virus du Nil occidental est aujourd’hui l’arbovirus responsable du plus grand nombre de décès en Europe avec une moyenne de 80 décès enregistrés par an ces cinq dernières années : en 2025, 97 décès y ont été recensés pour un peu plus de 1 100 cas. Cette année près de 80 décès sont déjà recensés, l’Italie payant le tribut le plus lourd avec plus de 50 décès enregistrés début septembre. Rappelons que l’an dernier, la France a malheureusement enregistré ses cinq premiers décès liés à ce virus.
Un virus redoutable pour les chevaux Du côté vétérinaire, les chevaux sont particulièrement sensibles à l’infection. Ils sont, de ce fait, utilisés comme indicateurs de sa circulation, notamment en Camargue, où des cas sporadiques d’infection sont régulièrement détectés depuis le début des années 2000.
Chez ces animaux, l’infection peut entraîner des signes cliniques sévères, notamment neurologiques, avec le développement d’une encéphalite. La mortalité peut alors atteindre 30 à 40 % des animaux infectés présentant des symptômes. De quoi inquiéter propriétaires et éleveurs des zones touchées.
Un diagnostic difficile
Diagnostiquer la maladie n’est pas chose aisée. En effet, ses symptômes n’ont rien de caractéristique, et ne suffisent jamais à eux seuls à déterminer la cause de l’infection. Pour cette raison, le nombre de cas identifiés est très largement sous-évalué, car, dans notre pays, les formes asymptomatiques et les formes fébriles sont très peu diagnostiquées.
Il est possible de détecter le virus dans le sang, les urines ou le liquide céphalo-rachidien, mais cette fenêtre de détection est étroite, et s’est souvent déjà refermée lorsque le patient consulte. Le diagnostic repose donc habituellement sur la recherche d’anticorps (de type IgM), qui apparaissent précocement, dans le sérum prélevé environ cinq à huit jours après le début des signes cliniques.
Mais cette approche présente une limite de taille : ces anticorps peuvent réagir de façon croisée avec ceux dirigés contre des virus proches, comme le virus Usutu ou encore celui de la dengue, ce qui impose parfois des analyses complémentaires (appelées « séroneutralisation »), bien plus longues et complexes.
En matière de prise en charge, les patients les plus atteints sont hospitalisés pour recevoir des soins de support (hydratation, assistance respiratoire si nécessaire…), tandis que les formes bénignes se traitent par de simples antalgiques.
Reste le plus frustrant : il existe un vaccin équin efficace, qui protège bien les chevaux, mais aucun vaccin humain. Cette situation s’explique notamment par la difficulté à identifier des cibles vaccinales suffisamment efficaces, mais aussi par la complexité des essais cliniques, compte tenu du caractère imprévisible de la localisation et de l’intensité des foyers de transmission.
Par ailleurs, il n’existe aucun traitement antiviral spécifique, comme pour la majorité des arbovirus… Des programmes de recherche sont en cours pour essayer de combler ce manque, mais les résultats ne sont pas attendus avant plusieurs années.
Une progression sur fond de changement climatique
L’augmentation actuelle des cas de virus du Nil occidental est probablement le prélude à ce qui nous attend dans les prochaines années avec ce virus et, d’une façon plus générale, avec les virus transmis par les moustiques.
Cette hausse, amorcée avec la rupture de 2018 et confirmée depuis, est, pour de nombreux spécialistes, inéluctable.
Les explications sont multiples. Si la circulation des oiseaux migrateurs, réservoirs du virus, favorise la réintroduction régulière de nouvelles souches virales sur le continent européen, l’un des facteurs les plus importants est sans doute le changement climatique.
En effet, les moustiques ne pouvant pas réguler leur température, ils sont extrêmement sensibles aux variations climatiques. Or, les modifications climatiques en cours dans certaines régions allongent leur période d’activité. On observe ainsi des moustiques Culex pipiens de plus en plus tôt dans l’année tandis que leur disparition survient de plus en plus tardivement. Cette situation allonge d’autant la fenêtre pendant laquelle le virus peut circuler.
Par ailleurs, on sait que la durée de vie des moustiques, qui est de deux à quatre semaines en période estivale, augmente avec la chaleur (jusqu’à une certaine température, autour des 35 °C). Dans ces conditions, leur métabolisme est accéléré, ce qui favorise la multiplication du virus dans leur organisme.
Il s’agit là d’un point crucial : pour transmettre le virus, un moustique doit d’abord l’héberger assez longtemps pour que celui-ci se réplique, franchisse la paroi de son intestin et colonise ses glandes salivaires. Or, ce délai, de l’ordre d’une à deux semaines, se raccourcit nettement quand il fait chaud (jusqu’à un certain seuil). Conséquence : le moustique devient infectieux plus vite et il vit assez longtemps pour piquer davantage.
À cela s’ajoutent les épisodes de canicule et d’orages, qui multiplient les points d’eau stagnante et chaude où les Culex pondent volontiers. Par ailleurs, en période de sécheresse prolongée, les moustiques et les oiseaux ont tendance à se concentrer autour des rares points d’eau disponibles, ce qui favorise les contacts entre oiseaux et, par conséquent, la circulation du virus. Enfin, des hivers plus doux permettent une meilleure survie des moustiques et favorisent ainsi le maintien de populations plus importantes d’une année à l’autre.
Face à cette situation, il est impératif de renforcer les réseaux de surveillance. C’est tout l’intérêt de l’approche Une seule santé (One Health, en anglais) : surveiller conjointement les oiseaux, les chevaux et les moustiques permet de détecter le virus avant qu’il ne provoque les premiers cas humains, et donc d’agir avant les premiers cas humains plutôt qu’après.
Enfin, en attendant un vaccin humain qui se fait désirer, la protection repose sur des gestes simples : éliminer les eaux stagnantes autour de chez soi, où les moustiques pondent, et se protéger des piqûres, répulsifs, vêtements couvrants, moustiquaires, en particulier à la tombée du jour et la nuit, quand les moustiques Culex sont les plus actifs.
Yannick Simonin, Virologiste spécialiste en surveillance et étude des maladies virales émergentes. Professeur des Universités, Université de Montpellier
Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.