A l’ombre des panneaux solaires

Combiner production alimentaire et production énergétique, c’est le pari de l’agrivoltaïsme. Un concept né à Montpellier qui depuis a essaimé partout dans le monde : installer des panneaux solaires sur les parcelles agricoles. Explication avec Christian Dupraz, chercheur au laboratoire Absys qui a fait germer cette idée.

100 gigawatts d’énergie photovoltaïque à l’horizon 2050, c’est l’objectif annoncé par le président de la République en février 2023. « Un pari difficile : les toits bien exposés au sud, les parkings et les friches industrielles ne suffiront pas à remplir cet objectif très ambitieux mais nécessaire », estime Christian Dupraz. Pour le chercheur en agroforesterie la solution tient en un mot : l’agrivoltaïsme.

L’agrivoltaïsme, c’est le fait de combiner des panneaux photovoltaïques et des cultures agricoles sur les mêmes parcelles. « Le concept est né à Montpellier en 2009 avec le tout premier prototype mondial installé à Lavalette » se souvient Christian Dupraz à l’origine du projet. « Quand on fait le bilan lumineux d’une parcelle agricole on constate que les cultures n’utilisent qu’un tiers du rayonnement solaire. Les deux tiers restants qui ne servent pas à la production agricole peuvent être utilisés pour faire de l’énergie photovoltaïque, le procédé permet ainsi de mieux valoriser le soleil », explique le modélisateur des cultures.

Panneaux mobiles

Et pour s’assurer que les cultures ont leur part de soleil, il existe deux options : soit on installe des panneaux avec une densité réduite sur la parcelle, « soit on utilise des panneaux mobiles qui peuvent s’effacer pour laisser passer la lumière vers les cultures quand elles en ont besoin », explique le chercheur du laboratoire Absys. Une centrale agrivoltaïque bien conçue permet donc de maintenir complètement les rendements agricoles, et parfois même d’améliorer la production en protégeant les cultures contre les excès climatiques.

« Les panneaux protègent le sol et les cultures d’un excès de soleil ce qui réduit leurs besoins en eau de 20 % à 30 % et représente une économie importante en irrigation. Ils limitent aussi le risque de brûler les cultures en cas de canicule tout en les protégeant de la grêle et en tempérant les effets du gel », détaille le chercheur qui souligne que les cultures protégées par les panneaux peuvent être de toutes natures : maraîchage, arboriculture fruitière, céréales… « Mais aussi pour la vigne souffrant ces dernières années d’un excès d’ensoleillement qui rend le raisin trop sucré et dégrade la qualité du vin. Plusieurs viticulteurs ont installé des centrales agrivoltaïques et en sont très satisfaits. »

Une électricité moins chère

Et l’électricité ainsi produite peut soit être revendue sur le réseau, soit être utilisée en autoconsommation. « Cette technologie suscite un intérêt croissant, d’autant plus que le photovoltaïque est récemment devenu l’électricité la moins chère, souligne Christian Dupraz. Nous avons calculé qu’en équipant moins de 2 % de la surface cultivée française en systèmes agrivoltaïques de nouvelle génération, on peut produire l’équivalent en électricité de tout notre parc électronucléaire actuel, sans aucune baisse de la production agricole ». Avec une centrale agrivoltaïque inaugurée tous les deux mois en France, l’idée se cultive.

Regarder l’intervention de Christian Dupraz sur l’agrivoltaïsme aux rencontres de l’Inrae


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