Ils sont neuf, ils sont biologistes, écologues, psychologues, informaticiens ou médiateurs scientifiques à l’Université de Montpellier. Ils ont été choisi par le jury de la Nuit des Chercheurs pour mener la Grande Expérience Participative (GEP) qui s’est déroulée le 27 septembre 2019.

Leur mission : dresser le portrait-robot de l’ours en peluche le plus réconfortant de France.

L’individu est un ours en peluche. Il pourrait être présent dans une des douze villes participant à la Nuit des Chercheurs le 27 septembre. La plus grande vigilance est recommandée à la population : le suspect pourrait être dangereusement réconfortant. Depuis le mois d’avril dernier, c’est à l’Université de Montpellier que neuf scientifiques élaborent dans le plus grand secret, un plan infaillible pour identifier et confondre le coupable présumé avec l’aide du grand public.

Des chercheurs d’élite mobilisés

A la base, il y a Thierry Brassac. Médiateur scientifique à l’université de Montpellier, il monte en 2010, sa première exposition sur la biodiversité mettant en scène des peluches. Fasciné par ces petites bêtes il n’en décrochera plus, allant même jusqu’à enseigner cette science douce dans le master de médiation scientifique de l’Université de Montpellier. « La peluchologie, on adore ou on ne comprend pas mais ce qui est sûr c’est que scientifiquement parlant, cela ne fonctionne que si on le fait avec le plus grand sérieux » prévient-il. Passé expert dans l’art de classer le nounours, il est le coordinateur de ce projet.

Pour coincer la peluche, Thierry Brassac a réuni autour de lui une équipe pluridisciplinaire. « A l’époque Nicolas Mouquet travaillait sur l’esthétique des poissons, quand je lui ai parlé du portrait-robot il m’a proposé de faire une classification des ours en peluche par caractères morphologiques sur le modèle des sciences naturalistes » explique le médiateur. Reconnu pour ses travaux sur les mécanismes de l’émergence et du maintien de la diversité, Nicolas Mouquet est également directeur scientifique du Centre de synthèse et d’analyse sur la biodiversité à Montpellier (CESAB). Avec lui, Anne-Sophie Tribot, écologue et biologiste à quant à elle chapoté le développement du protocole. Leur objectif : identifier le profil morphologique du suspect et son pouvoir de réconfort.

Le troisième pilier de cette équipe d’élite est Nathalie Blanc. Directrice adjointe du laboratoire de psychologie cognitive EPSYLON, ses connaissances pointues sur le développement des connaissances émotionnelles chez l’enfant permettront de mieux saisir le modus operandi du nounours pour séduire ses victimes. Autour d’eux on trouve encore Michel Raymond biologiste de l’évolution à l’Institut des Sciences de l’Evolution de Montpellier (ISEM), François Guilhaumon chargé de recherche à l’IRD, Nicolas Casajus, eco-informaticien au CESAB, Moad Essabbar, doctorant en électronique et Christopher Sevin, étudiant en médiation scientifique à l’Université de Montpellier.

La Grande Expérience Participative

Sélectionné en avril dernier par un jury composé de médiateurs scientifiques et de chercheurs, ce projet de recherche sera donc au cœur de la Grande Expérience Participative (GEP) qui se déroulera le 27 septembre dans le cadre de la 15e Nuit des Chercheurs. Le public attendu dans les 12 villes organisatrices est invité à collaborer en se munissant de leur ours fétiche. Au cours de la soirée des chercheurs photographieront les petits spécimens et leur feront subir une batterie de tests permettant d’établir une fiche descriptive précise. Que les participants ne s’inquiètent pas pour leur précieux doudou : « Ils pourront retrouver leur propriétaire à l’issu des tests. Aucun mal ne leur sera fait » précise Thierry Brassac.

Ce sera ensuite au tour de leur maître de répondre à une petite série de questions mises au point par Nathalie Blanc. Le but : étudier le rapport subjectif que l’on construit avec ces objets et notamment la notion de réconfort.  « Nous demandons aux participants de comparer leur ours avec huit autres spécimens en peluche et de nous dire s’ils le trouvent plus ou moins agréable à regarder, plus ou moins doux… » décrit le médiateur.

Un protocole pas « bébête »

« Bébête » en apparence, la mise en place d’un tel protocole expérimental a exigé une préparation méticuleuse. A commencer par le choix des critères pertinents : taille de la tête, du corps ou des yeux, rondeur, posture du nounours, accessoires vestimentaires, mécanismes internes (lumières, appareils sonores, etc.), longueur et douceur du poil…Tout y passe ! D’autres critères comme la moelleusité ont dû être abandonnés, trop compliqué à mesurer.

Autre difficulté : s’assurer que les observations seront reproduites partout dans les mêmes conditions.  Pour la couleur par exemple, difficile de se satisfaire d’un simple noir, beige ou jaune en commentaire qui pourrait laisser place à une trop grande subjectivité. Pour quantifier au mieux la teinte, Anne-Sophie Tribot s’est donc rapprochée du biophysicien montpelliérain Frédéric Geniet pour mettre au point une mire colorimétrique. « Cela a demandé un énorme travail pour la fabriquer mais aussi pour l’imprimer car il fallait s’assurer que chaque ville travaillerait à partir des mêmes couleurs » détaille Thierry Brassac.

La constitution de l’échantillon témoin a également représenté un défi pour l’équipe qui a dû composer avec des contraintes d’ordre purement pratique cette fois, « il fallait trouver un fournisseur qui soit en mesure de nous livrer douze exemplaires de chaque nounours afin que chaque ville participante dispose du même échantillon ». Après de nombreuses tentatives infructueuses auprès de la grande distribution c’est finalement le magasin de jouets historique de Montpellier, Pomme de reinette et pomme d’Api qui a su répondre à la demande des chercheurs.

L’ours un animal totem

Une Grande Expérience Participative qui s’inscrit donc dans la continuité du travail effectué par le service Culture scientifique de l’Université de Montpellier depuis de nombreuses années et notamment de l’exposition « De l’ours des cavernes à l’ours en peluche ».  « Ce qui nous intéresse c’est toute la partie imaginaire de l’ours, sa représentation dans notre inconscient. L’ours à une symbolique très forte depuis la préhistoire, c’est l’animal totem par excellence des sociétés occidentales » conclut Thierry Brassac.

Bien du travail attend encore les chercheurs pour que tout soit prêt le 27 septembre. Un site internet accessible au public par la suite sera consacré au travail de traitement et d’analyse des données. Avec à la clé, un jeu de données collectées avec soin et analysables par les outils de la bio-informatique qui permettront de définir le portrait-robot de l’ours en peluche le plus réconfortant de France et… peut-être une publication scientifique ?

  • La Nuit des Chercheurs, le 27 septembre 2019

  • A Toulouse-Albi, Marseille, Bordeaux, Limoges, St-Etienne, Angers, Le Mans, Brest, Dijon, Besançon, Paris, St-Denis de la Réunion