Le yoga a fait la conquête du monde. Les postures de la grue, du corbeau ou de la demi-sauterelle sont autant d’images d’une activité devenue un phénomène mondial en quelques décennies. Activité sportive, éveil spirituel, art de vivre, le yoga est devenu une « activité-monde ». Comment transposer dans l’univers scolaire l’une des pratiques sportives les plus répandues dans le monde ? En quoi le yoga pourrait-il contribuer à transformer l’enseignement ?

Sylvain Wagnon, Université de Montpellier et Sihame Chkair, Université de Montpellier

La pratique régulière du yoga améliorerait l’attention, la concentration, la gestion du stress et des émotions. Shutterstock.

« Soft power » planétaire

Marie Kock a montré comment la diffusion planétaire de cette activité ancestrale l’avait métamorphosée en pratique « new Age », en activité de détente pour personnes en recherche de développement personnel et de bonheur. Victime de la mode et réinventé par l’Occident, le yoga est devenu un business.

C’est aussi une arme politique. Le gouvernement indien de Narendra Modi en a fait un outil de glorification politique nationaliste et cherche à maintenir son leadership mondial sur le yoga. Célébré par une journée internationale, le 21 juin, le yoga dépasse donc le simple statut d’activité d’expression corporelle.

L’activité est également reconnue comme patrimoine immatériel de l’humanité et son implantation est planétaire, pratiquée par près de trois millions de Français et des centaines de millions de personnes dans le monde. En tant qu’activité sportive, elle possède des structures nationales, régionales, locales et une multitude d’associations qui diffusent ces différentes pratiques.

Gestion du stress

Pendant le confinement, le mot yoga fut l’un des plus demandés dans les moteurs de recherche. On a pu constater que les achats de tapis de yoga ont connu une hausse spectaculaire durant le premier mois du confinement en France ! De même, pendant cette période de crise sanitaire inédite, les articles de blogs et vidéos d’initiation au yoga en live ou en rediffusion ont connu une croissance exponentielle.

Pratique sportive et de relaxation, le yoga possède une visée d’éveil spirituel par la connaissance de son corps et de sa respiration. Des études démontrent les bienfaits qu’il apporte lorsqu’on le combine à la méditation. Sa pratique régulière améliore l’attention, la concentration, la gestion du stress et des émotions par la réduction du niveau de cortisol, hormone liée au stress. Les effets positifs du yoga sur les apprentissages cognitifs commencent à être reconnus, tout comme leurs apports au bien-être des élèves et des enseignants.

Transpositions scolaires

Le yoga est déjà présent au sein des écoles françaises, en maternelle, en primaire et du secondaire. Ce mouvement semble s’amplifier et nous sommes en train d’entreprendre une étude pour quantifier cet essor encore mal connu en France. Beaucoup d’enseignants marquent leur intérêt grandissant pour l’introduction du yoga dans l’éducation.

Les premières initiatives d’introduction du yoga à l’école ont été portées par des enseignants qui pratiquaient eux-mêmes le yoga. Pour eux, le yoga se définissait comme un ensemble d’exercices corporels et respiratoires qui n’excluaient pas une visée spirituelle. Actuellement, de plus en plus d’enseignants soulignent l’intérêt du yoga pour un travail coordonné sur la respiration et la connaissance de son corps. La dimension spirituelle est de moins en moins présente au profit d’un bien-être physique et mental ainsi que la création d’un climat scolaire de qualité pour les apprentissages par une activité de relaxation active.

Des associations agréées, comme l’association RYE, accompagnent les multiples initiatives au sein de l’Éducation nationale qui, de son côté, propose des formations et des ateliers de yoga.

Du yoga dans les écoles (Mille et une vies, 2016).

L’institution scolaire est de moins en moins rétive à l’intégration de cette activité d’expression corporelle. Les enseignants qui la pratiquent avec leurs classes soulignent l’accueil favorable des parents et des enfants.

La question qui reste posée est celle de la place du yoga au sein de l’école. De telles activités alternatives mettent en lumière le besoin d’une éducation qui prend l’enfant et l’adolescent dans sa globalité, avec des apprentissages cognitifs mais aussi physiques et émotionnels. Le yoga scolaire restera-t-il le fait d’enseignants militants, sera-t-il intégré aux disciplines existantes ou deviendra-t-il un levier pour développer des activités transversales et créer une réelle éducation intégrale ?The Conversation

Sylvain Wagnon, Professeur des universités en sciences de l’éducation, Faculté d’éducation, Université de Montpellier et Sihame Chkair, Docteure en économie de la santé et doctorante en sciences de l’éducation, Université de Montpellier

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.