En 2020, 16 projets avaient été retenus dans le cadre du programme Muse #Take Off 4. Un appel à projet doté d’une enveloppe de plus d’1 M d’euros pour le soutien aux équipements pédagogiques innovants. Dix-huit mois plus tard, où en sont ces projets ? Direction l’école de chimie, les facultés d’odontologie, de médecine, et de droit où se préparent de petites révolutions.

Vous êtes sur la plage d’Agde, les secouristes viennent d’intervenir pour sauver un jeune homme de la noyade. Alors qu’ils le ramènent sur la plage vous vous apprêtez à lui apporter les premiers secours : vous êtes jeune médecin. Vous avez été formé pour cet instant. Pourtant, les cris des proches, le regard des vacanciers qui se groupent autour de vous, le bruit d’un hélicoptère qui s’approche…Ce stress, la fac ne vous y avait pas préparé ! Voici une phrase que les jeunes médecins ne pourront bientôt plus prononcer.

Imaginason : l’immersion collective

Le scénario que nous venons de vous décrire est précisément un de ceux auxquels les étudiants pourront dorénavant se préparer grâce à Imaginason, le nouvel équipement pédagogique de la Faculté de médecine destiné à l’apprentissage en immersion collective. Concrètement : une séquence vidéo, par exemple la noyade sur la plage d’Agde, est projetée sur les murs d’une pièce dans laquelle les étudiants auront à prodiguer les soins adaptés sur un robot-patient. L’immersion par le son et l’image plonge les futurs médecins dans un environnement très proche des situations réelles dans lesquelles ils auront à intervenir un jour.

« Créer un environnement de stress autour des étudiants, les mettre en action dans un scénario contextualisé capable de générer de l’émotion permet non seulement de mieux se préparer aux conditions d’exercice réelles de son métier mais également d’ancrer plus profondément les réflexes » explique Blaise Debien, médecin urgentiste et responsable pédagogique du Centre d’enseignement en soins d’urgence du CHU de Montpellier.

Numodonto : le hub

Partons maintenant pour la Faculté d’odontologie qui a amorcé sa transition numérique il y a 10 ans déjà, avec l’intégration de la simulation haptique ou de lunettes 3D pour l’enseignement de l’anatomie à titre d’exemples. « Dorénavant les moyens numériques nous permettent de créer des séquences pédagogiques et des modèles de travail entièrement personnalisés qui nous autorisent la reproduction de toutes les situations cliniques. Ces modèles sont produits sur place, en impression 3D par François Bertrand, prothésiste dentaire » explique Jean-Cédric Durand, vice-doyen de la faculté.

La conception et fabrication assistée par ordinateur (CFAO) imprègne les murs de ce complexe universitaire et hospitalier avec, entre autres, le recrutement du professeur Michel Fages et la création de la 1ère unité d’activités médicales dévolue à cette technique en 2015. La Faculté va plus loin en proposant aujourd’hui un hub center unique en Europe. Doté de différents scanners et de plusieurs logiciels métier, ce hub permettra aux étudiants de travailler sur des modèles entièrement numériques dans des exercices aussi divers que la morphologie dentaire, les prothèses, l’esthétique, l’orthopédie dentofaciale, l’implantologie….

« Avec cet équipement, la mise en œuvre des séances sera plus rapide et plus efficace qu’avec les supports physiques actuels. Les exercices plus proches de la réalité du terrain, explique Michel Fages. Le numérique permet aussi de réduire la facture du matériel pour les étudiants, diminuant le coût de la trousse dentaire. » Baptisé du nom de François Duret, l’inventeur de la CFAO odontologique, le hub center accueillera ses premiers étudiants en début d’année prochaine. « C’est l’aboutissement d’un engagement et d’une volonté constante d’être aussi attractif pour la jeune génération d’enseignants et de la fédérer » conclut le vice-doyen en refermant la porte.

Justitia : la salle d’audience

Troisième ambiance : la salle d’audience fictive de la Faculté de droit. Conçu avec l’aide d’un architecte, cet équipement pédagogique reproduit à l’identique la configuration d’une véritable salle d’audience telle qu’on la trouve dans un tribunal. « Cet instrument de pédagogie active est une première nationale et même européenne dans une université. Cette salle permettra aux étudiants d’organiser leur concours de plaidoiries ou d’éloquence en se sentant réellement en situation » explique le doyen de la Faculté, Guylain Clamour.

Equipé d’un double système de visio-conférence, cet équipement permettra également aux étudiants de Montpellier de s’exercer avec les étudiants d’autres universités, « une collaboration est déjà en place avec Paris 2 » poursuit le doyen. Une caméra connectée permettra la rediffusion en direct des sessions sur la chaine Youtube de l’Université. La modularité de la pièce autorise aussi une polyvalence de la salle d’audience qui pourra ainsi devenir « salle de commission comme à l’Assemblée nationale pour les étudiants en sciences politiques.  L’inauguration officielle est prévue courant janvier, mais elle est déjà très demandée » conclut Guylain Clamour.

Créactive : le design thinking

Pour terminer direction l’Ecole de chimie où le projet Creactive propose aux étudiants un lieu dédié à l’apprentissage de la conduite de projet basé sur la stimulation de la créativité. Une seconde étape pour les projets EPIICs qui, depuis deux ans, mettent les étudiants en situation de développer, en équipe, une innovation pour la commercialiser. Pour les aider dans cette démarche, Creactive est une creative room basée sur le principe du design thinking. Un espace modulable, équipée du matériel utile pour stimuler les moments d’échanges intraéquipe : mobilier, tablettes, dispositif de vidéo-projection et de visio-conférence, logiciels cloud…

Afin de favoriser la conception de pièces fonctionnelles innovantes, l’ENSCM s’est également dotée, grâce à #Take Off 4, d’un système d’imprimantes 3D permettant d’allier différents types de matériaux : moléculaires, particules céramiques, résines, polymères photosensibles.« La pédagogie par projet tient une place importante dans la pédagogie de l’ENSCM. Les projets EPIICs, par leur ampleur et les réalisations qu’ils amèneront seront un vecteur important de cette communication auprès de nos futurs élèves. » conclut David Virieux le porteur du projet.