Le 27 mars dernier, dix étudiants et étudiantes de la faculté de chimie ont créé la surprise en remportant la troisième place du Tournoi français des chimistes. Seule université représentée dans une compétition trustée par les grandes écoles, ils ont su perpétuer la tradition des alchimistes en transformant leur volonté de fer… en médaille de bronze.

« Ce tournoi est un club un peu fermé entre très grandes écoles, mais cette année nous avons réussi à nous glisser dans la sélection » explique Jean-Sébastien Filhol. Pour cet enseignant-chercheur du département chimie de la Faculté des sciences de Montpellier, l’objectif de cette participation au concours était double : introduire un peu de compétition dans la pédagogie en proposant ce challenge aux étudiants et surtout « leur montrer qu’ils n’ont aucune raison de se dévaloriser face aux étudiants issus d’écoles d’ingénieur ». Autour de lui, une équipe pédagogique aussi remontée que lui : Jean-Yves Winum, Claude Niebel et Sébastien Clément. Ne leur restait plus qu’à recruter des étudiantes et des étudiants…

Huit sujets imposés

Un appel est lancé en janvier et très vite la dream team prend forme. Ils sont dix, ils s’appellent Méritxell, Hugo, Bruna, Louise-Marie, Anthony, Omeima, Laura, Lilian, Maria et Audrey et sont tous inscrits en master de chimie, parcours biomolécules, chimie séparative ou matériaux. « Ce qui nous a motivés c’est l’idée d’approfondir nos compétences, de faire des expériences et de faire du réseau, explique Bruna. Le travail d’équipe et la compétition sont ensuite devenus les moteurs. » Et le petit groupe part au quart de tour. Ils n’ont que trois mois pour préparer les huit sujets imposés.

Cuire un œuf sans chaleur ; présenter une orange bleue et comestible ; capturer les ultra-violets sur une épreuve photographique, créer un pigment vert non toxique ou encore proposer une formule olfactive de l’eau, voici quelques-uns des défis sur lesquels les jeunes chimistes de l’UM ont eu à plancher.  Midi, soir, dès que les cours leur laissent un peu de marge, ils travaillent d’arrache-pied sur leurs sujets et se retrouvent tous les mercredis autour d’une pizza pour présenter leurs résultats et s’entraîner à l’oral. « A la fin j’étais sur l’ordinateur toute la journée, tout le temps » confie Laura. « Ce n’était pas juste du jeu, poursuit Jean-Sébastien Filhol, c’était une vraie préparation professionnelle. »

L’art de la contradiction

Le « jour J » ils sont prêts pour affronter les six autres équipes issues des meilleures écoles du pays : les ENS Ulm, Lyon ou Paris Saclay et les écoles d’ingénieurs Chimie Paris Tech, ESCPI et l’école Polytechnique… « Il faut bien admettre que les autres nous regardaient un peu de haut » s’amuse Jean-Yves Winum.  Les règles du jeu sont simples : les étudiants s’affrontent au cours de quatre joutes oratoires ayant pour objet un des huit sujets préparés en amont. Alors qu’une équipe avance ses résultats et expériences lors d’un exposé de 12 minutes, l’autre dispose du même temps pour préparer la contradiction, avant d’inverser les positions lors d’un match-retour portant sur un autre sujet.

« C’est tout un art, raconte Bruna, lauréate du prix de contradiction dans ce tournoi, pendant que l’autre équipe expose, il faut faire toute la recherche bibliographique sur leur sujet, noter les points forts, les points faibles, et construire un diaporama pour proposer des pistes d’amélioration. » « La contradiction est un travail à part, ajoute Claude Niebel, il faut absorber tout ce que l’autre dit, se servir de son bagage scientifique pour combler les points manquants et savoir se mettre en valeur sans démonter non plus l’adversaire. » Le tout, bien sûr, devant un jury de professionnels composé de scientifiques et d’industriels.

Une autre image de la chimie

Un piment vert bio-sourcé, une orange bleue créée grâce à l’extraction de polyphénols naturels contenus dans le vin ou un œuf cuit à la vodka. Les solutions proposées par les étudiants auront séduit le jury au point de leur accorder une troisième place à laquelle ne s’attendaient sans doute pas leurs concurrents.   « Ils ont introduit une dimension de développement durable dans les solutions techniques créées et ont ainsi montré que la chimie peut contribuer à résoudre les problématiques actuelles, souligne Jean-Yves Winum. Pour Sébastien Clément, « au-delà de la performance technique, l’intérêt de ce concours est aussi de donner une image plus accessible, plus concrète de la chimie au public. C’est fondamental à l’heure où la science est de plus en plus remise en cause. »

Quant aux étudiants, c’est avec la conviction de recevoir un enseignement de très haut niveau qu’ils aborderont la suite de leurs études, avec à leur arc une nouvelle corde : « sur le plan de l’oral nous les avons vu progresser de manière incroyable, ce qui est une vraie plus-value pour leur future vie professionnelle, constate Jean-Sébastien Filhol. Sur le plan de la confiance c’est un booster incroyable ! Certains n’auraient jamais osé candidater à des postes plutôt destinés aux ingénieurs. Après cette victoire, ils n’ont plus aucun complexe à avoir. » Et ça, ça vaut de l’or !