La jalousie entre frères et sœurs chez les babouins

Une nouvelle étude menée par l’Université de Montpellier et l’Institut des sciences de l’évolution de Montpellier (ISEM), en collaboration avec le CNRS, apporte un éclairage inédit sur la vie émotionnelle des primates. Publiés dans la revue scientifique Proceedings of the Royal Society B, ces travaux montrent que les jeunes babouins manifestent des comportements apparentés à de la jalousie lorsqu’ils observent leur mère s’occuper d’un frère ou d’une sœur. Menée dans leur environnement naturel, cette recherche ouvre de nouvelles perspectives pour comprendre l’évolution des émotions sociales chez les animaux.

Une mère babouin toilette son fils lorsque la petite sœur s’immisce entre eux et tente d’épouiller sa mère © Axelle Delaunay

Une étude inédite sur la jalousie dans la nature

La jalousie est une émotion sociale complexe qui survient lorsqu’un individu perçoit sa relation avec un partenaire social menacée par un tiers. Si son existence chez les animaux non-humains fait encore débat, elle n’avait jusqu’à présent jamais été étudiée directement dans la nature.

Pour répondre à cette question, une équipe internationale pilotée par des scientifiques de l’Université de Montpellier (ISEM) et du CNRS s’est intéressée à une situation bien connue chez les humains : la rivalité entre frères et sœurs pour l’attention maternelle. Les chercheurs ont observé des interactions de toilettage entre des mères babouins et leurs petits, en analysant les réactions des autres membres de la fratrie.

Les résultats montrent que les jeunes babouins interviennent fréquemment lorsque leur mère toilette un frère ou une sœur, et la sollicitent davantage dans ce contexte que lorsqu’elle est simplement au repos. Ces interventions ne leur permettent généralement pas d’obtenir davantage de soins, mais elles interrompent parfois l’interaction en cours, suggérant une tentative de perturber la relation entre la mère et le rival.

Des comportements comparables à la jalousie humaine

Les observations révèlent que les jeunes babouins ciblent préférentiellement certains membres de leur fratrie : les individus plus jeunes, ceux du même sexe, ainsi que les « favoris », c’est-à-dire ceux qui reçoivent le plus souvent des soins maternels. Ces comportements, non agressifs, ressemblent fortement aux manifestations de jalousie observées chez les enfants humains.

Ces résultats soutiennent l’hypothèse selon laquelle les babouins sont capables de ressentir des formes de jalousie. Ils suggèrent également que ces primates sont en mesure d’évaluer l’équité dans la répartition de l’attention maternelle.

Au-delà de ces conclusions, cette étude, menée par l’Université de Montpellier et le CNRS, démontre qu’il est possible d’étudier les émotions animales directement dans leur environnement naturel. Elle ouvre ainsi de nouvelles perspectives pour mieux comprendre l’écologie, l’évolution et la complexité des émotions sociales chez les primates non humains.

Quelques points :

  • Les jeunes babouins interfèrent fréquemment lorsque leur mère toilette un frère ou une sœur, et la sollicitent davantage dans ce contexte que lorsqu’elle est disponible ;
  • Ils ciblent préférentiellement les frères et sœurs plus jeunes, du même sexe, ainsi que les individus recevant le plus d’attention maternelle ;
  • Ces comportements présentent de fortes similitudes avec la jalousie observée chez les fratries humaines, suggérant des mécanismes émotionnels comparables.

Informations pratiques :

  • L’étude complète : ici