Les réseaux de jeunes : des acteurs essentiels mais oubliés de la gouvernance environnementale
Les jeunes forment un groupe démographique majeur mais sous-représenté dans les processus décisionnels. S’appuyant sur les expériences de 12 réseaux de jeunes engagés dans la gouvernance environnementale du local à l’international, Marie-Morgane Rouyer qui a fait sa thèse au Centre d’écologie fonctionnelle et évolutive (Cefe) et ses co-auteurs, éclairent les rôles clés de ces réseaux reliant différents acteurs, décrivent certaines de leurs réussites et barrières rencontrées et proposent des recommandations. L’étude publiée le 10 avril 2026 dans People and Nature met en évidence le rôle politique des réseaux de jeunes, qui participent à la démocratisation de la gouvernance environnementale.

Les crises socio-environnementales actuelles (climat, biodiversité, pollution) imposent de profonds changements de société, et notamment de repenser l’inclusion des acteurs concernés dans les prises de décisions. Les jeunes représentent une part importante de la population mais sont sous-représentés dans la gouvernance, car souvent peu considérés comme des acteurs politiques. Pour pallier ce manque d’inclusion, les jeunes ont créé des voies alternatives de participation, telles que les réseaux de jeunes. Ces réseaux regroupent des individus et des organisations qui agissent ensemble pour répondre aux défis actuels et imaginer un avenir souhaitable pour eux-mêmes et les générations futures. Leur rôle dans la gouvernance environnementale reste encore peu étudié.
En s’appuyant sur les expériences acquises par 12 réseaux de jeunes engagés dans la gouvernance environnementale (biodiversité, océan, forêts, climat) aux niveaux local, national et international, l’étude met en lumière le rôle de passerelle que jouent ces réseaux dans la gouvernance environnementale. Ils relient les jeunes entre eux et les générations, facilitent les interactions entre les mouvements locaux et les décideurs du local à l’international, et entre les différents espaces de décision. Les réseaux de jeunes accomplissent également des réussites tangibles : ils donnent aux jeunes les moyens d’agir pour transformer certains aspects de la société, contribuent à la reconnaissance des jeunes en tant qu’acteurs clés et influencent certains processus politiques.
Un enjeu collectif qui demande la collaboration de toutes les générations
Cependant, ils font face à des obstacles importants. Certains entravent leur accès aux espaces de gouvernance : manque de structures pour s’engager en tant que jeune, manque de ressources, notamment de financements, fortes inégalités d’accès à la gouvernance environnementale. D’autres sont systémiques, c’est-à-dire ancrés dans le fonctionnement même des institutions : manque de reconnaissance des jeunes et de leurs contributions, soutien insuffisant aux initiatives locales transformant les pratiques sociétales, et déséquilibres de pouvoir entre acteurs.
Ces constats appellent les acteurs et institutions de la gouvernance environnementale à prêter davantage attention aux processus de participation des jeunes, notamment en reconnaissant leur droit de participer à la prise de décision, en mettant en œuvre de meilleures pratiques d’engagement de la jeunesse, en soutenant les initiatives locales visant à transformer les sociétés et à repenser de manière critique la gouvernance environnementale afin d’éviter les déséquilibres de pouvoir. L’enjeu est collectif et demande la collaboration de toutes les générations afin de garantir une participation réelle des jeunes, indispensable pour réussir les transformations sociétales nécessaires.
Rouyer, M.-M. Aminian Biquet, J., Dela Paz, I.C..P., Eriksson, A., Gietzelt, J.M., Kostianaia, E., Mukhin, P., Russell, S., Sánchez, M.E., Singh, D., Soriano, D.F.C., Stotra Bhashyam, S., Weins, N. Youth networks as bridging actors in environmental governance: roles, achievements, and barriers (2026). People and Nature. https://besjournals.onlinelibrary.wiley.com/doi/10.1002/pan3.70302