En général, pour faire simple, on répond non ! Mais en vérité, c’est une question compliquée, qui englobe au moins trois problématiques.

Frédéric Bouchette, Université de Montpellier

C’est une bonne situation ça gardien de phare ? rawpixel.com, CC BY-SA

Tout d’abord, le recul de la ligne de rivage qui sépare la mer et la terre (on appelle cela le trait de côte) est un phénomène constaté par tous. Ce recul sera dans 30 ans encore plus marqué à de nombreux endroits.

À d’autres endroits, on constate que les plages s’élargissent chaque année, quelquefois de plusieurs mètres. En fait, la largeur de la plage dépend en partie des déplacements du trait de côte, qui évolue au cours du temps de manière totalement farfelue !

Assez étonnamment, ces mouvements du trait de côte sont une des problématiques les plus complexes de la recherche à propos des littoraux. On peut donc vivre longtemps à proximité de la plage lorsque le trait de côte est stable. En revanche dans les zones très dynamiques, une maison située face à la plage peut en quelques années se retrouver loin de l’eau ou carrément sous l’eau.

« La mer attaque la terre – c’est pas sorcier ». La chaîne officielle de l’émission de France 3.

D’autre part, on dit souvent que l’augmentation du niveau marin dû au réchauffement climatique réduit la taille des plages. En fait, elles s’adaptent en se reconstruisant toujours plus haut, compensant la montée du niveau de l’eau. Mais elle ne peut s’adapter ainsi que s’il existe une quantité de sable suffisante à l’endroit considéré. Là où le sable manque, la plage réduit d’autant plus vite que la montée des eaux est marquée.

En outre, même si la plage se reconfigure avec le niveau marin, rien n’empêche l’eau de passer derrière la plage, pour aller dans les zones humides situées à terre, qui ne peuvent pas réagir comme le système de plage. Ce phénomène transforme progressivement certaines zones littorales en îles et ce n’est pas facile d’habiter sur une île, pour de nombreuses raisons, comme les accès, la ressource en eau ou l’exposition aux tempêtes.

Enfin, ta question est sans doute autant une question de droit, de morale, d’écologie et d’économie que de science physique. Jusqu’où accepte-t-on de développer les technologies et d’investir des moyens pour vivre au bord de l’eau ?

Sur ces questions, les discussions sont nombreuses entre les scientifiques qui proposent des solutions, les collectivités territoriales qui sont soucieuses de la préservation de leur territoire, et l’État qui doit encadrer tout cela. On vivra forcément à proximité des plages dans 30 ans, mais c’est maintenant que l’on décide comment.The Conversation

Frédéric Bouchette, Enseignant Chercheur, Université de Montpellier

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.