Du 17 mars au 11 mai 2020, la France a connu une situation totalement inédite. 8 semaines de confinement, que chacun a vécu différemment. Comment et pourquoi les Français ont-ils ou n’ont-ils pas respecté les règles imposées ? Pour mieux cerner cette épineuse question, Marlène Guillon et Pauline Kergall ont mené l’enquête.

Pourquoi une enquête sur le confinement ? « Parce que confinées, nous avions du temps pour cela », plaisante Marlène Guillon du laboratoire Montpellier recherche en économie*. Mais surtout parce que dès le début de cette période si particulière, la chercheuse remarque dans son entourage que les réactions face à cette nouvelle donne sont extrêmement variables. « Certaines personnes ont joué le jeu avec beaucoup de rigueur, alors que d’autres pas du tout, continuant à sortir et à se réunir malgré les consignes en vigueur. J’ai donc voulu trouver un moyen de comprendre ces différentes attitudes ».

Avec Pauline Kergall, doctorante au laboratoire MRE, elles établissent un questionnaire en ligne et recrutent plus de 1 900 volontaires entre le 16 et le 30 avril. Salaire, situation de travail pendant le confinement, perception de leur état de santé, nombre de sorties par semaine, confiance dans le gouvernement pour gérer la crise, au total les volontaires répondent à 57 questions destinées à mieux cerner leur relation au confinement.

Problème de confiance

Marlène Guillon et Pauline Kergall ont ensuite passé au crible les réponses des volontaires. Parmi les grandes tendances qui se dégagent de l’enquête, les chercheuses notent alors que les attitudes face au confinement sont directement corrélées à plusieurs facteurs, notamment : la perception de la menace constituée par la Covid-19, les bénéfices perçus du confinement, le bien-être durant cette période (lire encadré) et la confiance dans le gouvernement pour gérer cette crise.

« Globalement, 74 % des répondants se déclaraient plutôt ou totalement d’accord avec le confinement, soulignent les chercheuses qui reconnaissent avoir été surprises que la mesure soit si massivement soutenue. Il semblerait que c’est la seule chose qui leur soit parue efficace, probablement car à ce moment-là il n’y avait rien d’autre », suppose Marlène Guillon.

Car lors de cette deuxième quinzaine d’avril, la situation peut sembler confuse : « les masques manquent, les tests aussi, le débat sur l’hydroxychloroquine occupe le devant de la scène médiatique », rappelle Marlène Guillon. Résultat : seuls 30 % des volontaires déclarent alors faire confiance au gouvernement pour gérer la crise. Un pourcentage qui a d’ailleurs décliné au cours des deux semaines qu’a duré l’enquête. La confiance qui est pourtant un enjeu majeur : « ceux qui déclaraient faire confiance au gouvernement pour gérer cette crise sont aussi ceux qui ont le plus respecté les règles édictées pendant le confinement », précise Pauline Kergall.

Traçage numérique

La confiance, indispensable pour le respect du confinement. Mais pas seulement. Les chercheuses ont en effet profité de cette enquête pour explorer également le sentiment des Français par rapport à l’application de traçage numérique aujourd’hui appelée StopCovid, qui était en train d’être mise au point à cette période. Le principe : retracer les contacts d’une personne infectée grâce à son téléphone portable. « Nous avons voulu savoir si les Français seraient disposés à l’utiliser en posant deux questions : jugez-vous ce type d’application acceptable, et êtes-vous susceptible de l’installer ? », précisent-elles. À l’époque, 42 % des volontaires jugent une telle application plutôt ou totalement acceptable.

« Ceux qui jugeaient cette application inacceptable sont justement ceux qui manifestaient le moins de confiance dans le gouvernement, notent les chercheuses. C’est un enseignement majeur car on estime qu’il faudrait que 70 % de la population installe l’application pour qu’elle soit pleinement efficace », précisent-elles. Un enseignement qui pourrait également s’avérer fort utile en cas de confinement ultérieur. « Ces informations pourraient en effet aider à déterminer les stratégies de communication à mettre en place pour accompagner de telles mesures, afin de restaurer la confiance ».

Objectif bien-être

Pendant le confinement, vous êtes-vous senti isolé, déprimé, stressé, anxieux, vous êtes-vous ennuyé ? Jamais, rarement, parfois, souvent, tout le temps ? Grâce à ces questions, Marlène Guillon et Pauline Kergall ont déterminé un « indice de bien-être » des volontaires. « En fonction des réponses, cet indice était chiffré de 0 à 16 », expliquent les chercheuses qui ont fait le constat suivant : ceux qui ont un indice de bien-être élevé et qui vivent plutôt bien le confinement sont aussi ceux qui y adhèrent le mieux. « Nous avons notamment noté que ceux qui avaient l’indice de bien-être le plus faible étaient également ceux qui déclaraient faire le plus de sorties par exemple », détaille Pauline Kergall. « Pour améliorer l’adhésion au confinement, il est donc important de soutenir ceux qui ne le vivent pas bien, par exemple en mettant en place des permanences de soutien psychologique à distance », recommandent les chercheuses.

*MRE : Equipe d’accueil 7491 (UM)