Faire avancer la recherche régionale pour mieux préserver la biodiversité et mieux lutter contre les maladies vectorielles. C’est la mission que la région Occitanie a choisi de confier à l’UM dans le cadre de ces deux derniers défis-clés. Une initiative visant à structurer les forces académiques, scientifiques et économiques régionales autour de grandes questions stratégiques pour l’avenir de l’Occitanie. Présentation de ces deux défis-clés, baptisés BiovidOc et Rivoc.

Plan d’eau de gravière de Haute-Garonne.
Copyright: © Rémy Lassus, Laboratoire EDB, Toulouse.

Comment vivrons-nous dans les décennies à venir en Occitanie ? Quel climat sera le nôtre ? Avec quels impacts sur la biodiversité ? Sur la santé humaine, animale ou végétale ? Serons-nous confrontés à de nouvelles maladies ? Si oui, aurons-nous les moyens de les soigner ? Serons-nous parvenus à développer une énergie plus verte ? Si ces questions sont au cœur de la science, les liens entre les équipes de recherche à l’échelle régionale manquent parfois de structuration et les ponts avec le monde économique restent à consolider pour permettre, dans un second temps, une plus grande valorisation des résultats au niveau local.

Une recherche plus attractive en Occitanie

« Je suis de ceux qui pensent que la recherche peut être utile, déclare le biologiste montpelliérain Didier Fontenille, et lorsqu’elle correspond à des enjeux sociétaux, économiques, sanitaires ou encore écologiques, il faut profiter de cette opportunité pour faire bouger les lignes. » Et pour ce chercheur de l’institut de recherche pour le développement (IRD), l’opportunité de faire bouger les lignes s’appelle Rivoc, un des quatre défis-clés soutenus par la région Occitanie et dont le lancement officiel s’est tenu le 18 mars dernier. Quelques jours avant celui de BiodivOc, le second défi-clé piloté par l’UM et porté cette fois par l’écologue et évolutionniste Philippe Jarne, chercheur CNRS au centre d’étude fonctionnelle et évolutive (CEFE).

Les défis-clés sont une initiative de la région Occitanie dont le but est d’identifier et de structurer la communauté scientifique et les acteurs économiques locaux autour de thématiques stratégiques pour la région. « Exceller, fédérer et protéger, voilà les trois mots-clés qui s’appliquent aux enjeux que nous voulons atteindre, déclare Nadia Pellefigue, vice-présidente en charge du développement économique, de l’innovation, de la recherche et de l’enseignement supérieur. Nous avons dialogué avec les chercheurs et chercheuses afin de mobiliser des moyens là où il serait possible d’avancer vite. Nous voulons mettre en place des actions qui permettent une bascule écologique et contribuent à rendre la recherche plus collaborative, plus visible et plus attractive en Occitanie. » Quatre défis-clés ont, pour le moment, été lancés dont deux sont portés par l’Université de Montpellier, en cohérence avec les trois piliers de MUSE : nourrir soigner, protéger.

Soigner et protéger avec Rivoc et BiodivOc

Soigner, notamment en anticipant les maladies de demain (lire encadré) et en stimulant, grâce à la recherche, l’émergence de nouvelles stratégies de contrôle, tel est l’objectif du défi-clé Rivoc. « Beaucoup de maladies animales provoquent non seulement des pertes de production mais constituent également un risque pour la santé humaine. La région Occitanie, consciente et des risques sanitaires et des enjeux économiques locaux, a décidé de soutenir ce projet » précise Didier Fontenille.

Une thématique déjà bien ancrée à Montpellier, Perpignan et Toulouse où les compétences sont fortes. Elle s’inscrit également dans la stratégie plus globale « One health/Une seule santé » qui considère comme un tout la santé humaine, animale, végétale et plus globalement environnementale. « Un environnement en mauvaise santé génère des maladies pour les plantes, les animaux et les hommes. On rejoint ici la notion de biodiversité » ajoute le directeur de Rivoc.

La biodiversité qui est justement au cœur du second défi-clé, BiodivOc. « S’il y a bien un champ scientifique incontournable pour s’emparer de ces questions, c’est celui de l’écologie scientifique, souligne Philippe Augé, président de l’Université de Montpellier. Et cela tombe bien ! Car c’est aussi un champ extrêmement fort à l’UM et un des piliers du projet MUSE qui vise à favoriser une transition vers une société respectueuse de l’environnement. »

L’Occitanie bénéficie en effet d’un potentiel environnemental exceptionnel, mais sous forte pression des activités humaines « la région fait également partie des 34 points chauds de la biodiversité. Cela signifie qu’elle est très riche en espèces. Nous avons une diversité de paysages qui continue de m’étonner chaque jour, mais cela signifie aussi que cette biodiversité est très menacée » alerte Philippe Jarne. En cause : une pression démographique très forte posant des problèmes majeurs en termes de gestion des ressources naturelles, une agriculture très présente et des espèces locales menacées par l’apparition d’espèces exotiques telles que le ragondin ou le fameux moustique tigre que l’on retrouve dans ce second défi-clé. « Le rapport que nous entretenons individuellement avec la nature est d’ordre philosophique, mais cette perte de biodiversité ne se fera pas sans conséquences économiques, sociales et sanitaires ».

Boosteur de synergie

Pour tous les acteurs concernés, la réussite de ces défis-clés repose donc avant tout sur une meilleure structuration de la recherche basée sur la synergie, comme le rappelle Philippe Augé. « Ce sont de beaux outils pour favoriser les interactions entre les pôles de recherche régionaux, les organismes et les disciplines, pour créer une synergie entre les 30 000 chercheuses et chercheurs occitans, mais aussi pour développer les projets avec le secteur privé ou associatif et rendre la connaissance scientifique accessible au plus grand nombre. »

Issu de la KIM Rive lancée par Muse en février dernier, le défi-clé Rivoc compte déjà une quarantaine de partenaires. Des partenaires académiques et universitaires sur Montpellier, Toulouse, Perpignan, des partenaires institutionnels comme les ministères de l’agriculture et de la santé, des associations professionnelles, des acteurs de la vie civile, mais aussi des entreprises travaillant sur la lutte contre les maladies vectorielles : production de diagnostics, de médicaments, ou d’instruments de lutte contre les vecteurs plus verts que les pesticides actuels. « La commande de la région c’est de structurer des activités scientifiques avec de la recherche fondamentale pluridisciplinaire bien sûr, mais aussi des actions d’implémentation c’est-à-dire de la valorisation et de l’expertise au niveau régional et cela commence déjà à créer des liens, des réseaux et des opportunités » précise Didier Fontenille. Plusieurs entreprises toulousaines auraient en effet déjà contacté les chercheurs montpelliérains en vue d’une collaboration, « et la porte reste encore ouverte à tous ceux qui pensent pouvoir apporter ou retirer quelque chose de Rivoc » ajoute le directeur (1).

Une recherche liée à l’action à laquelle Philippe Jarne se dit également très attaché. « Dans nos objectifs, il y a bien sur une meilleure connaissance de la biodiversité, des mécanismes qui la gèrent mais il y a aussi des questions de transversalité et de partenariats socio-économiques. Ce n’est pas nécessairement sur ce thème qu’on attend notre communauté, mais pourtant nous intervenons déjà largement dans l’action des politiques publiques. » Pour atteindre ces objectifs, l’écologue pourra compter sur les 70 partenaires qui prennent déjà part au défi BiodivOc, parmi lesquels une vingtaine d’unités de recherche à Perpignan, Toulouse, Banyuls ou encore Moulis et Montpellier bien sûr, mais aussi des structures comme les labex Cemeb et TULIP. « Nous allons nous appuyer sur des plateformes collectives, développer une approche pluridisciplinaire et des liens avec les gestionnaires de la biodiversité, mais aussi avec des bureaux d’études, des grosses entreprises privées ».

De l’Occitanie au reste du monde

Ces deux défis-clés bénéficieront chacun d’un financement régional de 2 millions d’euros sur quatre ans. Pour BiodivOc, cette somme permettra en particulier de financer « entre 3 et 5 projets à hauteur d’environ 300 000 euros chacun, et composés d’au moins cinq équipes sur deux sites universitaires. Nous voulons transformer ces projets en dynamiques scientifiques et nous en servir de levier pour aller chercher d’autres financements. » Du côté de Rivoc, cette somme pourrait également permettre de faire venir des collaborateurs « si des chercheuses ou chercheurs africains, américains ou asiatiques qui travaillent sur les maladies vectorielles veulent voir ce que l’on fait en Occitanie nous avons des financements pour les faire venir trois ou six mois» ajoute Didier Fontenille.

Pour les deux chercheurs si tout part d’Occitanie, l’objectif reste la diffusion du savoir et sa mise à la disposition de tous. « On ne va certes pas financer des travaux sur les manchots en Antarctique, mais nos recherches ne concerneront pas que l’Occitanie car les problèmes sont bien plus larges » confie le spécialiste de la biodiversité. « Notre idée c’est que le reste du monde s’intéresse à nous, qu’il comprenne qu’il se passe des choses en Occitanie et qu’il vienne travailler avec nous, mais inversement nous avons le devoir de mettre ces résultats au service du reste du monde » conclut le directeur de Rivoc.

(1) : pour tout renseignement adressez-vous à rivoc-projet et BiodivOc

Les maladies vectorielles

« Une maladie vectorielle c’est une maladie des plantes, des animaux ou des humains provoquée par un agent infectieux transmis par un vecteur. Ce vecteur est un arthropode, soit un insecte soit une tique ou par extension un mollusque » explique Didier Fontenille. Les maladies vectorielles sont responsables d’environ 700 000 morts par an dans le monde. Dans un article intitulé Chronique d’épidémies annoncées dans le sud de la France, le chercheur et ses collègues reprennent quatre exemples emblématiques de vecteurs responsables de maladies qui pourraient émerger en Occitanie dans les années à venir :

  • le moustique tigre (Aedes albopictus), vecteur de la dengue, du chikungunya et de zika ;
  • la tique à pattes rayées (Hyalomma marginatum) : vecteur de la fièvre hémorragique de Crimée-congo pour les animaux et éventuellement pour l’homme ;
  • un moucheron (Culicoides sp.) : vecteur de la fièvre catarrhale ou maladie de la langue bleue chez le mouton ;
  • le cercope des prés ou « crachat de coucou » : vecteur chez les plantes de la bactérie phytopathogène Xylella fastidiosa.