Rouages : “Les chercheurs qui ont besoin de vecteurs viraux font appel à nous”
Céline Lemmers (Inserm) et Marina Lavigne (CNRS) sont ingénieures. Elles sont responsables techniques des deux plateaux de la plateforme de vectorologie de Montpellier. Céline à l’Institut de génomique fonctionnelle, Marina sur l’antenne située à l’Institut de génétique moléculaire de Montpellier. Toutes deux produisent des vecteurs viraux utilisés dans la recherche. Elles nous racontent ce métier dans Rouages, la série vidéo produite par l’Université de Montpellier. Moteur !
Il flotte comme un air de printemps sur le site de l’Institut de génomique fonctionnelle en ce début d’après-midi ensoleillé. Quelques doctorants et doctorantes terminent leur café avant de retourner à leur paillasse. La carte d’accès dûment échangée par le gardien contre une pièce d’identité nous ouvre les portes du hall où, à la vue de notre matériel, une femme s’adresse spontanément à nous : « Vous cherchez Céline Lemmers ? C’est pour le tournage ? ». Oui et oui.
Lentivirus, AAV et adénovirus
Céline est ingénieure de recherche à l’Inserm, responsable opérationnelle de la plateforme de vectorologie de Montpellier (PVM) rattachée à l’IGF dont une partie des locaux se situent dans l’Institut voisin, l’IGH. Elle nous attend dans son bureau avec Marina Lavigne, sa collègue. Celle-ci est ingénieure d’études au CNRS et responsable technique de l’antenne du PVM située à l’IGMM, route de Mende, elle est donc « en visite » sur la plateforme de Céline Lemmers. Si les deux femmes n’officient pas sur les mêmes sites, elles partagent néanmoins la même mission : produire des virus.
Chacune à sa spécialité, lentivirus et AAV pour la première, adénovirus pour la seconde. « Les lentivirus, si je dois en citer un très connu, c’est par exemple le virus HIV1, qui est responsable de la maladie du Sida, explique l’ingénieure de recherche. Les AAV, pour virus adéno-associés, ne sont, par contre, pas responsables de pathologies chez l’homme. » Marina Lavigne quant à elle travaille sur « des adénovirus humains, et des adénovirus canins de sérotype 2, ces deux vecteurs sont particulièrement utilisés en neurobiologie. »
Une boîte hermétique
En recherche fondamentale et clinique les virus, dans une forme inactivée et vidée de tout pathogène, peuvent être utilisés comme des outils pour faire pénétrer un ADN contenant un gène d’intérêt dans une cellule. Ils deviennent alors des vecteurs viraux. « Ils peuvent être utilisés aussi pour l’édition de génomes, pour la thérapie génique ou pour la vaccination », explique Marina Lavigne. « Nous sommes une plateforme de service de Biocampus, et tous les chercheurs et chercheuses qui ont besoin de vecteurs viraux dans leur recherche peuvent faire appel à nous pour les produire » ajoute Céline Lemmers.
Et pour cela, hors de question bien sûr de travailler sur la paillasse classique, direction le L3 pour laboratoire de sécurité biologique de niveau 3. « C’est une boîte complètement hermétique grâce à un jeu de pression qui aspire l’air à l’intérieur et des filtres qui contrôlent l’air à l’entrée et à la sortie » décrit la responsable de la plateforme. Pour entrer, il faut montrer plus que patte blanche : double paire de gants, charlotte, masque, lunettes, blouse et surchaussures sont de rigueur.
Plus à l’aise devant le poste de sécurité microbiologique que devant la caméra, les deux ingénieures nous font une démonstration avec l’ultracentrifugeuse, outil indispensable, dans leurs protocoles d’expérimentation avant de détailler les différentes étapes du process : purifier, contrôler, titrer les particules. « Il y a la biologie moléculaire pour le clonage de nouvelles constructions et la biologie cellulaire puisqu’on va produire nos vecteurs viraux dans des lignées cellulaires spécifiques, dans lesquelles ils vont pouvoir se répliquer » détaille Marina Lavigne.
Conseiller, former, sensibiliser
Un rôle qui ne s’arrête pas aux « manips » mais comporte une part importante dédiée au conseil explique Marina Lavigne : « Nous conseillons les utilisateurs, en fonction de leur recherche et de ce qu’ils veulent faire. Nous les orientons vers des lentivirus ou des AAV produits par Céline, ou vers des adénovirus. » Pour les chercheurs, chercheuses, étudiants et étudiantes qui réalisent eux-mêmes leurs manipulations, Céline Lemmers intervient pour « former, sensibiliser aux bonnes pratiques de laboratoire. Je les accompagne aussi pour obtenir les autorisations nécessaires pour travailler avec ces virus ».
Les deux ingénieures s’occupent également d’une partie plus administrative et commerciale avec l’édition des grilles tarifaires pour les prestations, les devis, la facturation, mais aussi les commandes et la gestion du matériel. « Nous sommes aussi impliqués dans les demandes de labellisation. Nous avons créé un réseau national des plateformes de vectorologie qui réunit 17 plateformes françaises et une plateforme belge et ça c’est vraiment chouette » conclut Céline Lemmers.