Rouages : “La biologie cellulaire, je peux en faire toute ma vie”

Daria Mamaeva est ingénieure de recherche Inserm à l’Institut des neurosciences de Montpellier où elle est responsable du plateau iPSCs, organoïdes et cellules humaines. En reprogrammant des cellules de patients en cellules souches pluripotentes induites elle fabrique de petites répliques de nos organes. Elle nous raconte son métier et sa passion dans Rouages, la série vidéo produite par l’Université de Montpellier. Moteur !

Pénétrer l’enceinte d’un hôpital n’est jamais tout à fait anodin. Quand on ne le fait pas pour des raisons personnelles c’est que tout ou partie de notre travail est tourné vers le soin à autrui. C’est le cas de Daria Mamaeva qui, tous les matins, franchit la barrière de l’hôpital Saint Eloi pour se rendre à l’Institut des neurosciences de Montpellier. Il est 9h et c’est dans le hall de ce laboratoire dirigé par Sylvain Lehmann que nous la retrouvons pour le tournage de Rouages.

Alors qu’elle nous guide vers son bureau, nous nous imprégnons de l’ambiance détendue et confortable qui règne entre ces murs. « Nous accueillons plus de chercheuses et chercheurs que lorsque je suis arrivée, mais l’ambiance reste très cosy, je me sens bien ici » nous confie l’ingénieure recrutée en 2016 par l’Inserm pour créer le plateau iPSCs, organoïdes et cellules humaines qui était ensuite associé à la plateforme de Montpellier BioCampus (POM). « L’idée était de mettre en service l’expertise de cellules souches pluripotentes induites (iPSCs), et leur différenciation en organoïdes, et répondre ainsi aux besoins croissants des équipes de l’Institut. »

De l’iPSC à l’organoïde

Avant de passer devant la caméra, Daria Mamaeva nous montre quelques images de ses derniers résultats. Sur l’écran se dessine une forme semblable à une coquille d’escargot, « c’est une cochlée, une partie de l’oreille interne obtenue à partir de cellules pluripotentes induites. Ici on la voit dans son milieu de culture et, à notre connaissance, c’est la première fois qu’une équipe parvient à un tel résultat. » Pour donner la mesure du succès il faut rappeler ce que sont les cellules pluripotentes induites dites iPSCs.

Pour les obtenir, les scientifiques prélèvent sur un patient des cellules somatiques, comme des cellules issues du tissu conjonctif ou des cellules du sang, avant de les reprogrammer pour en faire des cellules souches. « Et ce qui est génial avec les cellules souches c’est qu’elles peuvent se différencier, en théorie, en n’importe quelle cellule du corps humain, foie, poumon, œil ou oreille… »

Autant de possibilité pour Daria d’obtenir des organoïdes, ces petites répliques d’organes sur lesquelles les chercheurs peuvent travailler de manière non intrusive pour le patient. « Actuellement je travaille sur l’épithélium pigmentaire rétinien, un tissu qui tapisse le fond de l’œil, obtenu à partir des cellules d’une patiente atteinte d’albinisme. Mon but c’est de comprendre le mécanisme de développement de maladie chez le patient qui pourrait expliquer ses problèmes de vision ».  

Un plateau confortable et sécurisé

C’est à partir de 2018, que Daria Mamaeva a intégré l’équipe Vision de Vasiliki Kalatzis à laquelle elle consacre depuis 50 % de son temps. « Ma mission quand j’ai été recrutée était de mettre en place la différenciation des iPSC en organoïdes rétiniens. » Pour cela, l’ingénieure s’est formée à Paris avant de ramener la technique sur le plateau montpelliérain. « Maintenant, c’est utilisé par une dizaine de doctorants et post-docs dans l’équipe. Le fait de travailler à 50 % sur le plateau et à 50 % dans une équipe est très enrichissant, les deux expertises se nourrissent l’une de l’autre. »

Et c’est sur son plateau qui se trouve dans une zone classé sécurité niveau 2, obligatoire quand on travaille avec des cellules humaines, que Daria Mamaeva réalise ces incroyables tours de magie et accueille les chercheurs et chercheuses qui travaillent sur ces iPSC. « Je suis la responsable de cette zone de confinement niveau 2. Je fais une veille technologique afin de me tenir au courant des dernières avancées ; je gère les commandes ; j’organise l’espace de travail ; je forme les nouveaux entrants et je veille à ce qu’ils respectent les règles de sécurité ». Pour être toujours à jour des bonnes pratiques, l’ingénieure fait partie du réseau des référents L2 à Montpellier-Occitanie et assure un mandat dans la formation de service spécialisée en santé, sécurité et conditions de travail de la délégation régionale Occitanie Méditerranée (F4SCT).

Une disponibilité aux autres que Daria Mamaeva cultive et apprécie. « J’aime communiquer, travailler à l’amélioration du plateau. Chaque fois qu’un nouvel utilisateur arrive je lui demande de me dire comment on pourrait rendre cet espace de travail plus confortable. » Elle a par exemple fait installer le dessin d’une fenêtre ouvrant sur une forêt pour une étudiante que l’espace confiné du L2 rendait un peu claustrophobe. « Ce sont de petites choses mais c’est important. Le travail avec les iPSC est assez lourd, il faut parfois venir le week-end ou pendant les vacances car il arrive que les cellules qui décident pour nous. »

La passion des cellules

Une histoire de passion également pour cette scientifique russe qui étudiait à la base la biochimie et la biologie moléculaire et qui, de son propre aveu, ne connaissait pas grand chose à la biologie cellulaire lorsqu’elle est arrivée en France. « Mon mari avait obtenu un poste à Montpellier, nous avions déjà les enfants et moi je n’avais pas fini ma thèse. Je suis arrivée à l’IGH et ils m’ont tout fait découvrir, ils m’ont transmis la passion. Quand j’ai vu les cellules, le marquage par immunofluorescence, ce travail sur quelque chose de vivant, je me suis dit : « La biologie cellulaire, je peux en faire toute ma vie. »

Tout en poursuivant son travail à l’IGH, Daria se replonge alors dans sa thèse qu’elle soutiendra en Russie avant de revenir à Montpellier pour un premier post-doc. D’autres suivront et la mèneront au cellules souches pluripotentes induites. « Grâce à ce travail on peut donner un peu d’espoir aux patients » souligne-t-elle avant de raconter une anecdote concernant un petit tableau accroché dans le bureau de sa cheffe d’équipe Vision. « Ce petit tableau a été peint par un patient atteint d’une maladie qui réduit son champ de vision. Malgré son handicap, il continue sa passion et c’est pour moi un exemple de persistance. Même si le travail est difficile parfois, il faut suivre sa passion et la mienne c’est la biologie cellulaire. »