Anne Mione : une directrice certifiée Moma

Élue directrice de Montpellier Management en mars 2026, Anne Mione reprend le dossier de l’accréditation internationale AACSB de son établissement. Un travail sur mesure pour la professeure de l’Université de Montpellier qui a consacré sa recherche à l’étude des normes et des certifications.

Quand Anne Mione se voit proposer la direction de Montpellier Management (MOMA), elle ne peut refuser. L’occasion de rendre à l’institut « tout ce qu’il [lui] a apporté », confie l’intéressée, tant au plan institutionnel pour ses responsabilités internationales, que dans la recherche et l’enseignement puisqu’elle a créé, entre autres, une chaire et un master en apprentissage.

Label AACSB

Mais surtout, la professeure de management voit l’aboutissement de sa carrière avec ce mandat pourtant pas facile, notamment face aux questionnements sur l’accréditation de l’AACSB de l’établissement. « Ayant consacré une large partie de mes recherches aux normes et aux certifications, j’ai pensé être bien placée pour réinterroger les fondements, les enjeux stratégiques et la nécessité de l’appropriation de la démarche d’accréditation pour qu’elle porte ses bénéfices », explique la nouvelle directrice.

Le label AACSB est une reconnaissance internationale de qualité. « Mais il ne s’agit pas juste de décrocher une médaille, la certification est un processus », explique celle qui sait devoir embarquer son équipe dans un long chantier. Convaincue qu’il sera l’occasion de réfléchir ensemble au projet de l’établissement.

Regard critique

« Qu’est-ce qui fait que MOMA est – ou pas – un bon candidat à la certification ? », Anne Mione veut prendre le temps de s’en convaincre, avec le reste de son équipe. Elle devra aussi compter sur ses qualités humaines. « La mise aux normes peut être mal vécue si les standards ne sont pas partagés. C’est compliqué d’intégrer des indicateurs qui qualifient mais aussi disqualifient des pratiques. »

Chargée de mission à l’AFNOR avant de choisir un parcours académique, elle adopte aujourd’hui un regard critique sur la normalisation qui « bride la création » : « La norme n’est pas toujours valorisée, surtout en milieu académique où la singularité est recherchée, où chacun aspire à penser par lui-même. » Alors elle objective les raisons de s’y plier : « La certification, on la veut pour appartenir aux groupes de ceux qu’ils l’ont. Ou pour être différents de ceux qui ne l’ont pas. »

Reconnaissance internationale

En l’occurrence accroitre une reconnaissance internationale qui lui est chère. Longtemps responsable des relations internationales, elle se félicite d’avoir démultiplié la mobilité académique et l’accueil d’étudiants étrangers, dont le nombre est passé d’une poignée à plus d’une centaine. Et ce grâce à des collaborations avec des établissements à Shanghai, au Brésil ou encore au Maroc. La professeure sait aussi qu’un label contribue à la reconnaissance de l’université, qui n’est pas forcément armée pour défendre ses qualités dans des arènes plus larges.

Coté enseignement, Anne Mione a créé en 2025 le master Management de la distribution, une formation en apprentissage dont elle est fière. « Je vois les étudiants évoluer dans le monde professionnel et je suis convaincu de l’intérêt de leur bagage universitaire, formés à réfléchir et à prendre du recul sur les réalités actuelles. » Satisfaite aussi d’arriver à « donner le goût de la recherche et de l’argumentation aux étudiants, en particulier à ceux qui viennent de licences professionnelles et pour qui ce sont des approches nouvelles. » D’autant que certains peuvent aussi avoir été blessés par l’élitisme scolaire, nous confie-t-elle.

L’irruption de l’IA

Confrontée à l’irruption de l’IA dans ses cours, elle laisse la place aux échanges et aux questions directes dans les évaluations. « Je suis inquiète des conséquences de la réponse toujours prête, de la perte de l’incertitude dans l’apprentissage », dit celle qui, attentive, est aussi sensible à la disponibilité des jeunes à leur formation, dans une société qui invite en permanence aux distractions. Parmi ces autres engagements, citons aussi la création de la chaire Marketing responsable et bien-être Mareson, dont elle est co-fondatrice.

Cette proposition de direction est « arrivée un moment inattendu, à une période de ma vie professionnelle où j’imaginais plutôt lever le pied », partage la sexagénaire. Pas de doutes que la passionnée des effets de la normalisation sur les organisations y verra matière à une belle façon de boucler sa carrière.