Rouages : “En termes de formation et de dialogue le Mobilab est un outil formidable”

Basile Ploteau est ingénieur de recherche à l’UMR Itap, Technologies et méthodes pour les agricultures de demain, et formateur AgroTIC à l’Institut Agro Montpellier. Au volant du Mobilab il part à la rencontre des agriculteurs pour les sensibiliser aux nouvelles technologies et fait remonter leurs besoins auprès des futurs ingénieurs et des entreprises qui développent des outils numériques. Une mission qu’il nous raconte dans Rouages, la série vidéo produite par l’Université de Montpellier. Moteur !

C’est à l’ombre des arbres qui rafraîchissent le campus de la Gaillarde qu’il nous attend. De loin on le prendrait presque pour un foodtruck avec son plan latéral ouvert. A l’intérieur cependant, pas de four à pizza, ni de frigo mais une imprimante 3D, des écrans, et des tiroirs regorgeant de matériaux divers : « des câbles d’antenne, des fils de prototypage, de la visserie, des colliers Colson qui permettent de fixer les capteurs sur une cuve, un tracteur ou un poteau », inventorie Basile Ploteau, conducteur et maître de cet outil de travail peu commun : le Mobilab.

Un « fab-lab » itinérant

« Le Mobilab est la réponse d’un constat fait par mon équipe bien avant mon arrivée, explique l’ingénieur entré dans l’équipe AgroTIC à l’UMR Itap, il y a 5 ans. Ce constat était que le monde agricole est plutôt demandeur de solutions numériques. Mais ces deux mondes, agriculture et numérique, ne se croisent pas. » Manque de formation dans les lycées agricoles, coût perçu du numérique du côté agricole et méconnaissance du milieu du côté des éditeurs de logiciels etc. Les obstacles à cette rencontre ne manquent pas, d’où l’idée de développer un outil de vulgarisation pour donner un vocabulaire commun à ces deux univers.

Un outil qui aurait une double vertu pour l’Institut Agro Montpellier : celle de faire remonter les besoins des agriculteurs jusqu’aux étudiantes et étudiants de l’école et de les faire ainsi travailler sur des problématiques concrètes en adéquation avec la réalité du terrain. « L’idée du Mobilab c’est de mettre de l’huile dans les rouages en formant les agriculteurs sur les sujets du numérique et en faisant remonter leurs besoins. Il doit aussi nous permettre d’être en contact avec des entreprises qui ont des idées sur la création de capteurs et donc de rester à la page dans les enseignements. C’est vraiment un outil pour faire vivre la formation. » Et c’est ainsi qu’est née l’idée de concevoir une sorte de « fab-lab itinérant » inauguré officiellement en 2023 (L’innovation se cultive avec Mobilab).

Faire communiquer le numérique et l’agriculture

Ce double enjeu de sensibilisation et de formation structure les activités de celui qui se définit justement comme un « couteau suisse, j’ai plein de missions très différentes mais la première avec le Mobilab c’est l’animation et la vulgarisation à destination de la filière agricole sur l’usage de nouvelles technologies et de capteurs connectés. » Au volant de son camion, il profite des évènements agricoles organisés par les chambres d’agriculture, les caves coopératives, les Cuma (coopérative d’utilisation de matériel agricole), etc, pour rencontrer son public, présenter des capteurs, proposer des ateliers ludiques pour les initier à la métrologie, aux réseaux de communication, à la visualisation des données, etc.

 « L’objectif c’est de leur mettre des étoiles dans les yeux et de leur faire comprendre que c’est accessible et qu’on peut les former, les faire gagner en compétences autour du numérique pour les accompagner sur des questions comme la gestion de l’eau, des fertilisants, des produits phytosanitaires, détaille Basile Ploteau. Aujourd’hui il existe des technologies simples et accessibles, on parle de low-tech numérique, qui peuvent apporter plus de confort de travail. »

Prototypage et recherche opérationnelle

Et pour répondre au plus près à la demande, Basile Ploteau « bricole » lui-même ses capteurs. « C’est ma deuxième mission : le prototypage et la conception de tutoriels. Je ne fabrique pas moi-même des capteurs, je prends ceux qui existent dans le commerce et je les adapte aux usages agricoles avec un peu de programmation et d’électronique. » Un travail qu’il partage ensuite sous forme de tutoriels pour permettre aux agriculteurs d’utiliser ces capteurs low-cost dans leur pratique quotidienne en les paramétrant pour répondre à leurs besoins spécifiques. Ces nouvelles compétences numériques leurs permettent également de se projeter dans de nouveaux cas d’usage en assemblant voire en concevant leur propre réseau de capteurs connectés. « Il n’y a pas que des solutions commerciales avec abonnement, ils peuvent aussi bricoler et faire avec leurs propres moyens, ce qui correspond bien à la culture agricole. »

Une mission qu’il partage volontiers avec les étudiantes et étudiants confrontés ainsi à des exemples concrets : « Ils ont un cahier des charges et un temps impartis pour concevoir une solution et nous expliquer quels sont les verrous techniques qu’ils ont levés et comment leur solution pourrait faire l’objet d’une éventuelle commercialisation. » Souvent, le prototypage est financé par des projets de recherche dans lesquels l’ingénieur tient un rôle central. « La dimension opérationnelle est importante dans ces projets. On ne mesure pas uniquement la biodiversité, on cherche à inventer des outils pour que les agriculteurs puissent, de manière opérationnelle, la mettre en lien avec une réflexion agronomique à leur échelle. »

Former les ingénieurs de demain

Troisième et dernière mission mais certainement pas la moindre, Basile Ploteau consacre une grande partie de son emploi du temps à la formation. Formation des professionnels, agriculteurs et conseillers d’une part. Ainsi, en 2025, tous événements confondus, le Mobilab aura permis de sensibiliser plus de 250 personnes et d’en former une cinquantaine. Mais l’Institut Agro Montpellier forme surtout les ingénieurs agronome de demain. « Je les forme pour ma part en dernière année du cycle d’ingénieur, niveau master » explique le formateur lui-même ancien étudiant de l’Institut.

Et là encore le Mobilab se révèle un outil de promotion précieux pour faire connaître cette spécialisation. « Si aujourd’hui nous devions faire un bilan du Mobilab, son impact sur la filière agricole serait bien sûr encore modeste. On ne révolutionne pas le système. Mais en termes de formation et de dialogue avec le monde professionnel c’est un outil formidable et qui permet petit à petit de former des relais sur le territoire qui à leur tour pourront sensibiliser et former d’autres personnes » conclut l’ingénieur.