C’est sous le parrainage d’Alexandre Viala, professeur de droit public à l’UM, que l’Université de Montpellier a eu l’honneur et le plaisir d’accueillir le belge François Ost pour lui décerner le titre de docteur honoris causa. Portrait de ce juriste et philosophe du droit qui excelle dans l’art de raconter le droit pour mieux le penser.

C’est en « penseur de l’entre-deux » qu’Yves Cartuyvels, chercheur en droit aux Facultés universitaires de Saint-Louis-Bruxelles, décrivait son confrère et compatriote François Ost. Penseur de la cohérence, penseur de l’équilibre, penseur « des liens », voilà comment se définit lui-même celui à qui l’Université de Montpellier vient de décerner le prestigieux titre de docteur honoris causa. La reconnaissance d’une carrière universitaire exceptionnelle que ce citoyen belge engagé et curieux a su construire comme on construit des ponts. Ponts entre le droit et la philosophie, entre le droit et l’environnement, entre le droit et la littérature aussi.

Droit et philosophie

C’est dans le bouillonnement des années 70 que François Ost, jeune bruxellois, s’inscrit en droit « par tradition familiale » confie-t-il dans une interview intitulée : François Ost, tous les horizons du droit. Le petit-fils du professeur de droit international Charles de Visscher a pourtant un « vœu secret », la philosophie.  C’est à ces deux disciplines qu’il vouera finalement sa vie, « dans un souci de désenclaver l’étude du droit et de penser son rapport à la société » souligne Alexandre Viala, professeur de droit public à l’UM, directeur du Cercop et parrain de cette remise de diplôme honorifique. Des ouvrages tels qu’A quoi sert le droit ? ou Le droit ou l’empire du tiers sorti cette année, témoignent de cette volonté permanente de décontextualiser le droit dans ses usages et ses finalités.

Début des années 80, une thèse de philosophie du droit en poche – cette dernière portait sur les dérives mythologiques de la rationalité juridique – François Ost débute sa carrière de pédagogue en devenant professeur à la faculté de droit de Saint-Louis-Bruxelles dont il sera le doyen entre 1982 et 1993. Ses enseignements, il les dispensera également à l’Académie européenne de théorie du droit qu’il fonde en 1989 mais aussi à Genève, au Collège de France et à l’Université de Montpellier où, en relation étroite avec le Cercop, il met en place dès 2002 le diplôme d’université de philosophie du droit.

Droit et environnement

Parallèlement, le juriste poursuit ses travaux de recherche auxquels il donne une dimension profondément interdisciplinaire déclinée dans la ligne éditoriale de la Revue Interdisciplinaires des études juridiques qu’il crée en 1978. Il y développe « un regard critique, un regard construit, enrichi, aiguisé par l’interdisciplinarité que ce soit par la philosophie, l’économie, la sociologie, la psychologie, la psychanalyse, l’écologie » a rappelé Carine Jallamion, la vice doyenne de la Faculté de droit de Montpellier lors de cette cérémonie solennelle. L’écologie traverse tout particulièrement la carrière de François Ost. Le Centre d’étude du droit de l’écologie qu’il fonde en 1989 propose la toute première formation en droit de l’environnement en Belgique francophone.

« Dans les années 80, j’ai fait partie de cette génération qui, à tort ou à raison, à tort sans doute,  considérait que le problème social était réglé, était pris en charge par le biais de l’Etat-Providence mais qu’en revanche il s’agissait de prendre la mesure d’une autre menace qui était la menace écologique » déclare François Ost dans cette même interview. Il publie alors La nature hors la loi ou Quel avenir pour le droit de l’environnement ?

Cette conscience écologique, le juriste la décline également dans son engagement citoyen. Il intègre ainsi le conseil d’administration de l’association Greenpeace où il siègera une dizaine d’année avant de créer avec des amis la Fondation pour les générations futures dont il préside encore aujourd’hui le CA. « Très souvent quand on est dans l’action on manque de recul. A l’inverse quand on est à l’université on manque parfois de point d’ancrage dans la réalité. On voit combien le go between entre une expertise universitaire et un engagement citoyen peut-être fécond pour les deux » résume-t-il quand on le questionne sur cette double dimension qu’il donne à son action.

Droit et littérature

Un troisième pilier soutien l’architecture de la pensée de François Ost : l’articulation entre le droit et la littérature. Un « mariage improbable voire une liaison dangereuse » commente l’universitaire qui pendant des années illustrera les cas du droit par des exemples pris dans la littérature. C’est finalement en regardant du côté des Etats-Unis qu’il trouvera son inspiration dans le courant « Droit et Littérature » qu’il importe aux facultés universitaires de Saint-Louis sous la forme d’un cours d’abord, puis au travers de nombreuses publications. Raconter la loi, aux sources de l’imaginaire juridique, Shakespeare, la comédie de la loi, Faust ou les frontières du savoir mais encore Sade et la loi, sont quelques exemples parmi d’autres de sa production sur le sujet.

Le théâtre fait également partie de sa palette et la pièce Antigone voilée lui donnera l’occasion de revisiter la question du voile et l’aune de cette figure mythologique de la résistance à l’oppression. Plus récemment c’est sous la forme de contes que François Ost poursuit son exploration des liens entre droit et littérature avec la publication en 2019 du recueil Si le droit m’était conté et des Nouveaux contes juridiques en 2021. « Raconter le droit pour mieux le penser, le considérer comme une culture plutôt que comme une technique, l’appréhender sous l’angle du cas et pas seulement de la règle, voilà ce que je réponds à la question « Pourquoi des contes ? » conclut celui avec qui l’Université de Montpellier peut désormais compter.