Un programme d’activité physique, un régime adapté, un accompagnement psychologique, de la méditation…. Une recette simple qui annonce pourtant une révolution dans la prise en charge des cancers. En vingt ans de recherche sur ce que l’on nomme les interventions non médicamenteuses, l’Institut de recherche en cancérologie de Montpellier (IRCM) a acquis une position de leader.

« On rentre dans une ère incroyable, commente Gregory Ninot, professeur à l’Université de Montpellier et chercheur au laboratoire Epsylon, c’est une véritable révolution dans la cancérologie. » L’enthousiasme est de mise après l’annonce de la Ministre de la Santé qui acte le remboursement des soins de support pour les personnes ayant été traitées pour un cancer.

Les soins de support désignent un ensemble de méthodes physiques, diététiques, éducatives et psychologiques qui fixent le cadre d’un accompagnement personnalisé fondé sur la science pour les patients atteints d’un cancer et traités par chimiothérapie, radiothérapie ou chirurgie.

Une thérapie complémentaire

Ces interventions non médicamenteuses (INM) ne sont pas des médecines alternatives ou des activités occupationnelles. Elles traitent des symptômes spécifiques associés à la maladie et aux effets secondaires des traitements comme la fatigue, le stress ou les nausées. Relevant d’un cahier des charges précis et adapté à chaque patient, ces soins constituent « une véritable thérapie complémentaire ciblée et personnalisée qui accompagne et améliore l’efficacité des traitements anti-cancéreux » insiste le chercheur.

Les recherches de Gregory Ninot et son équipe ont connu une véritable accélération avec l’obtention du prestigieux label de site de recherche intégrée sur le cancer (SIRIC). Des fonds de recherche ont été obtenus pour réaliser les premiers essais cliniques sur les INM. « Cette synergie entre l’hôpital et l’université a fait de nous des pionniers et permis de dépasser le prisme purement mécanistique de la recherche sur le cancer, constate le chercheur. Aujourd’hui on comprend que notre mission est d’interroger l’humain et de remettre des méthodes humaines au centre des soins anti-cancer comme les INM ».

Des soins oncologiques à part entière ?

Des essais cliniques ont bien démontré l’efficacité d’interventions non médicamenteuses pour limiter la résistance aux traitements anti-cancéreux par exemple. Ils ont aussi validé l’impact psychologique positif d’une démarche rendant le patient acteur de sa propre guérison. Mieux : des programmes d’activité physique suffisamment dosés pourraient avoir un effet sur le risque de récidive de certains cancers. Une étude réalisée sur une cohorte de patients après les traitements d’un cancer du côlon révèle ainsi que leur prescription diminue de 38 % le risque de récidive. « Si des essais cliniques viennent confirmer les résultats de ces études observationnelles, alors les INM deviendront des traitements oncologiques à part entière à prescrire systématiquement pour certains patients » explique Gregory Ninot.

Des soins non invasifs pour le patient et moins onéreux qui avaient donc tout intérêt à être remboursés par la Sécurité Sociale. Cela devrait être chose faite en 2020. Aujourd’hui, la recherche continue afin de « structurer toutes ces INM pour que demain, chaque patient dispose de solutions adaptées et d’un accompagnement approprié », conclut le chercheur.

Activité physique, mode d’emploi

Longtemps considérée comme accessoire, l’activité physique est désormais reconnue comme une solution thérapeutique à part entière pendant et après la prise en charge d’un cancer. Et qui a fait ses preuves. Une étude publiée en 2016 ayant compilé des cohortes de 35 622 patients conclut que l’activité physique suffisamment intense et régulière (3 heures par semaine) est associée à une réduction du risque de mortalité due à un cancer de 38 % dans le cancer du sein, le cancer colorectal et le cancer de la prostate.

Et s’il n’est jamais trop tard pour bien faire, un programme d’activité physique adaptée doit cependant être proposé au patient le plus tôt possible. « Pas après les traitements comme c’était le cas il y a 10 ans, mais dès l’annonce du diagnostic ! », recommande Grégory Ninot. « Le réflexe spontané lorsqu’on est malade est de se reposer, ce qui est pertinent lorsqu’on souffre d’une grippe. Mais, avec un cancer, cela devient contre-productif. Plus on se repose, plus on se fragilise, plus on est fatigué. Les spécialistes parlent du cercle vicieux du déconditionnement ». Un patient inactif va en effet perdre de la masse musculaire ce qui le rend moins apte à supporter les traitements. « C’est contre-intuitif, mais l’effort va aider à lutter contre la fatigue ».

« Plus on se repose, plus on est fatigué »

Reste à savoir quel effort, et à quelle dose ? « On conseille un minimum de 2 heures d’endurance et 1 heure de renforcement musculaire par semaine », répond Grégory Ninot.

Des programmes d’activités physiques adaptées pourraient même contribuer à freiner l’évolution de certains cancers et éviter une récidive. « L’idée de fond est de ralentir la progression de la tumeur et de contribuer à éviter une récidive en sollicitant de manière ciblée les fonctions immunitaires, métaboliques, inflammatoires et neuropsychologiques du patient par une activité physique personnalisée », soutient le spécialiste.

Si des études sont actuellement menées pour valider ces espoirs, il est d’ores et déjà prouvé qu’une activité physique suffisante et bien dosée permet d’améliorer la qualité de vie et l’état général du patient, de réduire les effets secondaires des traitements tout en renforçant certains effets bénéfiques. « Ce qui est déjà beaucoup, et ce qui encourage les établissements spécialisés en oncologie à intégrer des professionnels des activités physiques adaptées dans leurs équipes de soins ».

Mieux manger pour moins de cancers

Comment mieux manger pour limiter le risque de cancer ? « Il faut suivre les recommandations du fonds mondial de recherche contre le cancer (WCRF) qui sont scientifiquement validées », répond Grégory Ninot. En pratique :

  • Limiter la consommation de viande rouge et de charcuterie. « La viande rouge moins de 4 fois par semaine, quant au jambon c’est une tranche par semaine ».
  • Avoir une alimentation riche en fruits, légumes, céréales complètes et légumes secs. « Il faut manger plus de 5 portions de fruits et légumes par jour, crus, cuits ou en compote », précise Grégory Ninot.
  • Limiter la consommation de fast-food, cuisine industrielle et aliments transformés riches en graisse, en amidon ou en sucre à « une fois par semaine maximum ».
  • Consommer moins de 7 verres d’alcool pour les femmes et 14 verres pour les hommes, pas de sel ajouté, moins de sucre, « il faut notamment bannir les boissons sucrées ».

« Ces recommandations doivent également être suivies après les traitements d’un cancer », précise Grégory Ninot. Un patient trop maigre ou présentant un taux de graisse abdominale trop important risque de moins bien répondre aux traitements », précise le chercheur qui conseille de bien adapter son alimentation afin de rester dans une fourchette d’indice de masse corporelle (IMC = poids / taille au carré) compris entre 18,5 et 25.

Existe-t-il des compléments alimentaires à prendre en cas de cancer ? Des régimes spécifiques à adopter ? Des jeûnes intermittents à essayer ? « Pour l’heure, le WCRF n’a identifié aucune preuve scientifique solide attestant leur efficacité, répond Grégory Ninot, les compléments alimentaires peuvent même interagir avec certaines chimiothérapies et diminuer leur efficacité, autant les éviter ».

Être acteur de sa guérison

« L’annonce d’un cancer est un choc pouvant générer des situations familiales, professionnelles ou sociales éprouvantes. L’isolement social, une perte d’emploi, le départ d’un compagnon, dans tous les cas les conséquences handicapent le processus de guérison et de résilience », rapporte Gregory Ninot. De nombreux symptômes comme le stress, la fatigue chronique, les troubles du sommeil, l’absence de motivation, le tabagisme sont d’origine psychologique et peuvent être résolus par des INM ciblées.

Pour aider les patients, les départements de soins de support comme celui de l’ICM s’entourent de psychologues, d’hypno-thérapeutes, de spécialistes de l’éducation thérapeutique, de spécialistes de serious game, d’assistants sociaux, ou encore de socio-esthéticiens. Des psychologues proposent par exemple une pratique de la méditation. « On obtient avec la méditation de pleine conscience de type MSBR (Mindfulness Based Stress Reduction) des résultats probants. Les personnes focalisent leur attention sur la résolution du problème, il y a une plus grande adhésion au traitement. » Cette intervention psychothérapeutique permet aux participants de regarder leur maladie autrement, en s’écoutant davantage et mieux.