Soigner – et guérir – certains maux de l’enfance, grâce à la méditation. C’est la promesse tenue du Pr Tu-Anh Tran. Le pédiatre a développé une méthode de méditation adaptée à l’enfant qui donne des résultats spectaculaires, et permet même parfois de se passer des médicaments usuellement prescrits.

Alex a 9 ans, et pour lui ce n’est pas facile. Il est très angoissé, impulsif. Il a des tics importants : racle sa langue jusqu’au sang, a de brusques mouvements de tête, se fait des croche-pattes… Parfois il débite des avalanches de gros mots. À la maison, le moment du coucher génère des angoisses incoercibles, il hurle et se tape la tête sur son lit. À l’école, Alex a du mal à lire, à comprendre, à se concentrer. Il s’agite beaucoup. Alex présente un trouble du déficit de l’attention avec hyperactivité, ou TDAH.

Alors ses parents emmènent Alex consulter le Pr Tu-Anh Tran, chef du service de pédiatrie au CHU de Nîmes… Deux mois plus tard, les tics ont disparu. Et si de temps en temps un juron ou un crochepied surgit encore, Alex est beaucoup plus calme et plus posé. Comment Tu-Anh Tran a-t-il soigné Alex ? Grâce à la méditation ! « Méditer, c’est observer ce qui se passe dans son corps et son esprit pour comprendre les phénomènes à l’intérieur de soi, explique le pédiatre, qui médite lui-même depuis 30 ans. De cette observation, vient la compréhension qui permet le dénouement des situations de blocage physique ou psychique à l’origine de la souffrance. »

Observer ce qui se passe dans son corps et son esprit

Lorsqu’il rencontre le jeune Alex, le médecin analyse que son mental va très vite, mais que son corps est plus lent. Raison pour laquelle son corps n’arrive pas à suivre ses pensées : il s’agite, tombe, bégaie, est pris de tics. « Grâce à la méditation, je l’ai amené à ralentir son esprit et à détendre son corps afin de mieux articuler ses mouvements et ses pensées et de retrouver une gestuelle harmonieuse », explique Tu-Anh Tran, qui a créé un diplôme d’université Méditation et santé.

La pratique de la méditation s’est répandue dans le monde occidental dans les années 1980, avec l’essor de la mindfulness, la méditation de pleine conscience. Dès cette époque, certains psychologues pour enfants tentent de proposer cette pratique à leurs petits patients. « Un échec, explique Tu-Anh Tran, car la façon qu’ils ont eu de présenter la méditation sous un angle intellectuel ne leur était pas du tout adaptée. Avec les enfants, pas de discours, tout passe par la sensation corporelle. »

Résultats spectaculaires

Et les sensations des enfants, Tu-Anh Tran les connaît bien. Il y a 10 ans, le médecin travaille à l’hôpital Bicêtre. Spécialiste des maladies inflammatoires et rhumatologiques de l’enfant, il prend en charge des petits patients atteints d’algodystrophie ou de fibromyalgie, qui ont mal en permanence. « Des douleurs qui parfois n’étaient même plus soulagées par les médicaments », explique le pédiatre. Alors le praticien met en place des séances de méditation pour ces enfants. « Les résultats ont été spectaculaires, se souvient Tu-Anh Tran, les enfants avaient beaucoup moins mal et regagnaient de la motricité. »

Pour obtenir une telle amélioration, le pédiatre a mis au point une pratique de la méditation spécifiquement adaptée à l’enfant. Une méthode en deux phases. Premier objectif : se calmer. « Pour cela les enfants commencent par pratiquer la respiration consciente. Il ne faut penser qu’à respirer, ce qui permet de se recentrer. L’esprit revient au corps et à l’instant présent, sans vagabonder entre le futur et le passé. »

Affronter les souffrances pour guérir

Une fois que les enfants ont perçu le pouvoir de concentration de la respiration consciente, le professeur Tran aborde la deuxième phase. « Se calmer permet de mieux affronter les souffrances pour parvenir à la guérison, c’est une phase qui est trop souvent négligée dans la pratique occidentale de la méditation, et pourtant c’est ce qui soigne ». Et des enfants, le médecin en a soigné beaucoup.
Souffrances physiques, stress, troubles de la concentration, troubles de l’apprentissage, hyperactivité, troubles alimentaires, angoisses, troubles du sommeil, anxiété, échec scolaire, déscolarisation,  dépression, phobies, maladies chroniques, pathologies inflammatoires et auto-immunes, douleurs aiguës et chroniques… La liste des maux qui peuvent être soulagés par la méditation est longue. « Parfois cette pratique permet même de diminuer ou d’arrêter complètement un traitement médicamenteux », précise le médecin.

Elle contribue aussi à ramener un équilibre dans des familles parfois mises à mal par les difficultés de leur enfant. « Beaucoup de parents viennent me voir en disant « J’ai tout essayé ! », ils sont les premiers surpris des changements qui interviennent grâce à la pratique de la méditation. » Et ils ne sont pas les seuls : la directrice de l’école d’Alex a été tellement impressionnée par ses progrès qu’elle a demandé à Tu-Anh Tran d’enseigner ses techniques de méditation aux enseignants afin qu’ils puissent les pratiquer avec leurs élèves…