Résistance corallienne

Parce qu’on protège mieux ce que l’on connaît bien, les chercheurs plongent dans le génome des coraux afin d’identifier ce qui confère à certains d’entre eux une résistance à la température bien utile en ces temps où celle de l’eau ne cesse de grimper.

© Jérémie Vidal-Dupiol

Plus de 25 % des récifs coralliens sont morts au cours des trente dernières années. La cause de cette hécatombe ? « L’augmentation de la température de l’eau », répond Jérémie Vidal-Dupiol, chercheur au laboratoire Interactions hôtes – pathogènes – environnement*. Car le corail, ce drôle d’animal, vit en symbiose avec les zooxanthelles, des algues unicellulaires qui fournissent aux coraux de l’oxygène et des nutriments en échange du gîte et du couvert qu’ils leur offre. « Mais lorsque la température augmente il n’y a plus de symbiose, le corail perd ses zooxanthelles, c’est ce qui entraîne son blanchissement. » Un phénomène qui affaiblit considérablement le corail et augmente sa mortalité.

Selon une étude publiée par l’Unesco en 2017, si le réchauffement des océans se poursuit au rythme actuel, les récifs coralliens pourraient disparaitre à l’horizon 2050 des suites de ce stress thermique. Alors comment faire pour préserver cette biodiversité unique ? « On adopte des mesures de protection, on fait même de la restauration en bouturant des coraux pour les transplanter ailleurs, mais pour l’instant tout cela se fait sans optimisation », explique Jérémie Vidal-Dupiol. Pour rendre ces mesures plus efficaces, le chercheur mise sur l’épigénétique. L’idée : identifier grâce à des données de séquençage les biomarqueurs épigénétiques des individus les mieux entrainés au stress thermique et donc qui résistent le mieux aux hausses de température. « Car ces coraux thermo-tolérants sont ceux qui affronteront le mieux le réchauffement climatique », précise le spécialiste.

Score de tolérance à la température

Pour débuter ce projet ambitieux, pertinemment nommé SAVE, cap sur la Nouvelle-Calédonie, les iles Fidji et Tahiti, en immersion avec les chercheurs qui ont prélevé des coraux et leurs zooxanthelles pour les soumettre ensuite en laboratoire à un stress thermique « écologiquement réaliste ». Au terme d’un mois et demi de suivi, chaque individu se voit attribuer un score de tolérance à la température. « Nous identifierons ensuite les biomarqueurs génétiques, épigénétiques et transcriptomiques de ces coraux et de leurs symbiotes. » Des données précieuses pour les projets de restauration car elles permettront de miser sur les individus ayant les meilleures capacités adaptatives, qui ont donc les meilleures chances de survie. « Des informations indispensables également pour la biologie de la conservation et la gestion des écosystèmes car elles permettront de mieux identifier les zones à protéger », complète Jérémie Vidal-Dupiol.

Pour accompagner les gestionnaires dans cette mission, les chercheurs travaillent d’ailleurs en collaboration avec le laboratoire Sys2Diag sur une idée révolutionnaire : « mettre au point sur la base de ces résultats un test rapide de thermo-tolérance qui leur permettra de déterminer facilement quels individus résistent le mieux au réchauffement ». Pour les récifs coralliens, la résistance s’organise.


*IHPE (CNRS, Ifremer, UPVD, UM)


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