Restaurer la confiance en l’alimentation locale pour limiter les ravages de la malbouffe. Ce sont les préconisations d’une équipe de chercheurs qui ont cartographié l’environnement alimentaire dans les grandes villes africaines.

© Mark Green

C’est un fléau planétaire lourd de conséquence, et qui n’épargne pas le continent africain où l’obésité gagne du terrain, notamment dans les grandes villes. Au Ghana et au Kenya, ce sont près de la moitié des femmes qui souffrent de surpoids et d’obésité, accompagnés de leur cortège de diabète, maladies cardiovasculaire et autres maladies chroniques.

Pourquoi le phénomène prend-il un tel poids ? Et surtout comment l’alléger ? Pour mieux en cerner les contours, une équipe de chercheurs internationaux est allée à la rencontre des habitants de trois quartiers défavorisés dans le cadre d’un projet associant des chercheurs en nutrition et en sciences sociales d’équipes françaises de l’IRD et du Cirad à Montpellier et d’universités anglaises, ghanéennes et kényanes. « Nous avons vraiment travaillé avec les habitants, soulignent Michelle Holdsworth et Nicolas Bricas, en leur demandant notamment de prendre des photos de là où ils font leurs courses et des facteurs qui influencent leur alimentation quotidienne afin de mieux comprendre leur paysage alimentaire », détaillent les chercheurs du laboratoire Moisa*.

Supermarchés plébiscités

Des instantanés qui mettent en lumière une évolution de l’alimentation : « la nourriture industrielle est plébiscitée au détriment des aliments traditionnels locaux disponibles plutôt dans les points de vente informels comme les kiosques ou les étals de rue », constatent les chercheurs.

Pourquoi les habitants se tournent-ils davantage vers ces produits ? « Les aliments emballés, pauvres en nutriments mais riches en graisses et en sucres, sont facilement accessibles et font l’objet d’une large publicité dans ces communautés pauvres », explique Michelle Holdsworth. Et ce ne sont pas là les seules raisons. « Les gens redoutent un manque d’hygiène dans les points de distribution informels, la peur de l’intoxication alimentaire est très présente », complète Nicolas Bricas. Une peur qui pousse les habitants, rassurés par la salubrité de l’emballage, vers des aliments et boissons trop gras, salés, sucrés.

Concertation

Pour inverser cette tendance, « il faut restaurer la confiance en l’alimentation locale en permettant aux petits artisans de travailler dans des bonnes conditions d’hygiène : aménager des espaces salubres de transformation et de restauration, organiser le ramassage des déchets… ». Un accompagnement de la « petite restauration populaire » qui doit avant tout se faire en concertation avec les habitants. « Ces solutions d’avenir, il faut les imaginer ensemble grâce à une discussion permanente avec tous les habitants. Il faut notamment éviter que ces changements provoquent un surplus de travail pour les femmes qui sont les premières concernées », mettent en garde les spécialistes.

Après cet indispensable dialogue avec les habitants, les chercheurs s’orientent vers les politiques pour intégrer ces recommandations notamment aux politiques urbanistiques. « Il faut l’envisager comme une véritable démocratie alimentaire », concluent Michelle Holdsworth et Nicolas Bricas. Pour redessiner un paysage alimentaire plus sain, bénéfique pour la santé mais aussi pour l’économie locale.