Zhi Li : Du crédit pour l’environnement

Dans quelques jours l’économiste de l’environnement Zhi Li regagnera l’Université de Xiamen en Chine. Après six mois de résidence montpelliéraine dans le cadre du programme Mak’it, il entend poursuivre les différentes collaborations entamées avec des laboratoires héraultais.

Pas facile de caler un rendez-vous pour le rencontrer. Tout se bouscule pour l’économiste Zhi Li qui termine son accueil de six mois à l’UM dans le cadre du programme Mak’it et s’apprête à rentrer en Chine. Le chercheur est de toute façon du genre très occupé. N’en déplaise à certains, l’environnement reste à l’agenda d’économistes. En tout cas à celui de Zhi Li et de ses homologues, bien décidés à valoriser les biens et les services environnementaux pour les faire peser dans les calculs politiques.

« J’ai un bagage scientifique – en sciences atmosphériques –, annonce d’entrée de jeu Zhi Li, pour marquer son ancrage environnemental. Mais j’ai toujours eu l’envie de m’intéresser aux comportements humains. » Va pour les sciences sociales donc, qui le conduisent aux États-Unis pendant sept ans, d’où il repartira avec un master en économie de l’environnement et des ressources naturelles et une thèse en économie. Son objet n’est donc plus de modéliser les phénomènes climatiques mais les comportements des acteurs économiques, pour en tirer des outils de gestion des ressources naturelles et de protection de l’environnement.

Sauver le Goglu des prés

A ces recherches théoriques, qui puisent notamment dans la théorie des jeux, il associe des recherches expérimentales de terrain. « Avec mes collaborateurs, nous avons travaillé avec l’ONG américaine The national Audubon society pour sauver le Goglu des prés sur la côte nord-est américaine, en concevant un outil de crowdfunding pour inciter les citoyens à investir dans la protection de l’habitat de ce passereau chanteur », raconte Zhi Li.

Et l’économiste de citer alors deux chantiers d’une toute autre ampleur : les marchés chinois du carbone et de l’eau. « Je suis impliqué dans le soutien technique à la conception du système national de marché du carbone de la Chine, qui nécessite de trancher sur l’allocation initiale des crédits carbone, sur leur prix… », explique le chercheur. Quant à l’eau, il existe en effet un marché national pour cette ressource en Chine depuis 2016 : « comment réallouer les droits sur l’eau pour une allocation optimale, quelle part à laisser au marché et quelle part sous le contrôle des pouvoirs publics ? », nous éclaire l’économiste.

Mécanismes de crédits carbone volontaires

Les sujets ne manquant pas, Zhi Li travaille aussi à la conception de marchés de crédits environnementaux multi-facteurs, autrement dit lorsqu’une même action contribue à plusieurs bénéfices et donc à autant de crédits : « Par exemple, un agriculteur qui produirait à la fois des crédits carbone et de l’eau de qualité. » Des « credits stacking » dans le jargon.

Ces travaux croisent ceux de laboratoires montpelliérains. En 2024, Zhi Li et ses collègues chinois sont invités par le Cee-m à un séminaire à l’Université de Montpellier. Puis en 2025, c’est au tour des chercheurs montpelliérains de se rendre à l’Université de Xiamen. Quand le programme Mak’It ouvre des résidences sur le thème de la transition et de l’eau, dans un cadre interdisciplinaire, Zhi Li coche toutes les cases de l’appel à projet. Qu’il remporte. Depuis, il a renforcé ses collaborations locales : « Avec le Cee-m, on travaille sur les mécanismes de crédits carbone volontaires. Et avec G-eau, sur l’impact des politiques de l’eau sur les agriculteurs, avec des enquêtes de terrain prévues en Europe et en Chine. ». Des partenariats qui vont se prolonger dans les années à venir.

Content de rentrer en Chine ? Contre toute attente, la vie montpelliéraine lui rappelle sa ville, une vie côtière où il longe également le fleuve à pied pour rejoindre la mer. Alors qu’on termine un thé Oolong un peu refroidit, Zhi Li parle de son goût pour la culture française, nourri dans sa jeunesse par les aventures de Jules Vernes, « Le tour du monde en 80 jours a changé ma façon d’envisager la vie », puis par les romans de Hugo et de Balzac. Il a même décidé de se mettre au français avant son arrivée, pour les lire dans le texte. Ces premiers rudiments n’auront d’ailleurs pas été vain à l’entendre nous raconter une dernière anecdote : en attendant le tram devant l’Agora de la danse, il a compris l’improbable invitation d’une dame à l’accompagner écouter un concert. Et il a accepté.