Cerveaux en chantier

Pas finis, les ados ? Normal, leur cerveau est en pleine croissance ! Zoom sur un cerveau humain qui n’en finit jamais de se modeler, à l’heure où se tient à Montpellier un colloque grand public consacré à ce thème.

L’adolescence, ce grand chamboulement, n’a sans doute pas livré tous ses mystères. Ce qui n’en est plus un depuis longtemps, c’est que cette période de métamorphose physique entraîne de nombreux problèmes d’identité. Ce ne serait pourtant là que la partie émergée du phénomène : on sait aujourd’hui que la métamorphose est aussi cérébrale.

Efflorescence neuronale

« Beaucoup de troubles de l’adolescence – troubles de l’attention, du jugement, difficultés à traiter l’information, etc. – sont bien plus sûrement liés à l’efflorescence neuronale qu’à tout autre facteur » affirme le docteur Robert Brès, psychiatre spécialiste de l’adolescence.

« Dans cette période clef, notre cerveau se met à pousser dans tous les sens de façon anarchique » précise-t-il.

Pendant cette période, se construire s’apparenterait ainsi à un « travail de jardinier ». La métaphore reflète une réalité concrète : le travail du système glial. « Les cellules gliales ont une double fonction. Elles enveloppent les axones, permettant ainsi d’augmenter la vitesse à laquelle les signaux peuvent être transmis d’un neurone à un autre. Mais elles sont également là pour couper des afférences peu utilisées ». Un système dont la raison d’être est donc de mettre de l’ordre dans un fouillis neuronal en pleine floraison…

Expérimenter sa pensée

Un ordre que l’on peut acquérir par d’autres voies : celles de la culture, du langage, de l’expression artistique, explique Robert Brès. A la maison des adolescents 34, il reçoit des jeunes âgés de 11 à 21 ans. « Ils s’entendent souvent demander : « qu’est-ce que tu veux faire plus tard ? ». Une question à laquelle ils ne peuvent pas répondre. Il leur faut acquérir le plein fonctionnement de la pensée : cette opération qui consiste, étymologiquement, à « peser » les idées ».

Une activité que les ados rejettent souvent comme particulièrement pesante. Rien de plus normal…

« Impossible de demander à un ado de penser comme un adulte ! poursuit Robert Brès. Sans pour autant le figer dans ce statut, il faut prendre en compte la spécificité de l’ado : il n’est ni un enfant qui a grandi, ni un adulte en miniature. »

Lieu d’écoute, centre de ressources diverses et multiples, la maison des adolescents leur offre l’opportunité de s’exprimer sur d’autres modes : écriture, dessin, relaxation… Des pratiques créatives qui permettent d’expérimenter sa pensée, afin de mieux la maîtriser. Ils y font aussi l’expérience de la rencontre avec des adultes : animateurs culturels, assistants sociaux, personnel soignant… « La rencontre peut être une étincelle et ouvrir des portes, dit Robert Brès. Même si ce sont souvent des portes intérieures. »

2017-06-23T14:35:18+00:00 jeudi 15 octobre 2015|Recherche, Santé|