Le 17 août dernier, l’Université de Montpellier célébrait les 800 ans de sa Faculté de médecine. Huit siècles d’histoire et de progrès qui ont fait de cette dernière la plus ancienne école universitaire de médecine du monde. Un anniversaire perturbé par la crise sanitaire, auquel ont tout de même pu s’associer les partenaires académiques, institutionnels et socio-économiques de l’UM ainsi que les représentants du corps professoral et étudiant.

C’est dans la chaleur d’une fin d’après-midi estivale, tempérée par la fraîcheur de ses vieilles pierres, que la Faculté de médecine a célébré, le 17 août dernier, ses huit siècles d’existence. Faisait-il si bon à Montpellier le 17 aôut 1220 ? L’histoire ne nous le dit pas, mais elle nous apprend que c’est précisément ce jour que le cardinal Conrad d’Urach, légat du pape Honorius III, promulgua les Statuts de l’Universitas medicorum Montispessulani faisant ainsi entrer Montpellier dans l’histoire de la médecine.

Une histoire avec un grand « H » qui a, en cette année 2020, dû s’arranger avec les contingences de notre actualité particulière. Crise sanitaire oblige, un public limité à deux cents personnes a pu participer à la commémoration organisée dans l’Atrium de la faculté historique. Pendant un peu plus d’une heure, universitaires et élus locaux ont pris la parole et fait le lien entre la tradition séculaire de l’institution et un avenir désormais incarné par le nouveau campus Arnaud de Villeneuve et ses équipements ultra-modernes.

Une université singulière

C’est à Sophie Béjean, Rectrice de la région académique Occitanie et Chancelière des universités, qu’est revenu l’honneur de dévoiler la plaque commémorative sur laquelle étudiants et visiteurs pourront lire : « Le 17 août 1220 furent édictés par le Cardinal Conrad d’Ubach, légat du Pape Honorius III en Languedoc, les statuts de l’Universitas medicorum, tam  doctorum quam discipulorum, Montispessulani, plus ancienne Université médicale du monde ».

Un exergue qui, pour Gérald Chanques, porte-parole de l’Association des 800 ans de la Faculté de médecine « vient rappeler que, depuis sa fondation et l’octroi de ses premiers statuts, l’Université de Montpellier reste singulière. » En effet, née de la rencontre de médecins chrétiens et juifs sous l’influence forte de la médecine arabe, elle va rester jusqu’à la Révolution une université purement médicale. Elle s’ouvre très tôt à la dissection et aux sciences naturelles, développe une vision globale de l’homme dans son milieu, ce qui sera sa marque propre y compris après la Révolution, durant laquelle la Convention ne conserve – après la suppression des universités – que trois Écoles de santé, Paris Strasbourg et Montpellier.

Une médecine universelle…

« Ce n’est pas un hasard si le plus vieux jardin des plantes se trouve à Montpellier », souligne le doyen de l’Université de Montpellier-Nîmes, Michel Mondain. C’est également à Montpellier que se tiendra, en France, la première dissection « probablement officieuse« , réalisée par Henri de Mondeville et surtout,  » la première ville où un édit stipulait que la ville devait fournir un cadavre par an décroché du gibet, puis deux cadavres par an pour l’enseignement », raconte encore le doyen. Une innovation pédagogique…déjà !

C’est d’ailleurs cette ouverture qui aura tant contribué à faire entrer la discipline au panthéon des sciences comme l’a rappelé Thierry Lavabre Bertrand, vice-président de l’Université et président du comité d’organisation des 800 ans : « Ce que l’on célèbre ce n’est pas simplement l’anniversaire d’une Faculté de médecine. On célèbre ce jour, où, pour la première fois, la médecine a été considérée comme une science, un savoir, au même titre que la philosophie, le droit… avec une portée universelle ».

Ancrée dans son territoire

Universalité et humanisme, deux piliers de cette faculté, que Rabelais, élève en son temps à Montpellier, avait résumé dans sa célèbre formule : « Science sans conscience n’est que ruine de l’âme ». Une identité forte devenue, au fil des siècles, celle d’une ville tout entière comme à tenu à le rappeler Philippe Augé, Président de l’UM, en insistant sur la place essentielle qu’occupe aujourd’hui l’Université au cœur de son territoire. « Montpellier ne se serait pas autant développée sans son université et l’université a pu s’épanouir pleinement dans cette ville. Une université doit sa notoriété certes, à ses classements internationaux, mais aussi à son implantation territoriale. »

Une déclaration qui résonnera aux oreilles des 3 000 nouveaux carabins qui, à la suite d’illustres prédécesseurs comme Nostradamus, Lapeyronie ou Rondelet, ont choisi en cette année 2020 encore, le couple Montpellier-médecine pour projeter leur avenir. Un avenir sous le signe de l’innovation et de l’excellence où la modernité n’annule jamais l’héritage.