Des contes avec et pour la science

Entre février et mars, le jeune public des médiathèques montpelliéraines a pu découvrir trois contes scientifiques, fruits de la résidence « La science rend des contes ». Une rencontre entre laboratoires et artistes organisée dans le cadre du projet UM Via des sciences labellisé Science avec et pour la société.

Trois spectacles tous joués à guichet fermé ! Ce sont près de 500 personnes, enfants et parents, qui ont ainsi pu entendre et voir Lokili, Les mondes de l’eau, Cosmos des Minus et Peut-on conter sur le moustique ? Trois histoires originales destinées aux 6-11 ans, interprétées à la médiathèque Emile Zola et imaginées dans le cadre de la résidence La science rend des contes débutée en 2025 dans les laboratoires de l’UM et de ses partenaires avec le soutien du réseau des médiathèques et de la culture scientifique de la métropole de Montpellier. « A notre connaissance, nous sommes la première université scientifique en France à organiser une résidence de contes », se réjouit Lou Deny chargée de projet Science avec et pour la science au service Science et société de l’UM.

Comme toutes les bonnes idées celle-ci est simple : composer des binômes ou trinômes associant un conteur à un ou deux chercheurs et les faire collaborer au sein même d’un laboratoire. « Les conteurs et conteuses ont été sélectionnés sur appel à candidature, quant aux chercheurs et chercheuses nous les avions déjà identifiés pour leurs capacités à vulgariser et transmettre, détaille la chargée de projet. Nous les avons ensuite mis en situation de collaboration dans une sorte de speed dating pour voir qui s’entendrait avec qui. »

Réenchanter la science

Francine Vidal, de la compagnie La Belle Aventure, a ainsi attrapé le virus des sciences aux côtés de Mathieu Sicard, chercheur à l’Isem (Institut des sciences de l’évolution de Montpellier) et de Claire Loiseau chercheuse à Mivegec (Maladies infectieuses et vecteurs : écologie, génétique, évolution et contrôle). Rémi Garcia Kerviel a plongé dans les mondes de l’eau avec Caroline Lejars (Cirad) et Géraldine Abrami (Inrae), respectivement chercheuse et ingénieure à G-eau. Enfin Gwladys Batta s’est faite toute petite aux côtés de la spécialiste en microscopie Marie-Pierre Blanchard responsable technique à MRI (Montpellier ressources imagerie).

Une fois les binômes formés chaque laboratoire a pu établir les règles de la résidence. « Certains ont préféré accueillir l’artiste pendant une semaine pleine, d’autres ont fragmenté en plusieurs séances d’un ou deux jours ». Au final chaque conteur ou conteuse a pu passer 22 jours en résidence dans le laboratoire entre octobre et décembre 2025. (Lire : Lokili : quand science et conte font jaillir une histoire d’eaux, Inrae) « L’échange s’est beaucoup fait autour des pratiques. Les scientifiques nous ont rapporté que cette expérience avait un peu réenchanté leur manière de voir leur travail » rapporte Lou Deny qui a également raconté cette collaboration au micro de la radio Divergence.

Des contes à transmettre

Vingt-deux jours d’incubation pour faire éclore ces trois histoires avant de les voir s’envoler et vivre leur vie. « Cette résidence est une expérimentation, le résultat actuel n’est pas lisse. Nous espérons que les conteurs vont continuer à porter leur histoire longtemps et qu’ils la feront évoluer au gré de leur récit et des rencontres avec le public. Peut-être même la transmettront-ils à d’autres conteurs » projette la médiatrice.

Un processus intrinsèque à cette forme orale que les conteurs ont pu développer en accompagnant des étudiantes et étudiants en licence option sciences et société de septembre à décembre 2025 : « Ils leur ont appris à mettre en récit, sous forme de contes, les expériences scientifiques proposées aux classes du dispositif Univerlacité ».  

Six classes d’écoles élémentaires ont ainsi bénéficié de ces animations mêlant narration, expérimentation et découverte scientifique au sein même des écoles partenaires. Et en février 2026, six autres classes en ont également profité directement en médiathèques (Émile Zola à Montpellier, La Gare à Pignan, Françoise Giroud à Castries, Albert Camus à Clapiers et Garcia Lorca). Pour nous partager ces ateliers Lou Deny est elle-même passée à la narration…

Gwladys au pays de l’infiniment petit

« Une conteuse, je l’imagine avec une grande robe de fée. » Passé la porte de l’école élémentaire Garcia Lorca, des petits yeux brillants attendent de poser leurs questions à Gwladys Batta. Est-ce que conteuse, c’est un métier ? « Raconter des histoires, on le fait tous, répond Gwladys. Aujourd’hui, c’est à votre tour d’écouter et d’en inventer. » Elle sort un petit kalimba et de ses pouces s’élève une douce mélodie. Puis… Plus un bruit. « C’est mon instrument pour décoller au pays des histoires… »

Après cinq mois de résidence à l’Institut de génétique humaine, aux côtés de la spécialiste en microscopie Marie-Pierre Blanchard, Gwladys partage son expérience sous forme de jeu. Elle demande : « C’est quoi le très grand pour vous ? Un éléphant, une girafe, l’univers, le soleil ? Et le très petit ? Un ver de terre, un microbe, un virus ? » Les enfants se lèvent, endossent le rôle de l’univers ou du microbe et se rangent du plus petit au plus grand.

Puis l’instrument marque à nouveau le temps du récit, et la conteuse reprend : « Coralie a une mouche de compagnie. »  Il faut l’observer, formuler des hypothèses, se demander si elle a des émotions, si elle pourrait apprendre à lire. Yeux écarquillés, mains sur les joues, les élèves réagissent aussitôt : « Moi aussi j’ai eu un insecte de compagnie ! » Des escargots dans des boîtes, qui finissent par s’échapper. Mine de rien on observe, on se documente, on formule des hypothèses. Les enfants racontent des histoires et sans s’en rendre compte, ils racontent déjà de la science.

Rémi et l’Île aux contes

Les chaussures sont alignées devant l’entrée du petit espace dédié aux contes à la médiathèque Emile Zola. On les enlève comme on franchit un seuil, comme on entre dans un autre monde. Chuchoti, chuchota. Un murmure : « Je m’appelle Rémi, et j’ai écouté mon premier conte à votre âge, dans la forêt de Brocéliande, devant un arbre. » Une confidence qui dit tout de cet homme et de sa relation aux histoires. Pas une salle, pas une scène : un arbre. La forêt comme premier théâtre. Les enfants veulent savoir :

Quel est le conte le plus petit ? Et le plus grand ? 

Le plus long vient des peuples d’avant nous, une tentative de décrire le monde tel qu’il est, de trouver le vrai nom de chaque chose. Le plus court, est celui qui va naître, celui qui n’a pas encore été racontée. 

Est-ce qu’il y a toujours une morale ? 

Rémi n’aime pas qu’il n’y ait qu’une seule vérité :

Les morales dépendent des zones géographiques, des cultures, des individus. Un conte n’est pas un sermon. 

Pourquoi c’est important de connaître les contes ?

– Toute la journée vous racontez des histoires, même sur votre téléphone. Et quand il n’y a plus d’espoir, ce sont les histoires qui en rapportent…

Francine et les moustiques

C’est pour « discuter ensemble » que Francine Vidal et Chimène Mangoua Njonté, sociologue à l’Isem ont invité trois classes dans les médiathèques de Castries et Clapiers. Alors que la conversation démarre sur la forme du conte elle-même, les enfants sont vite invités à s’exprimer sur la science : les microscopes, Albert Einstein, les éprouvettes, les rats, les microbes et… les moustiques ! L’occasion pour la sociologue de transmettre une chanson traditionnelle camerounaise et d’enchainer sur quelques informations le concernant. « Il existe 3 500 espèces de moustiques dont seulement cent piquent l’homme ! »

Les maladies transmises par cet insecte vecteur sont abordées mais aussi son utilité dans l’écosystème comme source d’alimentation pour les hirondelles, les grenouilles, les araignées ou pour la pollinisation. « Mais comment ils font l’amour, les moustiques ? » Une question dont seuls les enfants ont le secret et à laquelle l’heure d’animation n’aura pas suffi pour répondre. 

Du conte aux podcasts

Pour continuer l’aventure chez soi en famille, des podcasts issus des histoires de ces temps de médiation raviront les oreilles de petits et grands. Les conteurs et conteuses, accompagnés des scientifiques ayant participé aux résidences, interprètent une série de contes originaux autour des thématiques des moustiques, de l’eau et de l’infiniment petit. À travers des récits mêlant imagination et connaissances scientifiques, ils invitent les jeunes auditeurs à voyager entre sciences et contes. Pendant 15 minutes d’écoute, les enfants de 6 à 11 ans pourront ouvrir grand leurs oreilles, plonger dans des mondes imaginaires et scientifiques.

À découvrir prochainement sur les plateformes Spotify, Deezer, YouTube Podcast, SoundCloud et Apple Podcast.