INEAR3D : l’impression 3D au service de la santé auditive
Porté par l’Institut Charles Gerhardt Montpellier (CNRS, UM, ENSCM), mené en partenariat avec la société montpelliéraine Cilcare, et soutenu par le Pôle universitaire d’innovation (PUI), le projet Inear3D est en passe de recréer l’architecture de la fenêtre ronde de l’oreille en 3D. Un organoïde en devenir qui pourrait grandement faciliter l’étude des traitements destinés à la santé auditive.

A Montpellier, l’équipe des matériaux macromoléculaires de l’ICGM est en passe de lever un important verrou en matière de santé auditive. Sollicités par la société Cilcare, qui élabore et teste des traitements otologiques, ces chercheurs planchent sur l’impression bio-mimétique d’un organe complexe : la fenêtre ronde de l’oreille, barrière biologique qui assure la diffusion de la plupart des principes actifs auditifs. “L’inaccessibilité de la cochlée et le manque de modèles cellulaires humains constituent deux obstacles”, estime Sylvie Pucheu, directrice de l’innovation préclinique chez Cilcare.
Sortir du modèle animal
Jusqu’ici, impossible de tester les traitements en cours d’élaboration sans passer par les modèles animaux. Mais Inear3D pourrait bientôt offrir aux sociétés de biotechnologie une alternative inédite et ultra-innovante via l’impression 3D, à la fois grâce à sa haute résolution et à son caractère reproductible. Pour Sébastien Blanquer, chercheur à l’ICGM et porteur scientifique du projet, la démarche répond ainsi à une nécessité à la fois pratique et éthique. “Travailler sur des modèles animaux est très coûteux et il y a des limites éthiques évidentes, d’où la nécessité du développement des biotechnologies”, avance-t-il.
Depuis 2024, le scientifique travaille en étroite collaboration avec Cilcare, aux côtés de deux collègues du laboratoire, Emmanuel Belamie, spécialiste en sciences des matériaux et bio-ingénierie, et Marie-Noëlle Labour, experte en biologie cellulaire. “Le choix de notre département est de travailler en équipe et de bénéficier des expertises de chacun et chacune pour mener au mieux les projets de recherche”, explique-t-il. Ensemble, ils planchent sur cette fine barrière biologique qui sépare l’oreille moyenne de l’oreille interne. L’équipe s’est ensuite renforcée avec l’arrivée en avril de Gabin-Junior Endjeu Tchouassi, qui a entamé un projet de doctorat consacré à cette thématique.
Dispositif bio-imprimé
D’un point de vue pratique, les scientifiques ont fait le choix de la stéréolithographie, une technique à part entière dans le monde de l’impression 3D, et pour laquelle l’expertise des chercheurs et chercheuses de l’ICGM est déjà reconnue. Le principe : construire la membrane couche par couche, chaque strate étant “photo-réticulée”, c’est-à-dire solidifiée par l’exposition à la lumière. “Mais via ce procédé, il est important d’étudier divers types de matériaux polymères, et d’étudier leur combinaison avec des cellules pour mener à un dispositif bio-imprimé”, détaille Sébastien Blanquer.
“A terme, ce dispositif permettra une fabrication rapide de ces membranes, en respectant des tailles de 100 à 200 micromètres d’épaisseur. Notre objectif est évidemment de reproduire les propriétés les plus proches de la fenêtre ronde, mais aussi d’arriver à tester les différents principes actifs selon un protocole plus simple”. En parallèle, l’équipe s’est également rapprochée d’Yvan Duhamel, ingénieur de la plateforme Pro3D du laboratoire de mécanique et génie civil (LGMC) de l’Université de Montpellier afin de développer des dispositifs pour faciliter l’étude de la diffusion de ces substances.
Prototype en 2028
Développé dans le cadre d’une thèse Cifre, Inear3D a été lauréat de l’appel à projets Companies and Campus en octobre 2024. Grâce à ce dispositif, né dans le cadre du Pôle universitaire d’innovation de Montpellier, l’équipe a bénéficié d’une enveloppe de 50 000 euros pour l’aider à financer les divers coûts liés à la recherche de ce projet : “Nous avons un contrat de collaboration avec Cilcare, mais toute aide complémentaire est la bienvenue”, concède le chercheur. “La recherche a un coût, et surtout en culture cellulaire, avec les consommables biologiques, la note peut être salée”.
Ce bel exemple de partenariat entre le monde de la recherche et celui de l’entreprise privée devrait aboutir à un prototype d’ici 2028, avant que les scientifiques ne mettent le fruit de leurs recherches entre les mains de Cilcare, avec l’ambition de faire progresser le domaine de la thérapie auditive. Selon l’Institut Pasteur, la perte auditive représente le trouble sensoriel le plus courant chez l’homme. Vu l’enjeu, ça devrait faire du bruit…