Pour aider les femmes ayant des difficultés à concevoir un enfant du fait d’une mauvaise cicatrisation de l’utérus, des chimistes de l’IBMM ont conçu un dispositif unique et novateur. Une véritable révolution pour les patientes atteintes d’adhérences intra-utérines.

Césarienne, curetage, ablation d’un fibrome, révision utérine… les actes chirurgicaux pratiqués sur l’utérus sont nombreux. Des interventions courantes qui sont pourtant loin d’être anodines. Elles peuvent en effet provoquer l’apparition d’adhérences intra-utérines. « Ces gestes chirurgicaux très invasifs entraînent parfois des problèmes de cicatrisation : les parois de l’utérus s’accolent entre elles par une bande de tissu conjonctif, c’est ce qu’on appelle les adhérences intra-utérines, ou synéchies », explique Xavier Garric, enseignant-chercheur à l’Institut des Biomolécules Max Mousseron (IBMM).

Fausses couches à répétition

Problème : ces adhérences ont des répercussions importantes sur la santé et la fertilité. « Elles peuvent entraîner des problème d’évacuation des règles et provoquer des douleurs intenses, précise le chercheur, mais elles sont surtout la première cause mécanique d’infertilité. » Les synéchies peuvent empêcher la nidation, étape suivant la fécondation au cours de laquelle l’embryon s’implante dans la paroi utérine. « Et quand la nidation parvient à se faire, elles empêchent également le développement normal du fœtus dans la cavité utérine. » Résultat : les femmes qui présentent des adhérences intra-utérines font des fausses couches à répétitions et ne parviennent pas à mener une grossesse à terme. « Les synéchies sont responsables d’une fausse couche sur cinq », précise le chercheur.

Pour éliminer ces synéchies, les patientes doivent subir une hystéroscopie, opération au cours de laquelle le chirurgien passe par le col de l’utérus pour y introduire une caméra et aller sectionner les adhérences. Une solution pas toujours définitive : « dans 40 % à 50 % des cas, les adhérences se reforment après l’intervention », déplore Xavier Garric.

En échangeant avec Stéphanie Huberlant et Vincent Letouzey, praticiens au service de gynécologie-obstétrique du CHU de Nîmes, l’équipe de Xavier Garric a constaté l’importance des lacunes dans l’arsenal thérapeutique à disposition des chirurgiens gynécologues. C’est là que les chimistes entrent en piste. Leur idée ? « Créer une barrière anti-adhérence à insérer dans l’utérus après toute intervention susceptible de provoquer l’apparition de synéchies. » Un dispositif qui serait utilisé également après une hystéroscopie opératoire destinée à sectionner les adhérences, et ce afin d’éviter les récidives.

« Il existe déjà un gel d’acide hyaluronique utilisé dans ce but, il est injecté dans l’utérus après une intervention pour éviter les adhérences. Malheureusement ce produit se liquéfie rapidement et est éliminé en 24 à 48 heures alors que la muqueuse utérine met entre 4 et 6 jours pour se reformer après une intervention, le produit ne reste donc pas en place suffisamment longtemps pour jouer pleinement son rôle », explique le chimiste.

Nouveau polymère

Synthétiser un nouveau polymère, biodégradable en 15 jours, qui empêcherait les adhérences en se déployant dans l’utérus afin d’éviter que les parois n’entrent en contact, c’est le défi relevé par Xavier Garric et sa collaboratrice Salomé Leprince.

« Nous avons testé 15 polymères avant de trouver le candidat idéal », explique le chercheur.

Ces derniers ont conçu un dispositif constitué d’une mince feuille de ce nouveau polymère. Inséré comme un stérilet, il se déploie dans l’utérus et agit comme une barrière pour éviter l’accolement de ses parois pendant la cicatrisation. Il devient ensuite un gel qui sera évacué naturellement par voie vaginale.

Pour accompagner le développement de ce nouveau produit, Xavier Garric a fondé avec Gonzague Issenmann, le docteur Stéphanie Huberlant et la SATT AxLR la société Womed qui a remporté en 2018 le grand prix du concours de création d’entreprise innovante i-Lab, organisé chaque année par le ministère de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation. Le dispositif anti-adhérence a suscité l’adhésion du jury. « Nous sommes très fiers d’être récompensés pour la solution que nous allons apporter aux dizaines de milliers de femmes qui souhaitent concevoir un enfant et en sont privées en raison d’une mauvaise cicatrisation de leur utérus », se réjouit Gonzague Issenmann, CEO de la société Womed.

Essais cliniques

Un succès qui couronne aussi une collaboration entre médecins et chimistes spécialisés dans le développement de nouveaux matériaux. « Mieux analyser les besoins cliniques nous a permis de concevoir et mettre au point une solution simple à utiliser pour les médecins et qui répond aux besoins des patientes. »

Prochaine étape pour Womed : le lancement des essais cliniques. « Au total ce sont à terme près de 150 000 patientes par an qui seraient concernées en France, précise Xavier Garric. Ce serait une véritable révolution pour ces femmes. » Et pour les enfants qui verront certainement le jour grâce à ce dispositif novateur…