Il a été un des pionniers de la lutte contre le sida dans les années 1980, et une figure de la lutte contre le Covid-19. Retour sur un parcours au service de l’infectiologie qui a valu au professeur Jacques Reynes d’être fait chevalier de la légion d’honneur le 27 août 2021.

Il s’en est fallu de peu qu’il soit prof de physique. Après un parcours sans faute aux collège et lycée Joffre à Montpellier, Jacques Reynes envisage un temps cette orientation. Mais déjà les sirènes de la médecine chantent à ses oreilles, et c’est pour lui un choix cornélien… Finalement ce sera médecine, et aujourd’hui de nombreux patients peuvent s’en féliciter.

Après un cursus en médecine à la Faculté de Montpellier où il s’intéresse « à tout sauf à la chirurgie », Jacques Reynes va rapidement s’orienter vers l’infectiologie, sous l’influence d’André Bertrand, alors professeur de maladies infectieuses et de thérapeutique. Après un détour à Nice pour faire son internat, le praticien revient dans sa ville natale et devient en 1985 chef de clinique assistant au CHU de Montpellier.

Période sombre

Nous sommes alors dans les années 1980, « une période sombre », se souvient Jacques Reynes en évoquant l’apparition d’une nouvelle maladie qui laisse alors tout le monde perplexe, le sida. « On prenait en charge des situations difficiles, qui ne se terminaient pas bien », évoque l’infectiologue qui décide alors de prendre le problème à bras le corps. « J’ai réalisé ma thèse de médecine sur la prévalence du VIH chez les usagers de drogue, un sujet pionnier à une époque où les tests n’étaient pas encore commercialisés ».

Celui qui est aujourd’hui responsable du département des maladies infectieuses et tropicales au CHU de Montpellier crée alors toute la filière de soins VIH à Montpellier, des consultations aux hospitalisations de jour et à domicile. En parallèle, le praticien nommé professeur en 1997 s’engage fortement dans l’évaluation des nouveaux traitements antirétroviraux et antifongiques ce qui lui vaudra d’être intégré dans les groupes d’experts rédigeant les recommandations pour la prise en charge des patients VIH.

Triple mission

Car pour Jacques Reynes la recherche clinique est une dimension absolument fondamentale de son métier. « Nous assurons une triple mission enseignement-recherche-soin : l’enseignement pour former les jeunes et partager notre expérience, la recherche pour optimiser les traitements, les soins pour faire bénéficier les patients de la meilleure prise en charge. ». Et il est formel : « si certains patients sont encore en vie aujourd’hui, c’est grâce à ces traitements novateurs ». Un besoin d’innovation d’autant plus fort face à l’émergence de résistances aux médicaments dont Jacques Reynes rappelle qu’elles « font partie de la vie de l’infectiologie ».

Et si aujourd’hui le prise en charge du sida « est moins une question de vie et de mort », de nouvelles molécules et stratégies sont toujours en cours d’évaluation. Le défi ? « Améliorer la qualité de vie des patients notamment en espaçant les traitements », précise Jacques Reynes.

Patients immunodéprimés

Au sein du nouveau bâtiment du département des maladies infectieuses et tropicales baptisé « Centre d’infectiologie André Bertrand », Jacques Reynes et son équipe disposent de 22 lits d’hospitalisation pour combattre bactéries, virus, champignons, parasites. « Une pathologie qui n’a pas disparu est la tuberculose. Entre les mouvements de populations, les co-infections avec le VIH et les résistances aux anti-tuberculeux, c’est un véritable problème ».

Autre défi de taille : la prise en charge des patients immunodéprimés, très sensibles aux infections. « Les patients transplantés, ceux atteints de maladies malignes ou de maladies inflammatoires nécessitant un traitement immunosuppresseur, tous ont un risque infectieux plus élevé », met en garde le spécialiste.

Reconnaissance

Une prise en charge qui requiert des compétences larges, nécessaires pour exercer une discipline dont Jacques Reynes a « couvert tous les champs ». D’ailleurs depuis 4 ans l’infectiologie est reconnue comme une spécialité à part entière. Une reconnaissance académique suivie plus récemment d’une reconnaissance grand public. « C’est un des côtés positifs du Covid, la population générale a pris conscience du risque, évident pour nous, de la contagiosité des maladies respiratoires virales ».

L’infectiologie, « véritable passion » pour Jacques Reynes, est « une discipline qui bouge beaucoup, qui exige attention et réactivité ». Une discipline qu’il a contribué à forger depuis des années, contribution qui lui avait déjà valu d’être décoré des palmes académiques avant de recevoir la légion d’honneur des mains de Philippe Augé, président de l’Université de Montpellier, le 27 août 2021.