[LUM#23] Note salée pour les océans
D’ici la fin du siècle, la biomasse marine se réduira de 20 % si les émissions de gaz à effet de serre se poursuivent au rythme actuel. C’est ce que montre le long travail de modélisation réalisé par les scientifiques du projet Fishmip, parmi lesquels Yunne Shin, chercheuse au laboratoire Marbec. Leurs résultats alertent sur l’ampleur et la vitesse des changements à l’œuvre.

Face à l’océan qui se transforme sous leurs yeux, ils sont une centaine de chercheurs et chercheuses réunis dans le projet Fishmip à lancer l’alerte (Les modèles d’écosystèmes marins mondiaux et régionaux révèlent des incertitudes clés dans les projections relatives au changement climatique, Earth’s Future, mars 2025). Leurs modèles croisent les évolutions physiques et biogéochimiques de la mer avec de nombreux indicateurs de la vie marine : la physiologie des poissons, les migrations, la production primaire… Ainsi, le déplacement des espèces de poissons vers les eaux plus tempérées des pôles devrait se poursuivre, dépeuplant progressivement toute la zone intertropicale. « Or, c’est dans ces régions que les populations dépendent le plus des ressources marines pour leur ration de protéines », insiste Yunne Shin, une des chevilles ouvrières du projet. Plus largement, les ressources en poissons vont être, partout, profondément modifiées dans les années à venir (Détection, attribution et projection des changements des écosystèmes marins et des pêcheries à l’échelle mondiale : FishMIP 2.0, Earth’s Future, décembre 2024).
1677 espèces marines menacées
Dans ce contexte, un des enjeux est de sensibiliser rapidement le grand public.
C’est l’objet du baromètre Starship inauguré en 2025 lors de la conférence des
Nations unies sur l’océan (Unoc) à Nice. « Chaque année, il propose quelques chiffres phares sur l’état des océans, sur notre dépendance à cet écosystème et sur sa gestion », défend Yunne Shin. Le chiffre à retenir est 1677 espèces marines menacées d’extinction. Parmi elles, on trouve les grands carnivores démersaux. « Une thèse montre que la création d’aires marines protégées de la pêche sur 10 % de la surface de la mer Méditerranée permettrait de maintenir ces populations malgré le changement climatique », détaille la chercheuse.
Dans cette mer fermée, la perte de biodiversité est particulièrement critique en raison des vagues de chaleur à répétition et de la surpêche. Et faute de pouvoir migrer vers le nord à cause de la barrière continentale, de nombreuses espèces vont disparaître avec le réchauffement. D’après les projections du modèle marin Osmose développé par Marbec, la zone Nord-Ouest va progressivement se dépeupler. A l’Est en revanche,
les écosystèmes se tropicalisent : « l’eau est plus chaude dans la partie orientale de la Méditerranée et de nombreuses espèces thermophiles et exotiques arrivant par le canal de Suez devraient voir leur biomasse grimper en flèche », explique Yunne Shin tout en précisant que le modèle actuel n’intègre pas encore les interactions trophiques entre espèces invasives et endémiques.
Deux futurs possibles
Dans l’optique de sensibiliser toujours plus le grand public, Marbec a développé un jeu de société pédagogique, Osmose , qui propose d’endosser le rôle d’un poisson, d’un pêcheur ou d’un gestionnaire pour mieux comprendre les dynamiques des écosystèmes marins. Un court métrage d’anticipation a également été réalisé pour projeter le spectateur à la fin du siècle, dans deux scénarios possibles. L’un prolonge la situation actuelle, l’autre fait le pari d’une société décarbonée. « Tous les éléments graphiques ont été co-construits avec les acteurs de la pêche et de la conservation du golfe du Lion pour nourrir ces deux futurs possibles : les bateaux, les moyens de pêches, l’organisation sociale du travail… », explique Yunne Shin. Des embarcations de pêche légères pour un marché local ou un navire géant automatisé pour un marché d’élite, on vous laisse choisir !
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