Le Haut conseil de l’évaluation de la recherche et de l’enseignement supérieur a publié, en avril dernier, le rapport concernant l’Université de Montpellier. Stratégie, gouvernance, recherche, formation ou encore vie étudiante, ces experts ont tout passé à la loupe. Synthèse de cette évaluation « très positive » avec Sébastien Pons, directeur général des services adjoint, chargé de l’analyse stratégique et de la conduite du changement.

C’est un cycle qui rythme la vie des établissements d’enseignement supérieur et de recherche. Tous les cinq ans, le Haut conseil de l’évaluation de la recherche et de l’​enseignement supérieur (Hcéres), remet son rapport aux présidents d’université. Un document qui clôture le contrat quinquennal passé (2015-2020) entre l’État et l’Université de Montpellier, et sert de base à la nouvelle période contractuelle 2021-2026 [lire encadré : Une évaluation en trois étapes].

« Un fort sentiment d’appartenance »

« C’est une évaluation très positive et un rapport d’une grande qualité qui nous semble fondé sur une juste perception de la stratégie et de l’activité de l’établissement », déclare Sébastien Pons, directeur général des services adjoint de l’UM. « Nous partageons les nombreux constats forts et prenons en compte les points faibles et les appréciations critiques qui serviront d’appuis à notre prochain contrat avec l’État » poursuit-t-il, remerciant au passage l’ensemble des personnels, pour leur investissement et leur aide tout au long d’un processus d’évaluation qui a mobilisé plus de 200 personnes.

Une évaluation attendue comme la première depuis la fusion de 2015 et la création de l’Université de Montpellier. Point sur lequel le Hcéres se montre particulièrement dithyrambique, qualifiant cette fusion « d’indéniable réussite […] concrétisée par un fort sentiment d’appartenance et un partage des pratiques pour la majorité des membres de l’établissement. » Un retour apprécié par Sébastien Pons qui souligne « la très forte implication des personnels de l’UM dans cette fusion. » Autres facteurs contribuant à ce sentiment d’appartenance : la culture scientifique et le patrimoine historique spécifiques de l’UM qui constituent, selon les observateurs, « un objet de fierté et d’identité. » La prise en compte des questions de responsabilité sociétale et environnementale y est qualifiée, quant à elle, de « sincère et active ».

« Recherche de grande qualité » et rayonnement international

Positif, ce rapport l’est également pour la recherche à l’UM. Les observateurs notent ainsi la grande qualité de la recherche et de sa politique de valorisation « dynamique et visible », avec « un portefeuille de brevets important » en cohérence avec la progression de l’UM dans les classements internationaux. L’I-Site Muse et le projet d’établissement-cible y sont salués comme des « leviers » de l’engagement partenarial de l’Université et de ses organismes de recherche avec le monde socio-économique. Le Haut conseil souligne enfin une intégrité scientifique « particulièrement prise en compte » dans le cadre de la politique de conduite responsable en recherche et bien sûr, « une reconnaissance internationale dans le domaine de l’écologie et de l’environnement au sens large ».

Un rayonnement que les experts attribuent à une politique internationale qualifiée « d’efficacement structurée » ainsi qu’à « une forte expertise en termes de gestion et d’aide au montage de projets européens ». Le Hcéres préconise néanmoins la mise en place d’un conseil consultatif international.  « L’établissement-cible permettra de corriger ce point puisque de nouvelles structures intermédiaires y seront créées, explique Sébastien Pons. A cet effet, un comité consultatif international sera mis en place et analysera la démarche de transformation et d’évolution de l’Université de Montpellier et formulera des avis dans le domaine international ».

La place « centrale » des étudiants

Côté formation, l’autorité indépendante salue « le dialogue constructif entre les services centraux et les composantes », validant ainsi l’autonomie dévolue aux composantes. L’activité croissante de la formation continue et de l’apprentissage, ainsi que le développement du numérique et son efficacité lors de la crise sanitaire sont également remarqués, tout comme la politique volontariste d’accessibilité menée dans les bibliothèques universitaires, « avec des amplitudes d’ouverture très importantes, appréciées des étudiants et des personnels ».

Le Hcéres n’aura pas non plus été indifférent au dynamisme de la vie étudiante à l’UM, à la richesse de son offre culturelle et aux multiples dispositifs accessibles aux étudiants et étudiantes sur les campus. Il relève « la place centrale » qui leur est réservée dans la gouvernance mais invite à une plus grande harmonisation de cette qualité de vie en l’ouvrant davantage aux sites délocalisés. Le rapport déplore également l’absence d’un schéma directeur étudiant. Une observation déjà prise en compte par l’UM (lire : La vie étudiante s’invente à l’UM).

Des préconisations sur certaines fonctions support

Parmi les préconisations émises par le Haut conseil, le rapport insiste sur la nécessité de mettre en place une gestion prévisionnelle des emplois, des effectifs et des compétences (GPEEC). « Nous entendons cette remarque, précise le DGSA, et l’établissement va se lancer dans ces travaux pour le prochain contrat ». Il préconise également l’élaboration d’un schéma directeur du patrimoine. « Il s’agit de mieux connaître l’état de notre bâti, de savoir précisément où sont nos mètres carrés, combien nous consommons… »

Autres chantiers prévus : le schéma directeur du numérique et le système d’information décisionnel. « il est en effet nécessaire que les systèmes d’information déployés au sein de l’établissement puissent permettre d’opérer un reporting adapté à la fois à destination de l’équipe de direction mais aussi pour les structures à des fins de pilotage ». Enfin un réseau de référents qualité entre les services centraux, les UFR, écoles et instituts et les structures de recherche sera développé afin de permettre là-aussi une harmonisation des pratiques.

Prochaine étape maintenant pour l’UM : élaborer d’ici à la fin de l’année 2021 le nouveau contrat qu’elle signera avec l’Etat pour la période 2021-2026. « L’Université de Montpellier se félicite de voir son action et sa trajectoire de développement confortées dans ce rapport d’évaluation, conclut son président, Philippe Augé. Elle prendra en compte l’ensemble des remarques formulées pour renforcer sa démarche d’amélioration continue. »

Une évaluation en 3 étapes

Le Hcéres est une autorité administrative indépendante chargée d’évaluer les établissements d’enseignement supérieur et de recherche tous les cinq ans afin de permettre aux universités de préparer le renouvellement de leur contrat quinquennal avec l’Etat. Cette évaluation se déroule en 3 étapes.

Première étape : l’auto-évaluation
En amont de l’évaluation réalisée par le Hcéres, les établissements réalisent un rapport d’auto-évaluation portant sur l’ensemble des domaines audités par le haut conseil et sur la totalité de la période concernée par le contrat quinquennal. « C’est un vrai moment de réflexion, au cours duquel les acteurs peuvent se poser et essayer de porter un regard lucide et objectif sur la période passée et commencer à mener une réflexion sur les actions à mettre en place pour la période à venir », déclare Sébastien Pons. Ce document est ensuite transmis au Hcéres (en septembre 2019 pour l’UM).

Deuxième étape : la visite du Hcéres
Sur la base de ce rapport d’auto-évaluation, les experts indépendants du Hcéres viennent sur site pour une visite de trois jours. « Cette année, contexte sanitaire oblige, cela a dû se faire en distanciel du 3 au 5 novembre, précise le DGSA. Soixante-quinze créneaux ont été organisés, plus de 200 personnes ont participé aux entretiens ». Parmi eux, des doyens, des directeurs de structures de recherche et des écoles doctorales, des cadres de l’administration ou encore des représentants des organisations syndicales. Des partenaires externes ont été également entendus : représentants des organismes de recherche, des établissements de santé, des collectivités territoriales – cette année Michael Delafosse, maire de Montpellier, a notamment participé à ces entretiens – mais aussi, des représentants du monde industriel et directeurs de fondations comme celle du Jardin des plantes. À l’issue de cette visite les experts rédigent un rapport provisoire.

Troisième étape : le rapport final
Ce rapport provisoire est ensuite transmis à l’université qui doit alors en prendre connaissance et faire remonter les éventuelles erreurs factuelles mais sans observation sur le fond. Le rapport définitif est alors finalisé par le Hcéres qui ne pourra le rendre public qu’après l’avoir transmis au président et avoir annexé les observations de ce dernier.