En Afrique 45 % des terres sont dites « dégradées ». Un processus de désertification, résultat de la pression anthropique et accentué par les changements climatiques, qui mine l’avenir du continent et menace la sécurité alimentaire de ses populations.

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« La désertification ce n’est pas du tout l’avancée du désert, martèle Jean-Luc Chotte, spécialiste des sols au laboratoire Eco&Sols*. C’est un processus générique de dégradation des sols qui va entraîner une perte de productivité de ces derniers ainsi qu’une perte de biodiversité et de services rendus. » Si on trouve des terres dégradées partout, on ne parle de désertification que lorsque ce phénomène touche des zones arides, semi-arides ou sub-humides sèches. On estime que 25% des terres de la planète sont dégradées. Un chiffre qui grimpe à 45% en Afrique.

Du sol au climat

Comment expliquer que l’Afrique soit si durement touchée ? « Généralement cela résulte d’une surexploitation ou d’une mauvaise utilisation des sols » explique le chercheur, également président du comité scientifique français de la désertification. Une surexploitation qui ne se mesure pas en quintaux de production mais dans le rapport entre production et potentiel naturel des sols. En effet, lorsqu’une terre est cultivée, une partie de ses constituants chimiques (azote, potassium…) est extraite du sol par les plantes entraînant ainsi une baisse de fertilité d’autant plus forte que les sols sont fragiles. Autre effet délétère de cette mauvaise utilisation des sols : le déstockage du carbone présent dans les sols « et que l’on retrouve dans l’atmosphère, participant ainsi au réchauffement climatique » souligne Jean-Luc Chotte.

150 millions de personnes affectées au Sahel

Rien qu’au Sahel, 150 millions de personnes sont affectées par la désertification, « et nous savons que la démographie va augmenter, et avec elle les besoins alimentaires ». Un défi immense qui pousse les Nations Unies, dès 1994, à lancer la Convention de lutte contre la dégradation des terres (CNULCD). Sept ans plus tard, en 2001, le projet de la Grande Muraille Verte voit le jour avec pour ambition de restaurer, d’ici 2030, plus 100 millions d’hectares de terres dégradées entre Dakar et Djibouti (regarder la conférence des Global Days). « Il faut voir cette muraille comme une grande mosaïque de paysages dans laquelle les pratiques sont adaptées aux différentes situations environnementales, climatiques et socio-économiques du Burkina, du Niger, ou du Tchad. »

Pour une approche intégrée

Au nord du Sénégal, un gros travail a ainsi été réalisé pour associer cultures annuelles et plantations d’arbres adaptés aux conditions de sécheresse locale. Le pastoralisme y est également encouragé pour ses effets bénéfiques sur les sols. « L’idée est de trouver l’arbre qui en produisant de la gomme arabique par exemple, va fournir un revenu supplémentaire aux agriculteurs tout en permettant de restaurer les terres dégradées », poursuit Jean-Luc Chotte. Documenter les meilleures pratiques agro-écologiques mais aussi cartographier la santé des écosystèmes afin de cibler prioritairement les zones « où une intervention aura le plus d’impacts pour les populations et la biodiversité car nous ne pouvons pas agir sur toutes les terres dégradées ». Une manière, face à l’immensité de la tâche, de garder les pieds… sur terre.


*Eco & sols (IRD – Cirad – Inrae – Institut Agro)