[LUM#23] Mésanges urbi et orbi
Cette petite boule de plumes jaune et bleu peuple le ciel de nos forêts comme de nos villes et ponctue nos environnements sonores de son chant si caractéristique. La mésange, fait l’objet depuis plus de 50 ans d’un suivi au Centre d’écologie fonctionnelle et évolutive et bonne nouvelle : elle s’adapte bien au changement climatique comme le montre les travaux du doctorant Jérémy Defrance.

Parus major fait partie de ces espèces qui se plaisent à la ville. Mais cette adaptation ne s’est pas faite sans casser des œufs : « la mésange charbonnière pond 4 jours plus tôt en ville et fait en moyenne 7,5 œufs, soit 1,5 de moins que sa congénère forestière. On observe aussi que moins d’oisillons atteignent le stade de l’envol avec 3,5 poussins pour la première, contre 5 pour la seconde », constate Jérémy Defrance. Ce doctorant étudie le lien entre la ressource alimentaire et les traits reproductifs chez ce petit passereau suivi de puis maintenant 50 ans par l’équipe d’Anne Charmantier (Portrait : Charbonner sur les mésanges), chercheuse au Centre d’écologie fonctionnelle et évolutive, où il réalise sa thèse.
Pour tenter d’expliquer ces différences, le jeune homme s’intéresse à la quantité et à la qualité de la ressource. Et c’est à l’aide d’une grande épuisette qu’il fouille le garde-manger de l’oiseau. « On appelle cela le battage des arbres. Toutes les semaines entre mi-mars et fin juin, j’ai échantillonné les insectes qu’on trouve sur les chênes blancs et verts et sur les pins d’Alep et les pins pignons. » Et qu’a-t-il trouvé au menu ? Essentiellement des « araignées, des larves de lépidoptères et autres arthropodes ». Autant de mets de choix pour notre mésange.
Reste à savoir lesquels arrivent in fine jusqu’aux poussins. Pour cela, Jérémy Defrance a équipé de dispositifs vidéo 40 nichoirs en ville et 40 en forêt. Objectif : capturer les images des parents rapportant leurs proies à leurs petits. Si le nombre d’allers-retours est identique à la ville et en forêt – en moyenne toutes les 1 à 2 minutes – la nature des proies diffère en fonction de la période. « Les mésanges urbaines ramènent davantage de chenilles lors de la première ponte (40 % des proies) que les forestières (20 %), qui consomment elle, beaucoup plus d’araignées (55 % des proies), avant de se rabattre sur les chenilles en deuxième ponte (80 %). »
Pour aller plus loin, le doctorant a récupéré des crottes de poussins pour les soumettre à des analyses de métabarcoding « une méthode d’analyse ADN qui permet à partir des crottes, de savoir quels insectes ont été mangés ». En attendant de connaître ses conclusions, Jérémy Defrance, qui a séduit le jury de Ma thèse en 180 secondes en zinzinulant comme personne (A l’UM la science : 3 ans de thèse résumées en 3 minutes, avril 2025), partage ses clichés dans un portfolio en jaune et bleu. Avertissement : « les mésanges sont tellement rapides que, même en filmant à 120 images par seconde, je n’arrive pas toujours à distinguer ce qu’elles ont dans le bec ».
































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