Réussite, compétence et engagement, voici les trois piliers du nouveau schéma directeur handicap approuvé par le conseil d’administration de l’Université de Montpellier. Quatre ans pour mettre en place collectivement ces 45 nouvelles mesures destinées à favoriser l’inclusion des personnes en situation de handicap. Entretien avec Agnès Fichard-Carroll Vice-présidente déléguée à la responsabilité sociale.

Séance d’accompagnement pour les personnes malentendantes. Alexis et Charlène suivent un cours « Système Terre », accompagnés d’un interprète. Campus Triolet. © UM-David Richard / Transit

Pour commencer peut-être, à quoi sert exactement un schéma directeur handicap ?
La mise en place d’un schéma directeur handicap est une obligation légale mais c’est aussi une opportunité, celle de réfléchir à nos comportements et pratiques vis-à-vis du handicap, de nous fixer des objectifs pour les améliorer puis, en quatre ans, de les réaliser. Vous ne trouverez personne, je pense, disant qu’il ne souhaite pas inclure les personnes en situation de handicap mais, dans la réalité, les difficultés persistent. Il est nécessaire d’adopter une politique volontariste dans ce domaine pour progresser.

Quels sont les services qui ont travaillé à l’élaboration de ce nouveau schéma directeur ?
Le Service handiversité au sein de la Direction vie des campus est le service qui assure le portage de ce projet. Il est chargé des missions d’accueil, d’accompagnement et d’inclusion des étudiant.e.s et personnels en situation de handicap. Le Service commun de médecine préventive et de promotion de la santé (SCMPPS) joue un rôle évidemment crucial de même que la Direction des ressources humaines pour ce qui est des personnels. Nous avons des services très compétents et impliqués. Mais le handicap est un sujet vraiment transversal et, je dirais que quasiment tous les services et directions ainsi que les UFR, École et Instituts sont concernés au sein de l’université. Je me réjouis de leur participation et de leur engagement dans l’élaboration de ce schéma. Et bien sûr nous avons rencontré des personnes en situation de handicap elles-mêmes, étudiant·e·s et personnels.

Il s’agit du deuxième schéma directeur dont se dote l’université. Quel est le bilan du premier ?
Le précédent couvrait la période 2016-2019 et proposait 73 actions. Grâce à l’implication des services et des composantes, plus de soixante mesures ont été réalisées ou sont en cours de réalisation. Une dizaine d’autres se sont avérées difficiles à mettre en œuvre mais plus fréquemment, ne sont plus pertinentes au fil du temps. Sans être dans l’autosatisfaction, car il reste beaucoup de chemin à parcourir, le bilan est encourageant, nous avons mis en place des choses qui fonctionnent, nous voyons les effets positifs des actions menées et nous le voyons notamment avec l’augmentation du nombre d’étudiant·e·s et personnels, en situation de handicap au sein de l’université.

Combien de personnes en situation de handicap emploie l’université ?
Nous faisons partie des universités qui présentent les plus forts pourcentages d’agents en situation de handicap. Les chiffres sont de 4,58% en 2018 alors qu’ils n’étaient que de 3,31 % en 2016. C’est une bonne trajectoire qui nous rapproche petit à petit des 6 % prescrits par la loi, mais il ne faut pas nous en contenter. Il nous reste du travail et plusieurs explications nous permettent aujourd’hui de mieux comprendre les difficultés que nous rencontrons pour atteindre ce seuil. Parmi elles, le pourcentage important de personnes hautement qualifiées à l’université alors qu’il est avéré que les personnes en situation de handicap souffrent d’un déficit de formation. Nous n’avons pas toujours de prise directe sur ces problématiques mais des leviers peuvent être actionnés.

Et combien d’étudiant·e·s ?
Le pourcentage moyen d’étudiant·e·s en situation de handicap dans les universités est de 1,64 % (en savoir plus) en 2020. L’Université de Montpellier est passée de 1,6 % pour l’année universitaire 2015-2016 à 2,31 % en 2018-2019 et ce chiffre continue de progresser. C’est une source de satisfaction pour nous et une preuve que l’accompagnement mis en place permet d’accéder plus nombreux aux formations universitaires. En retour, cette augmentation nous oblige et nous a encouragés à aller plus loin dans les mesures proposées.

Que propose le deuxième schéma directeur handicap de nouveau justement ?
45 nouvelles mesures que nous devons, collectivement mettre en place dans les quatre prochaines années pour réussir l’inclusion de chaque personne en situation de handicap. Nous l’avons d’ailleurs intitulé « Réussite, compétence et engagement ». Ce sont des termes d’action, des mots positifs pour signifier le handicap. Nous voulons parler de la réussite des étudiant.e.s en situation de handicap, des compétences de nos personnels en situation de handicap. Ils sont ici pour se former ou pour effectuer une mission pour laquelle elles/ils sont compétent·e·s, c’est à nous de leur donner les bonnes conditions pour le faire.

Quelles sont les mesures phares à destination des étudiant·e·s ?
Certaines sont spécifiques à l’Université de Montpellier comme le développement de la deuxième phase de l’application Handy [voir encadré], la prise en charge de la gratification des stages pour les étudiant.e.s de master. L’UM est également partenaire du projet « Nouveau Cursus à l’Université » appelé Aspie Friendly pour les étudiants atteints du syndrome Asperger. C’est un petit nombre d’étudiant.e.s mais nous espérons que les mesures mises en place trouveront aussi à s’appliquer à d’autres situations de handicap. Nous proposons, en lien avec le Vice-président étudiant, des aides sociales liées spécifiques. Nous renforçons aussi l’accompagnement des étudiant.e.s hospitalisé·e·s.

Y’a-t-il un dispositif spécifique pour les primo-entrants ?
L’accompagnement des étudiant.e.s est une des clés de voute des actions conduites à l’intention de tous les étudiant.e.s en situation de handicap, et bien sûr nous sommes un peu plus attentifs aux primo-entrants. Arriver à l’université peut être un peu déstabilisant pour tous les jeunes, handicap ou non. Il faut faire en sorte d’aplanir les difficultés.

Pour celles et ceux qui présentent des handicaps sévères, l’accompagnement spécifique par des assistant.e.s pédagogiques sera poursuivi, tout comme le tutorat handicap. Notre but cependant est d’accompagner leur cheminement vers le maximum d’autonomie possible.

Jusqu’aux mobilités à l’étranger puisqu’elles sont également concernées par ce schéma directeur ?
Oui les étudiant.e.s en situation de handicap qui veulent partir en mobilité à l’étranger ou venir en mobilité à l’UM doivent bénéficier d’une attention particulière que l’UM entend développer dans le cadre, par exemple, des programmes Erasmus+ ou de CHARM-EU.

Concernant les personnels, quelles sont les nouveautés ou les mesures reconduites ?
Pour les personnels, la mise en place du télétravail pour les situations qui le nécessitent a été facilitée. Nous proposons aux enseignant.e.s-chercheur·e·s en situation de handicap un allègement du service d’enseignement calqué sur le dispositif applicable aux enseignant·e·s. Un des enjeux, comme je l’ai dit plus haut, est le recrutement à très haut niveau de qualification qui, malgré l’ouverture chaque année de postes réservés, reste difficile. C’est un point de vigilance et nous souhaitons travailler notamment pour le recrutement d’agent de catégorie A. Nous proposons aussi des aides sociales qui fonctionnent bien et que nous avons donc renforcées. Le réflexe est également, chaque fois qu’un cadrage établissement est proposé, de penser aux personnes en situation de handicap.

La recherche est également concernée ?
L’établissement a particulièrement investi dans le recrutement de doctorant.e.s. Sur les 25 contrats doctoraux financés annuellement par le Ministère au titre du handicap, l’UM a pu en décrocher un chaque année. C’est grâce à la qualité scientifique des projets proposés, bien sûr, mais aussi grâce à l’accompagnement réalisé par nos services (DRED,DVC…) dans le montage des dossiers notamment. Et chaque année l’UM finance elle-aussi un contrat doctoral au titre du handicap. Au total, l’Université comptabilise 7 doctorants en situation de handicap bénéficiant d’un contrat doctoral handicap. Nous avons aussi des équipes de recherche de premier plan qui travaillent dans le champ du handicap et nous organisons chaque année une conférence, avec l’un ou l’une de nos chercheur·e·s, qui connaît un vif succès.

Des efforts particuliers ont été portés sur la communication et l’information ?
Oui, communiquer sur les droits et sur les services proposés par l’université est indispensable. Pour les personnels, une plaquette d’information sur la déclaration de handicap a été réalisée et a été envoyée à tous les agents. Chaque fois que nous envoyons ce type d’information, que ce soit pour des actions sociales ou pour le handicap, nous recevons des demandes des agents, c’est très important de faire connaître les dispositifs existants au travers de différents supports. Nous savons qu’encore aujourd’hui, certaines personnes n’osent pas déclarer leur handicap, nous le comprenons, c’est un choix qui reste strictement personnel. Il nous semble juste important de les informer sur ce que cette déclaration pourrait leur apporter. Personne, c’est que nous aimerions, ne devrait être en difficulté sur son poste du fait d’un handicap.

Le troisième volet du schéma directeur concerne d’ailleurs l’inclusion des personnes en situation de handicap et la sensibilisation des personnes travaillant ou étudiant avec elle ?
Oui notre objectif est de contribuer à faire changer les représentations du handicap qui, chez chacun de nous, sont souvent biaisées et c’est particulièrement vrai pour les handicaps invisibles. On entend encore trop souvent : mais il n’a rien ! Il faut pourtant savoir que les troubles moteurs ne représentent que 17 % des handicaps chez les étudiant·e.s. Les troubles du langage et de la parole qui représentent environ 30 % des handicaps que nous rencontrons chez les étudiant·e.s. ou encore les troubles psychiques (12 %) sont des troubles fréquents. Ces handicaps, ou d’autres types tout aussi invisibles, peuvent créer de l’incompréhension. Il faut former et sensibiliser tous les personnels enseignants et tous les personnels administratifs et techniques en proposant des ateliers, des communications ciblées. Une politique de sensibilisation est également menée auprès des associations étudiantes.

Et concernant l’inclusion des personnes en situation de handicap dans la vie universitaire plus généralement, comment se situe l’Université ?
L’accès aux évènements de convivialité à grande ou petite échelle, l’accès au sport, aux bibliothèques, à la culture artistique ou scientifique et technique, l’accès au bâti bien sûr doivent être une préoccupation constante. La Direction vie des campus, dans lequel se situe le Service handiversité, est particulièrement vigilante à ce que les activités proposées par ses services, que ce soit Qualité de vie au travail, Social, Vie étudiante ou encore Art & culture (comme par exemple avec le parcours culturesponsable) soient accessibles. Le SUAPS propose aussi des activités sportives adaptées. L’établissement a également déployé un agenda d’accessibilité programmée, porté par la DPI, concernant l’immobilier et la DAGI a travaillé pour que la politique d’achat de l’UM soit plus responsable. Je ne peux pas citer tous les services, mais je profite de cette occasion pour tous les remercier, je vous le disais, c’est un sujet où tout le monde est impliqué.

Comment sont financées ces mesures ?
L’université se donne les moyens humains et financiers pour mettre en place cette politique et c’est aussi pour cela que des progrès sont réalisés.

L’application « Handy »

Imaginée et conçue par la Direction du système d’information et du numérique, le Service handiversité et le Service de médecine de prévention de l’Université de Montpellier, l’application Handy est unique en France. Elle permet à ces deux derniers services de centraliser, d’instruire et d’archiver les demandes d’aménagements aux études et aux examens des étudiants en situation de handicap et d’envoyer automatiquement les notifications correspondantes aux composantes dans le strict respect d’un niveau de confidentialité adapté. Un atout dans la fiabilisation des données et la transmission des informations entre services et composantes.
Déployée depuis janvier 2020, cette application continue d’évoluer et permettra notamment aux étudiants de saisir directement leur demande d’aménagement dès début juillet. Une seconde version, offrant de nouvelles fonctionnalités pour les composantes, est attendue pour octobre prochain. Fiabilité, fluidité et simplification pour l’usager, pour les services et pour les équipes pédagogiques, telles sont les principales qualités de cette nouvelle application.