Pas un bateau à perte de vue. Des plages désertées. Personne en mer. Personne sauf l’équipe de Julie Deter et David Mouillot* avec leurs chercheurs, techniciens et plongeurs. Ils font partie des rares élus qui ont pu sillonner la Méditerranée pendant cette période très particulière de confinement. Objectif : étudier la biodiversité marine en l’absence de l’Homme.

photos © Lila Desgarnier / Nadia Faure / Lola Romant / Raphaël Seguin

« C’était une formidable occasion d’obtenir un vrai état de référence du milieu marin préservé temporairement de la présence humaine. Cette nouvelle référence permettra notamment de mesurer plus précisément l’état de dégradation de la biodiversité marine et l’effet des protections mises en place », explique David Mouillot.

L’équipe a déployé plusieurs types d’outils pour appréhender la diversité marine. « Des outils visuels d’une part, grâce aux plongeurs sous-marins qui ont filmé des images exceptionnelles ». Mais aussi des hydrophones pour écouter les bruits de la mer qui sont en temps normal parasités par les bruits de bateau.

Le projet a enfin utilisé un outil innovant : l’analyse de l’ADN environnemental. Le principe : filtrer des échantillons d’eau afin de récupérer l’ADN qui y a été laissé par les organismes vivants. Cet ADN est ensuite comparé avec une base de référence afin de savoir à quelles espèces l’ADN se rapporte. « Cette technique permet de révéler la présence d’espèces rares ou furtives que l’on ne voit jamais en plongée, explique David Mouillot. On pourra ainsi savoir si des espèces généralement présentes au fond ou au large se sont rapprochées lors du confinement. »

Les chercheurs ont ainsi observé une Méditerranée qui a bien profité de l’absence de l’Homme. « Pêcher, faire de la plaisance, mais aussi simplement se baigner, toutes ces activités ont des conséquences sur les habitants du littoral qui ont surement déconfiné pendant notre confinement. Et vice versa cet été. »

* Laboratoire Biodiversité marine, exploitation et conservation (MARBEC) (IRD, Ifremer, Université de Montpellier, CNRS) – Andromède Océanologie. Mission menée en partenariat avec SpyGen, le financement de l’Agence de l’eau, et le feu vert de la préfecture maritime.

Photos © Lila Desgarnier / Nadia Faure / Lola Romant / Raphaël Seguin