L’Institut de Recherche en Infectiologie de Montpellier (CNRS/UM) a démontré la capacité du virus Zika à adopter la stratégie dite « du cheval de Troie » pour atteindre le cerveau de son hôte. Des résultats publiés dans la revue très select Nature Communications.

En 2015, la grande épidémie de Zika qui frappait le Brésil, mettait en évidence la responsabilité de ce virus dans le sous-développement cérébral des bébés nés de mères infectées ainsi que dans l’apparition d’atteintes neurologiques – type encéphalites – chez l’adulte. Une migration du virus dans le tissu cérébral jusqu’à présent incomprise des chercheurs. Le cerveau dispose en effet pour se protéger, d’une barrière cellulaire, réputée infranchissable, assurant la séparation hermétique entre le sang et les tissus. Le mystère est désormais levé grâce à l’équipe de Raphaël Gaudin à l’Institut de Recherche en Infectiologie de Montpellier (CNRS/UM). Des travaux qui démontrent, une fois encore, que les virus ont décidément plus d’un tour dans leur sac pour parvenir à leurs fins.

La stratégie dite « du cheval de Troie »

A l’instar d’Ulysse, héros de l’Odyssée, dissimulant ses soldats dans un grand cheval de bois pour les faire pénétrer dans la ville de Troie et l’assaillir, le virus Zika a trouvé dans un sous-type de globules blancs, son passe-muraille à lui. Caché dans ce que l‘on nomme donc les monocytes, le virus va prendre le contrôle de ces cellules, initialement conçues pour assurer notre défense immunitaire et les forcer à migrer vers notre cerveau, se jouant ainsi de notre fameuse barrière hématoencéphalique.

Poisson-zèbre et « mini-cerveaux »

Pour démontrer cet astucieux stratagème, deux expériences, in vivo et in vitro, ont été menées. Des monocytes humains infectés par le virus Zika ont d’abord été injectés chez un poisson-zèbre. Un animal quasi-transparent dont les vaisseaux sanguins ont été préalablement rendus fluorescents, afin de suivre en temps réel et en 3D le parcours du virus. Les chercheurs ont ainsi pu observer que les cellules infectées migraient effectivement hors des vaisseaux sanguins et se dirigeaient vers les tissus beaucoup plus rapidement que des cellules non exposées à Zika.

La poursuite de cette filature à l’intérieur du cerveau s’effectue in vitro. L’équipe de Raphaël Gaudin a collaboré avec un laboratoire hollandais spécialisé dans la création de « mini-cerveaux » produits à partir de cellules souches embryonnaires. Ces organoïdes ont été exposés à des monocytes infectés ainsi qu’à des monocytes sains et à du virus libre. Les chercheurs ont alors observé une plus grande dissémination du virus dans le cerveau par les monocytes infectés confirmant ainsi leur hypothèse. Une découverte prometteuse qui pourrait bien devenir le talon d’Achille de Zika et ouvrir la voie à de nouvelles applications thérapeutiques pour combattre le virus. À moins que ce dernier n’ait encore d’autres mythes à son arc.

Zika en bref…

Le virus Zika a été découvert dans la forêt Zika (Uganda) en 1947. Le virus se contracte essentiellement par la piqûre de moustique type Aedes ou par transmission sexuelle et transfusion sanguine. Si les symptômes liés à Zika sont généralement sans gravité pour l’homme adulte, sa transmission de la femme enceinte au fœtus peut entraîner chez le nouveau-né des malformations cérébrales sévères dont la microcéphalie. En 2016, le photographe Felipe Dana mettait en images les terribles conséquences de Zika au nord-est du Brésil, région très durement frappée par une épidémie.