[LUM#23] Arbovirus : une piqûre de rappel
Chikungunya, Zika, virus du Nil occidental… ces noms exotiques font désormais partie de notre vocabulaire et de nos risques sanitaires. Car si ces maladies ont longtemps été cantonnées à des latitudes lointaines, elles s’installent dans nos contrées à la faveur du réchauffement climatique.

En 2010, la France voit apparaitre ses premiers cas de chikungunya (Le Monde, 25/09/2010). En 2019, ce sont des cas inédits de patients atteints du virus Zika qui sont signalés (Institut Pasteur, 04/11/2019). Des infections qui attirent alors toute l’attention des autorités sanitaires, et pour cause : c’est la première fois que des cas autochtones de ces maladies apparaissaient en France métropolitaine, c’est-à dire que les patients n’ont pas rapporté leur virus d’un lointain voyage, mais ont été contaminés ici, sans même traverser les frontières.
Depuis, le nombre de cas ne cesse d’augmenter. « Plus de 700 cas de chikungunya ont été rapportés en France métropolitaine en 2025, quand le virus du Nil occidental a fait 40 morts en Europe cette année », explique Yannick Simonin, virologiste au laboratoire Pathogénèse et contrôle des infections chroniques et émergentes (PCCEI). Et il ne s’agit là que des cas diagnostiqués. Les spécialistes estiment que la majorité des patients contaminés passent sous les radars car ces virus provoquent pour la plupart des symptômes grippaux.
Les moustiques dans le viseur
Mais pourquoi ces maladies s’installent-elles dans des pays qui en étaient jusque-là préservés ? « Ces émergences sont dues à un groupe de virus en particulier que l’on appelle les arbovirus, qui sont transmis à l’homme à la faveur de piqures d’insectes, dont les moustiques », répond le chercheur. Dans le viseur des chercheurs : le moustique tigre, aedes albopictus, qui transmet notamment Zika, le chikungunya et la dengue, mais aussi notre spécimen « local », culex pipiens, qui lui est vecteur du virus du Nil occidental. « Toutes les conditions sont réunies pour une explosion des arboviroses, favorisée notamment par le réchauffement », met en garde Yannick Simonin.
Première raison : la hausse des températures entraîne une augmentation de l’aire de répartition des moustiques. Aedes albopictus est ainsi présent dans 80 départements métropolitains, et les spécialistes estiment qu’il sera partout en France d’ici quelques années. « Non seulement les moustiques colonisent davantage de territoires, mais en plus ils sont présents plus longtemps dans l’année, ce qui rallonge automatiquement la période de transmission de ces maladies », explique le virologue.
Des moustiques qui voient également leur durée de vie se prolonger. « Quand les températures sont élevées, jusqu’à un certain seuil, les individus vivent plus longtemps, ce qui accroît aussi le risque de transmission », détaille Yannick Simonin. Pour ne rien arranger, la chaleur augmente le métabolisme du moustique et donc la vitesse de multiplication des virus. Et ce n’est pas tout : « l’alternance des périodes sèches et humides constatée avec le changement climatique favorise l’apparition des gites larvaires et la ponte des moustiques », complète Yannick Simonin.
L’affaire de tous
Que faire pour se préserver de cette menace ? Pour Yannick Simonin, la lutte contre les maladies transmises par les moustiques passe avant tout par la prévention. « Les institutions ne sont pas prêtes, mais nous ne sommes pas non plus préparés en tant que citoyens. Les gens perçoivent clairement la gêne occasionnée par les moustiques, mais pas le risque sanitaire associé à la piqûre. Une vraie prise de conscience est nécessaire car l’action citoyenne est probablement la plus efficace. »
Pour le chercheur, il est nécessaire de mieux informer la population, pour que chacun tente de se protéger des piqûres, « en portant des vêtements longs et amples ou encore en utilisant des moustiquaires ». Mais aussi pour limiter les gites larvaires, « individuellement, dans nos maisons et jardins, mais aussi collectivement, en réfléchissant mieux les aménagements urbains, comme les toits terrasses où l’eau peut stagner ou la végétalisation des villes qui peut représenter des abris pour les moustiques ».
Des actions qui pourraient bien faire la différence alors même que la Direction générale de la santé s’attèle à mieux informer les médecins sur le risque arboviral et que l’Anses, – l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail – a créé un groupe de travail sur la probabilité d’apparition d’épidémies de maladies transmises par les moustiques en métropole. « Au final la prévention des arboviroses, c’est l’affaire de tous. »
Un mal pour un bien
Si l’Europe est la première concernée par l’augmentation du risque d’arboviroses, d’autres régions du globe pourraient bien voir au contraire ces maladies reculer à la faveur du réchauffement climatique. « Les moustiques ne savent pas réguler leur température, et s’ils meurent quand il fait trop froid, ils ne survivent pas non plus lorsqu’il fait trop chaud, certains pays d’Afrique ou encore le Sud de l’Espagne pourraient ainsi assister à une baisse des maladies transmises par les moustiques dans les années à venir », explique Yannick Simonin. Une bien maigre consolation…
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