Coordonné depuis Montpellier par Renaud Lancelot chercheur au Cirad, le projet MOOD associe depuis janvier dernier 12 pays et 25 partenaires dont l’Université de Montpellier. Son objectif : unifier et améliorer la veille sanitaire mondiale pour mieux combattre les maladies émergentes.

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Le projet aurait dû être officiellement annoncé à Stockholm ces jours-ci… s’il n’avait pas finalement rencontré une actualité aussi brûlante. Face à la propagation du COVID-19 aux quatre coins de la planète, l’importance d’une veille sanitaire mondiale unifiée et efficace n’a jamais semblé si urgente. Et c’est justement la mission que s’est donné le projet MOOD en travaillant sur l’amélioration des outils et des services d’intelligence épidémique.

12 pays et 25 partenaires

Mené, dans la cadre du programme européen H2020, par des chercheurs européens et nord-américains ce projet est coordonné par le CIRAD, expert des maladies émergentes, dont la plupart ont une origine animale. Il rassemble 12 pays et 25 partenaires parmi lesquels l’ECDC (European center for disease control), l’OMS (Organisation mondiale de la santé), la FAO (Organisation des Nations unies pour l’agriculture et l’alimentation) ou encore l’OIE (Organisation mondiale de la santé animale).

L’entrée en scène du COVID-19 a, bien sûr, fortement intensifié les échanges entre les membres de ce consortium et redirigé le projet sur cette situation prioritaire. Les chercheurs ont ainsi travaillé à la modélisation du virus comme l’explique la chercheuse à l’Inserm Vittoria Colizza dans l’émission « le virus au carré » sur France Inter, le mardi 24 mars.

comme le souligne Renaud Lancelot, coordinateur de Mood et chercheur au Cirad :

« Avec l’arrivée du COVID-19, nous mettons les bouchées doubles, tout en tenant le cap du programme initial ».

Un programme initial visant à mieux détecter certaines menaces telles que le risque d’introduction d’un nouveau pathogène en Europe, le risque de propagation ou encore les zones favorables à sa diffusion.

Études de cas dans 5 pays

Avec un budget de 14 millions d’euros sur quatre ans, les chercheurs ont élaboré un plan en plusieurs étapes. La première, déjà en cours, consiste à réaliser une étude de cas dans cinq Etats caractérisés par des statuts socio-économiques, géographiques et climatiques différents. La France, l’Italie, l’Espagne, la Finlande et la Serbie ont ainsi été retenues. Objectifs : analyser les modes de surveillance et les systèmes d’intelligence épidémique existants et évaluer les nouveaux besoins avec l’aide des acteurs de l’intelligence épidémique exerçant dans chaque pays.

À l’heure actuelle deux types de sources sont utilisées par les agents : les sources « officielles » relayées par les agences de santé et les sources « non-officielles » telles que les forums d’internautes, les articles de journaux en ligne ou encore les réseaux sociaux. Si ces dernières se révèlent très efficaces pour détecter l’émergence de nouvelles maladies elles ont également leurs limites notamment l’immense quantité de données à traiter. Comment sélectionner les informations pertinentes dans toute cette masse ? Comment les hiérarchiser où les interpréter pour en faire des éléments capable d’aider à la détection de nouveaux pathogènes ? C’est sur toutes ces questions que vont plancher nos experts européens.

Des outils diffusés en Europe et dans le Sud

Les outils et services imaginés par les chercheurs de MOOD seront ensuite développés et mis à disposition de l’ECDC et des agences de santé publique partenaires du projet puis diffusés en Europe et au-delà, notamment dans les pays du Sud avant d’être partagés, à coût raisonnable et si possible en open source.

Une démarche scientifique indispensable, à l’heure où, comme nous le prouve brutalement l’actualité, la croissance démographique, la déforestation et le changement climatique avec les mobilités animales et humaines qu’il génère accroissent fortement le risque d’émergence de nouvelles maladies et d’accélération de leur propagation au niveau mondial.