Un nouveau regard sur le Jardin des plantes

Depuis décembre dernier les Montpelliérains et Montpelliéraines peuvent redécouvrir un de leur lieu fétiche en adoptant un nouveau point de vue. Après une fermeture qui aura duré plus de vingt ans, le portail d’Honneur s’ouvre à nouveau sur la partie haute du Jardin des plantes. Visite en compagnie de John De Vos, son directeur, qui nous livre les grandes orientations de son mandat. Une interview à découvrir en version audio et intégrale.

UM : Nous nous trouvons donc devant le nouveau portail du Jardin qui a rouvert en décembre dernier.
JDV : Ce portail a été construit au milieu du 19e, 1841. On reconnaît la patte du 19e, à la fois massif, mais un travail de ferronnerie très fin. Il ouvre en grand sur le Jardin lorsqu’on arrive du Peyrou. Nous avions été très déçus de devoir le fermer il y a une vingtaine d’années en raison de problèmes de vétusté et de sécurité. Il a été entièrement rénové et peut donc maintenant être ouvert dès que le jardin est accessible au public.

UM : Qui a participé à cette rénovation ?
JDV : Ce sont essentiellement des fonds de l’Université, de la métropole et de l’État. Il ouvre une nouvelle perspective sur le Jardin des plantes que les Montpelliérains vont pouvoir découvrir.

UM : Justement, pouvez-vous nous décrire ce qu’on voit d’ici ?
JDV 
: La perspective voulue initialement était, une fois que le visiteur passe la grille, une vue sur l’Orangerie, un des édifices phares du jardin. C’est effectivement ce qu’on peut voir en hiver, mais au fur et à mesure des années, des arbres ont poussé et dès que le printemps arrive ils occultent l’orangerie. Donc c’est une perspective qui varie au cours de l’année !

UM : Je vous propose qu’on entre… Vous avez pris la suite de Thierry Lavabre-Bertrand en septembre 2024, en tant que directeur du Jardin. Quels sont vos projets ?
JDV : D’abord la continuité de ce qu’a entrepris Thierry Lavabre-Bertrand, notamment tout ce qui est patrimonial. Il avait inauguré la serre Martins, il a fait rénover l’Orangerie. De très importants travaux, très appréciés puisqu’on accueille régulièrement dans l’Orangerie des expositions et des événements tout en gardant son activité de base : abriter des plantes l’hiver pour les mettre à l’abri du gel. Nous avons continué avec le portail d’Honneur et l’avenir va se concentrer sur la rénovation de l’Intendance.

UM : Il y a également un projet sur la signalétique ?
JDV : Oui à côté de cet aspect patrimonial bâtimentaire, il y a le Jardin. Il faut continuer à le développer, à lui rendre sa lisibilité, à stabiliser l’équipe de jardiniers, une équipe très volontaire. Pour mieux mettre en valeur les plantes, nous lançons une action de signalétique qui va commencer par mettre un nom sur l’ensemble des plantes, il y en a plus de 6000, de plus de 3000 espèces différentes, c’est donc un gros travail d’étiquetage qui commencera cette année. Nous prévoyons également une signalétique pour indiquer la sortie et les différents secteurs et surtout des panneaux pédagogiques pour expliquer certains aspects comme les enjeux de la biodiversité ou de certaines familles de plantes.

UM : Vous l’avez dit, c’est un gros travail, qui s’en occupe ? Des chercheurs ? Des étudiants ?
JDV : Les plantes sont déjà identifiées, Didier Morisot qui est le chef botaniste du Jardin les connaît toutes. Pour l’aspect pédagogique, nous allons faire appel à des compétences internes au Jardin, parce qu’il y en a beaucoup, mais aussi à des étudiants et des enseignants d’autres UFR de l’Université à la Faculté des sciences ou à la Faculté d’éducation.

UM : Avec l’école systématique, nous avions redécouvert une autre dimension du Jardin. Comment définiriez-vous son rôle ?
JDV : Le Jardin des plantes est une sorte de poupée russe. Il a de nombreux aspects qui s’emboîtent ce qui fait d’ailleurs tout son charme. Il est pour beaucoup de Montpelliérains un parc très tranquille, vivant, où on entend les oiseaux, les animaux, on y voit des plantes. Mais il est aussi, et c’est la fonction primaire d’un jardin botanique, un lieu qui accueille une très grande diversité de plantes, notamment des plantes sauvages. S’il y a des rosiers, ce sont essentiellement des rosiers sauvages, pas des cultivars. Son rôle est donc de faire connaître cette diversité des plantes.

Et puis vous avez le côté historique avec des aspects très romantiques : les fausses arches antiques, les puits anciens, les bustes qui nous rappellent que l’histoire du Jardin s’écrit sur plus de 400 ans. Enfin, le dernier aspect, mais pas des moindres, est littéraire et poétique. Un certain nombre d’auteurs se sont promenés dans le jardin et y ont écrit soit des poèmes, soit des parties de livres.

UM : Paul Valéry a un banc d’ailleurs je crois ?
JDV : Paul Valéry, André Gide et plein d’autres ont marché et se sont assis dans ce jardin !

UM : Quel est votre endroit préféré du jardin ?
JDV : C’est un arbre qu’on surnomme « l’arbre aux souhaits » ou « l’arbre aux vœux ». Il a été planté par Pierre Richer de Belleval, ou il en est son contemporain, et il a donc plus de 400 ans. C’est un filaire à large feuille et rien que de le contempler avec toutes ses anfractuosités, on perçoit cette ancienneté, cette sagesse. On dirait un personnage, un vieux sorcier, mais bienveillant, qui nous contemple.

UM : Vous savez ce que deviennent tous les petits papiers ?
JDV : Parfois je dis en plaisantant que l’équipe du Jardin s’ingénie à les réaliser mais en pratique, pour éviter que l’arbre ne devienne du papier mâché, les jardiniers les enlèvent régulièrement.

UM : Nous arrivons face à l’Intendance. Où en est-on de ce projet de rénovation ?
JDV : Les financements sont actés. Le permis de construire est en train d’être finalisé, les travaux commenceront dans l’année ou l’année prochaine. Dans ce bâtiment, on trouvera un espace de muséographie, des espaces pédagogiques à destination des scolaires où des ateliers pourront être entrepris, des bureaux pour la direction et enfin la séminothèque, c’est-à-dire l’index séminum qui rassemble toutes les graines récoltées chaque année, et qui sont mises à disposition des jardiniers du jardin, mais également des jardiniers d’autres jardins botaniques européens et même mondiaux.

UM : Il y a de nouvelles plantes qui rentrent dans le jardin aujourd’hui ? On l’imagine comme une sorte de musée des plantes…
JDV : Le Jardin n’est absolument pas fixe. Bien sûr, les arbres ne bougent pas, mais il y a régulièrement des plantes qui meurent et d’autres qui viennent en remplacement. Il y a les annuelles qu’il faut ressemer chaque année et les vivaces. Il y a de nouveaux buissons, voire même de nouveaux arbres qui sont plantés régulièrement.

UM : Le pavillon d’astronomie a également fait l’objet d’une rénovation. Quand aura lieu l’inauguration ?
JDV :
Oui le pavillon astronomique ou l’observatoire a été terminé au printemps dernier. Il sera inauguré ce printemps, le 9 avril. Il a été construit au milieu du XIXe siècle contre l’avis du directeur du Jardin des plantes de l’époque, qui était Charles Martins […] Il disposait d’une lunette astronomique qui, à l’époque, était à la pointe de la technologie pour observer les étoiles. Il a été utilisé à cette fin jusqu’à la seconde guerre mondiale. Dorénavant cet espace, actuellement vide, pourra servir pour des expositions temporaires et des ateliers.

UM : Il donne un côté très romantique à cette partie du Jardin…
JDV : Cette partie, qui s’appelle le jardin anglais est effectivement très romantique avec le bassin des nelumbos [les lotus], son découpage un peu plus sauvage et ses pelouses. […]

C’est absolument splendide. Il faut venir voir le bassin fin juin quand les lotus sont en fleurs.

UM : Nous arrivons face à une noria, il y en a plusieurs dans le Jardin mais celle-ci va faire l’objet d’une rénovation je crois ?
JDV : Il y en a deux principales, la noria Sud, et la noria Nord qui est devant nous […]. C’est là que nous pompons l’eau, dans une nappe phréatique située à 7 mètres de profondeur et qui a 6 mètres d’épaisseur. Toutes les plantes n’ont pas besoin d’être arrosées, mais celles qui en ont besoin le sont avec l’eau de cette nappe phréatique et pas l’eau du robinet de la ville.

UM : Et donc elle va bénéficier d’un financement ?
JDV : Oui nous allons la solidifier, mais également nous assurer que rien ne vienne obstruer la prise d’eau. Si les sécheresses, qui vont s’aggraver dans l’avenir avec le réchauffement climatique, venaient à faire descendre la nappe, il faut que l’on puisse continuer d’accéder à l’eau.  

UM : Et d’où vous vient cette passion pour la botanique ? Ce n’est pas le cœur de votre recherche pourtant.
JDV :
Non, je suis médecin, hématologue de formation, chef de service à l’hôpital où je gère l’unité thérapie cellulaire et le service qui comporte également la banque de tissus. Ma recherche porte sur les cellules souches et je travaille, avec un pneumologue, le professeur Arnaud Bourdin, pour régénérer les bronches de patients qui ont des maladies génétiques très graves. La botanique, c’est une passion qui m’est venue il y a très longtemps, dès l’adolescence. D’abord autodidacte, puis dans des associations, d’abord les orchidophiles et ensuite des associations botaniques telle que la SHHNH.

UM : Qu’est-ce qui vous plait dans la botanique ?
JDV :
En apprenant les plantes on ne voit pas du tout la nature de la même façon. On voit tout de suite sa diversité, sa richesse. On reconnait celles que l’on peut éventuellement sentir, manger. Quand on promène, on remarque les changements de milieux, parce que tout à coup il y a des espèces de milieux humides ou de milieux secs. C’est un peu comme la musique, c’est quelque chose qu’on apprécie davantage quand on l’apprend.