Séverine Boulon : “Égalité et diversité à l’UM : un engagement renouvelé et renforcé”

Depuis deux ans, les signalements et plaintes pour des actes à caractère raciste, antisémite et homophobe enregistrent une hausse significative en France. La lutte contre toutes les formes de discrimination est donc plus que jamais d’actualité dans les universités comme ailleurs. Le point en cette rentrée sur les actions à mener avec Séverine Boulon, vice-présidente chargée de la responsabilité sociale et de la vie des campus qui nous parle aussi de qualité de vie au travail.

Séverine Boulon, vous avez pris vos fonctions en janvier dernier, pourriez-vous nous rappeler les grandes missions de votre vice-présidence ?

Cette vice-présidence s’articule autour de quatre grandes missions qui sont : l’amélioration de la qualité de vie au travail et la prévention des risques psychosociaux ; l’engagement et l’action pour une université inclusive, qui porte les valeurs d’égalité, de diversité et de respect de chacun ; l’accompagnement des personnels qui rencontrent des difficultés dans leur vie professionnelle ou personnelle ; et enfin, la promotion des activités de loisirs et l’animation des différents campus pour favoriser les moments de rencontre, de partage et de convivialité, qui sont essentiels à la qualité de vie au sein de notre université.

Quelles sont les directions et services qui vous accompagnent dans ces missions ?

De nombreux services et directions sont impliqués dans ces missions. Je travaille toutefois plus étroitement avec la direction de la vie des campus (DVC), la direction des ressources humaines (DRH), le service commun de médecine préventive et de promotion de la santé (SCMPPS) ainsi que le service conseil et prévention des risques (SCPR). Je tiens à saluer et à remercier sincèrement les agents de ces directions et services pour le travail remarquable qu’ils accomplissent au quotidien. Leur engagement constitue le socle de l’action de l’Université en matière d’égalité, de diversité et de qualité de vie au travail, et ce, depuis de nombreuses années. Mon mandat s’inscrit d’ailleurs pleinement dans cette continuité. Il ne s’agit pas de remettre en question ce qui fonctionne, mais bien de préserver les actions auxquelles les personnels sont attachés, tout en poursuivant leur évolution et leur amélioration.

Par exemple ?

Je pense à des temps forts comme la fête des personnels, la fête de Noël pour les enfants des personnels ou la cérémonie des retraités, qui sont des rendez-vous importants et très appréciés. Nous souhaitons également poursuivre nos efforts pour simplifier l’accès aux dispositifs d’action sociale. Cela passera notamment par la dématérialisation de certaines demandes de prestations, travail mené par le service d’action sociale et de loisirs de la DVC, en étroite collaboration avec la DSIN.

En ce qui concerne la prévention des risques psychosociaux et l’amélioration de la qualité de vie au travail, le plan engagé par votre prédécesseure Julie Boiché arrive bientôt à son terme.

Oui, tout à fait. Pour poursuivre cette dynamique, nous allons, en concertation avec l’ensemble des acteurs concernés et dans le cadre du comité de pilotage RPS-QVT, élaborer un nouveau plan d’action, qui traduira un engagement fort de l’établissement. Il s’agit d’un chantier important pour les mois à venir, qui sera piloté par le service qualité de vie au travail de la DVC, avec pour objectif une mise en œuvre à compter de début 2028.

La lutte contre toutes les formes de discrimination est particulièrement d’actualité avec des tensions qui se cristallisent en France, quels sont les grands rendez-vous de l’année ?

Dans un contexte national et international marqué par la progression des haines identitaires, intensifier la lutte contre toutes les formes de discrimination est une priorité de mon mandat et de celui d’Agnès Fichard-Carroll, chargée de mission égalité femmes/hommes et handicap. Mon périmètre concerne plus particulièrement la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et les LGBTQIA+phobies avec des actions phares, telles que : la semaine de lutte contre le racisme et l’antisémitisme en mars ; la semaine de lutte contre les LGBTQIA+phobies en novembre ; le déploiement d’un dispositif de signalement corrélé avec une cellule d’écoute ; la formation de nombreux acteurs au sein de l’UM ; la production de supports de communication afin de sensibiliser l’ensemble des personnels et usagers, etc.

Le dispositif de signalement corrélé à la cellule d’écoute fonctionne-t-il bien ?  

Oui, la cellule d’écoute a recueilli une soixantaine de signalements en 2025. C’est le signe que les étudiantes, les étudiants et les personnels connaissent l’existence de ce dispositif et qu’ils s’en saisissent. Il est important de préciser que tous les signalements ne donnent pas lieu à une procédure disciplinaire. Selon les situations, d’autres réponses peuvent être apportées, notamment en matière d’accompagnement, de médiation ou de prévention.

Vous vouliez revenir sur la semaine de lutte contre le racisme et l’antisémitisme organisée en mars dernier, ce fut un succès auprès des personnels…

Oui, nous avons eu la chance d’accueillir Emilia Roig, une figure internationale des luttes intersectionnelles pour une visio-conférence intitulée « Un monde sans oppression est-il possible ? ». Cette conférence a réuni plus de 120 personnels et étudiants et a permis de mettre en lumière les ressorts de l’intersectionnalité et les dynamiques qui structurent nos sociétés. L’exposition photo « Chin up ! » d’Hélène Jayet, sur le campus Triolet, qui mettait en scène une galerie de visages et de postures « menton levé » de personnes racisées, avec une attention particulière portée aux cheveux, a également fait l’objet de nombreux retours très positifs.

En novembre prochain, la semaine de lutte contre les LGBT+phobies s’annonce elle aussi particulièrement riche

Oui, je ne peux pas encore vous dévoiler le programme, il faut bien garder quelques surprises, mais je peux d’ores et déjà inviter tous les personnels et tous les étudiantes et étudiants à venir nombreux participer aux différents temps forts de cette semaine qui se déroulera du 16 au 20 novembre.

Cet engagement de l’Université dans la lutte contre toutes les formes de discrimination est formalisé et reconnu par deux labels majeurs, où en est-on de ce côté-là ?

Tout à fait. Fin 2024, l’UM a obtenu les labels Égalité professionnelle et diversité, réunis sous l’appellation Alliance (Label Alliance : « Il conforte l’orientation de nos politiques en faveur de plus d’égalité et de diversité » 29/01/2025). Ces labels sont délivrés au nom de l’État et leur mise en œuvre, ainsi que leur suivi opérationnel, sont assurés par Afnor Certification. L’Université de Montpellier est la seule université française à avoir ce label. Elle est également la première à avoir reçu le label européen “HR Excellence in research” (HRS4R) de la Commission européenne en 2015 (Human ressource strategy for researchers). Au-delà de la reconnaissance de notre engagement, cette démarche de labellisation permet de valoriser les actions menées au sein de l’établissement et surtout de mobiliser l’ensemble de la communauté universitaire autour des enjeux d’égalité professionnelle et de diversité.

Mais l’UM veut aller plus loin. L’établissement a donc participé en 2024 à une enquête scientifique, qui portait sur la mesure statistique et sur l’analyse de l’expérience des traitements inégalitaires et des discriminations dans le monde académique.

Il s’agissait d’Acadiscri c’est bien cela ?

Oui. Cette enquête, menée en ligne du 19 mars au 1er juillet 2024, a été proposée à l’ensemble des personnels, étudiantes et étudiants de l’UM. Elle a montré que notre université, comme les autres universités ayant participé à l’enquête, n’est pas exempte de situations de traitement inégalitaire à caractère discriminatoire. Il s’agit le plus souvent de micro-agressions, par exemple des plaisanteries déplacées, des propos infantilisants ou des moqueries. Ces situations peuvent toucher aussi bien les étudiantes et les étudiants que les personnels.

Des suites vont être données ?

Ces résultats nous interpellent et nous incitent à agir, bien sûr. Nous ne pouvons pas banaliser les micro-agressions, même lorsqu’elles peuvent sembler anodines, car elles ont des conséquences néfastes sur le bien-être des victimes et leur confiance en elles. Tolérance 0, donc, de la part de l’Université vis-à-vis de ces actes de discrimination. Mais il faut aussi avoir en tête que ces micro-agressions peuvent parfois trouver leur origine dans une forme de méconnaissance de la part de leurs auteurs. Il est important de sanctionner mais il faut surtout former et sensibiliser l’ensemble des personnels et des étudiantes et étudiants de l’Université. Cette réflexion sera au cœur de l’élaboration du plan d’action « Diversité » de l’UM.

Pour quand est prévu ce plan ?

Nous en sommes encore au début de la réflexion. Il me paraît essentiel qu’il soit construit de manière collective, en concertation avec les représentants des personnels et avec les différentes directions et services concernés, ainsi que dans les instances qui permettront d’en discuter et de l’enrichir. L’objectif est vraiment de croiser les regards et d’écouter les besoins. Néanmoins nous ne devons pas traîner car nous souhaitons le présenter lors de l’audit de suivi réalisé en mars 2027 par l’Afnor pour le maintien du label Alliance Diversité et égalité professionnelle.

Au niveau des ministères, les choses bougent également avec le plan national de lutte contre le racisme, l’antisémitisme et les discriminations 2026-2029, présenté en juillet dernier, en quoi l’Université est-elle concernée ?
Il y a ce plan présenté cet été en effet. Il y a également la loi du 31 juillet 2025 et le décret du 29 décembre 2025, qui ont renforcé et élargi les missions d’égalité et de diversité dans les établissements d’enseignement supérieur. Ces textes donnent un cadre, mais ils doivent surtout se traduire par des actions concrètes dans les établissements de l’enseignement supérieur et de la recherche : former, sensibiliser, prévenir les discriminations, accompagner les victimes et faire évoluer les pratiques. L’UM s’est déjà emparée de ces questions depuis de nombreuses années. Mais nous devons poursuivre notre effort avec force et conviction.

Pensez-vous que l’Université ait une place particulière dans cette lutte ?

Dans le contexte national et international particulièrement tendu que nous connaissons, l’Université a plus que jamais un rôle à jouer. Elle doit être un lieu d’ouverture et de dialogue, mais aussi un véritable rempart contre toutes les formes de discrimination. Elle doit garantir à chacun et à chacune sa place, dans le respect de l’égalité, de la diversité et de l’inclusion.